Mouvement pour le Liban

Représentant le Courant Patriotique Libre en Belgique

Résultats – Municipales à Beyrouth: Les abstentionnistes sont les grands vainqueurs

Posted by jeunempl sur mai 17, 2010

L’Hebdo Magazine – Julien Abi Ramia

La très faible participation des électeurs beyrouthins a cantonné la bataille aux quartiers chrétiens. Michel Aoun, qui défiait l’ensemble des pôles du 14 mars sur le terrain des moukhtars, n’a réussi son pari qu’à moitié. S’il n’a obtenu que 7 des 28 sièges à pourvoir hors consensus, le CPL a repris la main au sein de l’électorat chrétien de la circonscription, en passant tout juste audessus de la barre des 50%.

Pour ceux à qui ça aurait échappé, le nouveau président du Conseil municipal de Beyrouth s’appelle Bilal Hamad, apparenté Courant du futur. Parmi ses 24 colistiers, triés sur le volet par Saad Hariri et ses alliés, on retrouve deux encartés au Tachnag et un membre du mouvement Amal. La liste a été élue avec près de 66 000 voix, le premier perdant émergeant à peine à 11 000 voix. Mais là, le résultat était connu d’avance. Le suspense était ailleurs. Dans les quartiers d’Achrafié, Rmeil et Saïfi, les électeurs se sont déplacés pour élire le champion chrétien de la capitale. Michel Aoun a lancé un défi solennel à ses contempteurs; les pôles du 14 mars l’ont relevé plutôt confiants. Avant de lancer l’assaut dans la forteresse beyrouthine, le leader du CPL a choisi le terrain. Pour contourner le diktat de la loi électorale, qui noie le vote chrétien, la bataille s’est déroulée à coups d’enveloppes brunes, celles des moukhtars. Les machines électorales ont tourné à bloc, mais dans le vide. Malgré les milliers de SMS envoyés et les dizaines de bus mis à disposition, seuls 21% des inscrits ont pris part à cette guerre de représentativité. Dimanche, le parti qui a raflé la mise à Beyrouth est celui des abstentionnistes.

Un découpage démobilisateur
Les chiffres de la participation sont éloquents. Achrafié 22%, Rmeil 22%, Saïfi 19%, Medawar 16%, Mazraa 31%, Aïn Mrayssé 17% et Zokak elBlat 19%. Medawar est une exception. Comme lors des dernières élections législatives, une seule liste était soumise au vote. Dans ce quartier, douze moukhtars ont été élus. Six appartiennent au Tachnag, deux au CPL, deux autres aux partis arméniens du 14 mars, un aux Kataëb et le dernier au Courant du futur. La frénésie du comptage des voix et la tension palpable entre militants dans les quartiers généraux ont occulté la très faible mobilisation des chrétiens. Alors que les leaders politiques de la communauté avaient mis un point d’orgue à remporter cette bataille, les vainqueurs l’ont emporté sur le fil grâce aux voix non chrétiennes. Comme à Jbeil ou Zahlé. A ce titre, la joute verbale qui a opposé le ministre de l’Intérieur, Ziad Baroud, au député du Courant du futur, Ammar Houri, est significative. La polémique dégonflée, la déclaration de Ziad Baroud, tout de même surprenante par son timing, vaut toujours le détour. Le ministre soulève là un point essentiel. Un point à mettre en parallèle avec le sentiments des sympathisants aounistes de la ville qui auraient préféré que la subdivision de la grande circonscription de Beyrouth soit étendue à l’élection du Conseil municipal. La proportionnelle améliorerait certainement la représentativité démocratique et la subdivision, des avantages plus politiques, plus partisans. Mais la campagne électorale des partis chrétiens montre qu’ils comptaient surtout tirer du scrutin de la capitale des avantages communautaires. La forte abstention des électeurs devrait les alerter. Les enjeux ont pourtant été savamment martelés.

