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Les juifs du Liban dans un documentaire sur la BBC : Des souvenirs mêlés d’une grande nostalgie

Posted by jeunempl sur mai 7, 2010

(Par Patricia Khoder – L’Orient Le Jour)

Communauté Nada Abdelsamad, responsable du bureau de la BBC dans la capitale libanaise et auteure de l’ouvrage « Wadi Abou Jmil, des histoires sur les juifs de Beyrouth » aux éditions Dar an-Nahar, vient de terminer un documentaire sur les juifs du Liban.

Samedi 8 mai, la chaîne de télévision BBC en langue arabe diffusera un documentaire qui va à la recherche des juifs du Liban qui ont quitté leur pays d’origine peu après la création de l’État d’Israël ou après le déclenchement de la guerre au Liban.

Le travail a été effectué par la journaliste Nada Abdelsamad, responsable depuis plusieurs années du bureau de la BBC à Beyrouth. Abdelsamad est l’auteure de l’ouvrage Wadi Abou Jmil, des histoires sur les juifs de Beyrouth publié en décembre dernier aux éditions Dar an-Nahar. Le livre, basé sur une cinquantaine de témoignages de Libanais ayant côtoyé des juifs de Wadi Abou Jmil avant que ces derniers ne quittent le pays en masse, notamment après la guerre de 1967, raconte le quotidien d’une trentaine de familles juives ayant choisi l’exil (cf. L’Orient-Le Jour du 13 janvier 2010).

Le documentaire est une sorte de suite au livre. Nada, aidée des équipes de la BBC au Canada, au Mexique et en Israël, a pu retrouver quelques personnages de son livre. Cette fois-ci, ils prennent vie, non à travers les Libanais qui les ont côtoyés, mais à travers leurs enfants, ou encore ce sont eux-mêmes qui témoignent devant la caméra.

Toutes les histoires que Nada Abdelsamad avait racontées dans son ouvrage finissaient avec le départ des personnages du Liban, achevant ainsi une partie de leur vie au pays du Cèdre. Le livre ne racontait donc pas ce qu’ils sont devenus.
Dans le documentaire, on découvre leur vie après leur départ du Liban. Tous ont conservé l’usage du dialecte libanais avec l’accent particulier de Beyrouth. Ils gardent précieusement leurs vieux papiers d’identité délivrés par les autorités libanaises. Et tous sans exception parlent du Liban avec une terrible nostalgie, comme d’un paradis perdu.

Le documentaire relate donc plusieurs histoires, chacune d’elles prenant racine au Liban. Elle commence par des témoignages de Libanais parlant de leurs amis de la communauté juive libanaise ayant quitté le pays. L’image nous transporte ensuite vers d’autres pays, où l’on découvre le visage et la vie, l’autre vie, celle de ces amis qui ont quitté le Liban pour ne plus jamais y revenir.

Thérèse Jabbour et Marcelle Hneiné parlent de Sélim et Marie Mezrahi et leurs enfants. La famille avait quitté le Liban en 1969. Les deux Libanaises n’ont jamais su ce que leurs amis sont devenus. Elles savent, par le biais de voisins restés à Wadi Abou Jmil durant l’invasion de 1982, que Marco Mizrahi, le fils de Sélim et de Marie, était venu au Liban ; il était rentré au pays à bord d’un char israélien. Il était allé à Wadi Abou Jmil à la recherche de ses voisins et de ses amis d’enfance.

Leur témoignage s’arrête, des images défilent, celles de Wadi Abou Jmil et de Beyrouth baignée par les vagues. D’autres images apparaissent, une autre ville baignée par les vagues et ou on y trouve des souks arabes. C’est Haïfa. Marco Mizrahi, le fils de Sélim et Marie, s’y promène.

Marco, qui vit dans une banlieue de Tel-Aviv, montre son vieux permis de conduire libanais et un vieil album avec des photos en noir et blanc, celles de sa vie avec sa famille et ses amis au Liban. Il parle des larmes versées et de la déprime durant la première année passée en Israël.
Il est devant sa télévision. Il regarde une chaîne libanaise qui diffuse un programme filmé dans les jardins de Sanayeh. Il se souvient du jardin, le décrit.
Marie, sa mère, est morte il y a quelques années. « Elle n’a jamais regardé les chaînes israéliennes. Elle écoutait les radios et regardait les télévisons libanaises. » Jusqu’à présent, Marco aime écouter les chansons de Feyrouz, de Sabah et de Wadih Safi.
Au début de son séjour en Israël, il avait refusé d’accepter un poste qu’on lui avait proposé au sein de l’armée israélienne. « Je ne pouvais pas concevoir ceci. Mais avec le temps qui passait, les choses ont changé », dit-il.

