Mouvement pour le Liban

Représentant le Courant Patriotique Libre en Belgique

Pascal Monin. « Les municipales ont été politisées au delà de ce qui est permis », soutient Pascal Monin

Posted by jeunempl sur mai 12, 2010

Nayla Chahla – Iloubnan

Au lendemain des élections municipales dans les districts de Beyrouth et de la Békaa, les réactions sont partagées entre les protagonistes libanais, vis-à-vis des résultats des urnes. Deux batailles pour déterminer et redéfinir les poids des uns et des autres. Qu’est-ce qui ressort de ce second dimanche électoral? Le point avec le politologue et professeur Pascal Monin.

iloubnan.info : Comment évaluez-vous le scrutin du second dimanche ?
Pascal Monin :
D’une manière générale, je trouve qu’il y a une satisfaction à tous les niveaux du bon déroulement du scrutin municipal, du fait qu’il n’y a pas eu de problèmes de sécurité, ni, à ma connaissance, de fraudes, de mesures illégitimes, ou d’actes qui auraient pu entraver le scrutin. Donc, il s’agit d’une seconde victoire hier après celle du dimanche passé. Cette victoire est celle de la bonne volonté affichée par le Président Michel Sleimane pour organiser les municipales suivant le calendrier électoral. Sleimane a toujours insisté sur la nécessité de respecter les échéances pour montrer que le Liban est digne d’être considéré un pays légitimement démocratique, sans remettre à plus tard les processus politiques. Par contre, le mauvais aspect de cette échéance concerne l’adoption de l’ancienne loi électorale pour l’organisation du scrutin. Le Gouvernement et le Parlement ont trainé quant à l’adoption de la loi proportionnelle qui aurait dû régir les élections municipales de 2010. En effet, la loi proportionnelle aurait garanti la juste représentativité de toutes les composantes libanaises, majoritaires comme minoritaires. Si appliquée, cette loi aurait évité tous les problèmes qui ont été relevés notamment dans les grandes villes comme Beyrouth et Zahlé.

La loi actuelle n’a pas attiré la population locale, d’où la participation timide aux élections, notamment des minorités chrétiennes et musulmanes dans l’une ou l’autre grande ville. Ces catégories se sont senties marginalisées et incapables de faire entendre leurs voix, d’où leur abstention. Mais à observer les résultats des urnes, on voit bien que l’équité et la parité réussies au sein de la municipalité de Beyrouth sont essentiellement dues aux directives données par le Premier ministre Saad Hariri à ses partisans de voter pour la liste entière à Beyrouth sans rayer aucun nom, et ce, pour consacrer la juste représentation de toutes les parties. Cette procédure a été également adoptée par son père Rafic Hariri dans les précédentes municipales. Mais cette parité respectée de nouveau en 2010 doit être traduite en loi électorale et non pas dépendre à jamais des directives des uns et des autres. Si en 2010, cette parité a été respectée grâce à l’engagement de l’électorat de Hariri, en 2016, ou en cas d’abolition du confessionnalisme politique par exemple, ceci pourrait ne pas se reproduire en cas de changement de leader. C’est pourquoi il est primordial d’inclure cette équité et cette parité dans la nouvelle loi électorale relative aux municipales. Cette loi serait la garantie légale de la juste représentativité de toutes les minorités au Liban.
Qu’en est-il de la forte politisation du scrutin, rapportée par les médias ?

Malheureusement, la politisation du scrutin a en effet été constatée et elle s’est produite au détriment du développement local. Ce scrutin a été hyper politisé au-delà même de ce qui est permis, surtout au niveau des maires, qui sont effectivement en contact direct avec les gens. Ces derniers ont voté selon leurs affiliations politiques et non pas pour les programmes relatifs aux besoins de leurs régions. Ceci prouve, malheureusement, la prédominance de l’esprit tribal, la politique des clans, la vengeance et la révolte contre les résultats des législatives de 2009, comme cela s’est produit à Zahlé. Donc, c’est le mauvais aspect de ce scrutin. La politisation a prévalu su le développement. A bien observer le processus électoral, on constate bien que là où les hommes politiques ne se sont pas mêlés, les familles ont sollicité leur aide, et là où les hommes politiques sont intervenus, les familles se sont révoltées contre eux et les ont marginalisés, comme cela s’est produit dans certains villages de la Békaa. Ainsi, ce tandem familles-hommes politiques a constitué la double dimension des municipales. Ceci va également se manifester dans les municipales du Liban sud et du Liban nord. Dans cette perspective, la question se pose : est-ce que le bien et l’intérêt de la ville et des gens ont été prioritaires dans les différents programmes des élus ou est-ce plutôt l’aspect politique?

A quoi doit-on s’attendre pour les prochaines municipales au Liban sud et au Liban nord ?

On ne sait pas vraiment s’il y aura un consensus ou s’il y aura des batailles électorales. Les premières informations renvoient plutôt à un consensus à Tripoli et à Zgharta, du fait que les résultats du Liban sud sont presque connus, à l’exception de la ville de Saida où une bataille s’annonce importante. Néanmoins, les batailles principales sont passées, soit au Mont-Liban, à Beyrouth et à Zahlé. C’est pourquoi, je pense qu’il y aura un scrutin normal au Liban sud et au Liban nord. Il y a un penchant vers le consensus entre les différents protagonistes. A l’instar des deux dimanches passés, ceux qui restent ne témoigneront pas de véritables surprises. Mais en cas de bataille, c’est la redéfinition du poids politique des uns et des autres qui sera mise en lumière.

Qu’en est-il de la campagne menée dimanche par le Courant du Futur contre le ministre de l’Intérieur Ziad Baroud ?

A mon avis, le ministre de l’Intérieur Ziad Baroud a fait un excellent travail. Il a fait preuve de professionnalisme et de perfectionnisme incontestables dans la gestion des municipales. Les propos de Baroud concernant la faible participation aux municipales à Beyrouth sont complètement vrais, puisque la loi actuelle régissant les municipales ne tient pas compte des votes des structures qui se considèrent comme des minorités. La logique de Baroud concernant l’adoption de la loi proportionnelle est la même qu’il a exprimée en apportant ses remarques sur le scrutin du dimanche. Preuve en est, l’attaque dont il fut l’objet, qui a provoqué la révolte des gens contre les agissements politiques. J’estime que cette attaque est infondée. Les urnes ont confirmé la logique de Baroud concernant la loi électorale.

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