La bataille des chiffres
Alors, quels messages les abstentionnistes ont-ils voulu envoyer? Ziad Baroud a sans doute levé une partie de l’explication. Entre le soleil éclatant qui rayonnait sur le pays et l’élection des moukhtars, l’électeur chrétien beyrouthin a fait son choix. Et l’affluence sur les rives de la corniche en témoigne, les électeurs non chrétiens de la capitale ont également opté pour le farniente. Le collège électoral n’était pas appelé à faire un choix, mais à l’entériner. Il y a mieux comme motivation. Avec la proportionnelle, toutes les voix auraient été représentées au Conseil municipal. Au passage, compte tenu de l’immensité de l’agglomération et des problèmes qui en découlent, les beyrouthins auraient sans doute mérité une vraie campagne sur le développement de la ville. Autre piste, le réveil tardif des machines électorales. Ceci explique cela. Les responsables de ces commandos logistiques ne sont jamais aussi efficaces que quand l’enjeu transcende les foules. Des deux côtés de l’échiquier politique, on a été décontenancé par le manque d’intérêt. Du coup, dans la matinée de dimanche, c’était le branlebas de combat. A la compétition politique, s’est substitué le combat de la mobilisation express. Ils ont fait au mieux, mais difficile de mobiliser en quelques heures des gens qui n’habitent plus le quartier. Moins d’électeurs, ce sont des résultats plus serrés et plus difficiles à prévoir et à compter. Toute la semaine, le CPL, les Forces libanaises et les Kataëb se sont échar pés sur des chiffres finalement peu représentatifs. Les alliances étaient claires. Le CPL et le Tachnag face aux Forces libanaises, les Kataëb et Michel Pharaon. A chaque quartier, sa problématique. Prenons Achrafié. 12 400 électeurs se sont déplacés pour élire 12 moukhtars. La liste du 14 mars a emporté tous les sièges. Le premier, Ahmad Beydoun, obtient 6 730 voix. Entre le dernier vainqueur, Jean Nehmé, et le premier perdant, Rafi Markarian, 5812 voix, la différence est de 374 voix. En moyenne, le CPL et le Tachnag ont obtenu 5700 voix, la liste gagnante 6400. Pour comprendre ce scrutin, il faut entrer dans les détails. Les perdants ont tout de même obtenu la majorité des voix chrétiennes, 5400 à 4800, Arméniens compris. Ce sont les 1500 voix sunnites qui ont fait pencher la balance du côté du 14 mars. Même schéma à Saïfi, où seuls 1 600 électeurs se sont déplacés. Le 14 mars rafle les 4 sièges et, là aussi, ce sont les 400 voix sunnites qui ont fait la différence.

Les pions posés pour 2013
C’est à Rmeil que la bataille des moukhtars s’est jouée. 6500 électeurs, dont 1200 Arméniens, ont pris la peine de mettre leur bulletin dans l’urne. Douze sièges en jeu. Longtemps, les bruits de couloir, les rumeurs ont donné l’ensemble des sièges au CPL et au Tachnag. Ça s’est joué à très peu de choses. Il a fallu la proclama tion des résultats officiels pour se faire une idée définitive. Score final, 7 à 5, en faveur des deux partis précités. 2918 listes du 14 mars contre 2987 pour les autres. Dans le quartier, les candidats ont joué à brouiller les cartes politiques. Au final, ce sont les candidats proches du Tachnag qui l’ont emporté. Sur les 28 moukhtars que comptent Achrafié, Saïfi et Rmeil, le 14 mars emporte 21 sièges. Mais cette grille de lecture ne serait pas complète si l’on n’ajoutait pas la victoire du CPL et du Tachnag au sein de l’électorat chrétien à hauteur de 54% des votants. Cet ersatz de scrutin démontre définitivement plusieurs choses. Le législateur devra à un moment ou un autre se poser la question du redécoupage de la circons cription de Beyrouth, à la manière des autres grandes capitales européennes. Ensuite, Beyrouth revient à ses fondamentaux abstentionnistes, simplement démen tis en 2009, lorsque deux listes se sont affrontées sur l’ensemble du territoire. Et enfin, la balance au sein de la communauté chrétienne a, sur l’ensemble du terri toire, donné son verdict. Entre les pôles chrétiens de la majorité et ceux de l’opposition, l’égalité est parfaite. Le CPL reste le plus grand parti, mais il ne peut plus se passer de ses alliés. Reste à savoir si l’angle de la primauté chrétienne reste vraiment mobilisateur.

Polémique Baroud-Houri

Commentant, après lecture des résultats, le fort taux d’abstention à Beyrouth, le ministre a souligné que l’adoption de la proportionnelle aurait beaucoup mieux mobilisé l’électorat. Sur le perron de Koraytem, Houri a immédiatement réagi à ses propos qu’il a jugés «irresponsables», rien de moins. Il s’est très vite rétracté après que le président Michel Sleiman eut évoqué le sujet avec le Premier ministre. Les oreilles du député ont dû chauffer.

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

 
%d blogueurs aiment cette page :