Berthe Mamo et Alain Abadi

Sur un banc dans un jardin public de Beyrouth, Berthe Mamo, la soixantaine, se souvient d’Alain Abadi, un artiste qui jouait de la guitare et chantait dans les boîtes de nuit de la capitale libanaise. « On se voyait beaucoup, on passait notre temps à médire et à nous moquer des gens », dit elle en éclatant de rire.

À Tel-Aviv, Alain Abadi tient des boîtes de nuit. Le Liban lui manque terriblement. Il ne s’est jamais adapté à la vie en Israël. « Il y avait Berthe, on rigolait énormément ensemble », dit-il. Alain Abadi, qui a refusé de servir dans les rangs de l’armée israélienne, porte le Liban au cœur. « Même si je trouve ici tous les ingrédients de mes plats préférés, au Liban les aliments avaient un autre goût », dit-il. « J’aime parler avec l’accent libanais. Parfois j’ai peur de le perdre, de perdre nos expressions typiquement libanaises. Ici, les Palestiniens ont un autre accent, un autre dialecte. J’ai envie de tenir une conversation, une vraie, en libanais. Ca fait très longtemps que je n’ai pas fait ça », s’exclame-t-il.

Une vieille maison beyrouthine : Moukhtar Itani se souvient de son supérieur, le commissaire Élia Bassal, un responsable des FSI durant les années cinquante et soixante. Un homme respecté de tous.

Dans un appartement au Canada, un drapeau du Liban trône dans un coin. C’est la maison de Jacques Bassal, le fils du commissaire des FSI Élia Bassal, dépeint dans le livre Wadi Abou Jmil, des histoires sur les juifs de Beyrouth. Élia Bassal avait quitté le Liban avec sa famille pour le Canada durant la guerre. Son fils, comme tous les Libanais francophones ou les Libanais de Montréal, parle l’arabe avec le dialecte libanais, le ponctuant de mots français. Il a préservé le vieil uniforme de son père, mort loin du pays natal, parce que le commissaire Bassal a toujours été fier, même durant son exil à Montréal, d’avoir servi le Liban.
Le commissaire Bassal attendait que la guerre finisse pour rentrer au pays. Il s’est éteint en 1991 dans son appartement de Montréal.

Une blessure qui saigne

D’autres images, une autre histoire encore : un homme passionné d’antiquités parle à visage couvert. Il avait retrouvé en 1975 chez un marchand ambulant de Beyrouth des livres qu’il avait pris pour des ouvrages anciens. C’était en fait une sorte de journal intime, écrit en français par Désiré Liniado qui les dédiait à sa fille, Dany. Désiré était un avocat et un journaliste connu dans la société beyrouthine. Il a quitté le Liban pour finalement mourir aux États-Unis.
Il y a quelques années, les livres ont été remis à Nada Abdelsamad, qui a lancé une recherche et qui a pu retrouver, grâce à Facebook, Dany Liniado.

Une maison à Mexico City : Dany Liniado, la soixantaine, ouvre sa porte aux journalistes et reçoit les journaux intimes de son père. Elle ignorait l’existence de ces livres. Elle parle en anglais et en arabe, se souvient comment elle avait quitté le Liban au début de la guerre. « C’était en 1975, nous étions à Aley. Il y avait des barrages partout. Dans la voiture qui m’emmenait à l’aéroport de Beyrouth, il y avait un musulman, un chrétien et un druze. Nous avons pensé que c’était le seul moyen de nous protéger des miliciens à ces barrages qui enlevaient les passants et les exécutaient selon leur appartenance religieuse », raconte-t-elle.

Dany Liniado prend l’un des livres de son père, lit la dédicace : « À ma fille Danielle, à le lire quand elle sera grande ». À la première page de l’un des volumes, Désiré Liniado décrit sa vie et écrit : « J’ai tout pour être heureux. Adieu 1947-vive 1948. »

1948 est l’année qui a changé le cours de l’histoire du Moyen-Orient, qui a changé à jamais la vie de plusieurs communautés et populations de la région. Certains continuent à en payer le prix jusqu’à présent.

Après 1948, les juifs du Liban ont préféré partir petit à petit et en silence. Jusqu’à aujourd’hui, comme tous les exilés libanais, ils portent leur pays dans le cœur comme une blessure qui saigne sans jamais se cicatriser.

À travers le documentaire qui sera diffusé samedi à 21 heures GMT (minuit heure de Beyrouth) sur la chaîne de télévision arabe de la BBC, Nada Abdelsamad a voulu recoller les morceaux d’un puzzle entre le Liban et d’autres pays du monde, retraçant l’histoire, la petite histoire, de familles juives ayant choisi l’exil. La journaliste compte sur leur propre témoignage et celui de leurs amis Libanais, joignant ainsi, par l’image, des personnes qui ne pourraient peut-être plus jamais se retrouver.
L’expérience est la première du genre au Moyen-Orient.

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