Mouvement pour le Liban

Représentant le Courant Patriotique Libre en Belgique

La laïcité au Liban, un objectif réaliste ?

Posted by jeunempl sur avril 27, 2010

RPLFrance.org
(l’article est paru en deux parties les 21 et 22 avril dans l’Orient le Jour)

Après l’indépendance acquise en 1943, les deux protagonistes de cet événement historique, les présidents Béchara el-Khoury et Riad el-Solh, ont trouvé une formule qui prenait en compte l’hétérogénéité confessionnelle et les divergences d’opinion entre Libanais. Cette formule nommée « pacte national » consistait en un compromis oral et provisoire qui devait réunir les Libanais sous un seul drapeau. Ce compromis entérinait l’attribution des postes sur des critères confessionnels, tout en prévoyant un comité national attaché à la suppression de ce confessionnalisme. Par la suite, le Liban a connu la guerre civile et religieuse qui a pris officiellement fin le 13 octobre 1990, suite à un deuxième accord intercommunautaire dit de Taëf.

Malheureusement, après presque 67 ans de guerre et d’instabilité politique, le Liban ressemble toujours à un clandestin qui n’a aucune identité. Cet aperçu historique nous rappelle que notre pays n’a pas réussi à résoudre son problème de cohabitation entre les différentes communautés. Ce problème communautaire persiste malgré les deux accords et les nouvelles générations d’hommes et de femmes politiques dont on présageait qu’ils seraient les initiateurs d’un changement. En réalité, ces deux accords sont des pansements à l’hémorragie, mais nullement le remède. Ils ont été indispensables pour sortir le pays d’une situation de crise, d’instabilité et de guerre. Nécessairement limités par leur caractère « provisoire », ces accords doivent être complétés par une politique volontariste, juste et raisonnable pour supprimer cette dépendance entre politique et religion, afin d’élire nos responsables uniquement sur leurs compétences.

La nécessaire laïcité

Bien que les deux accords aient évoqué le passage d’un État communautaire à un État séparant religion et politique, le réflexe communautariste n’a pas cessé de se détériorer depuis l’indépendance, la guerre civile, la domination syrienne. Jusqu’à présent, nous n’avons pas bénéficié d’une stabilité politique permettant d’entamer sereinement un vrai débat sur la laïcité dans nos institutions. Certes, les deux conditions d’une société solidaire et forte résident généralement dans le partage d’une même langue et religion. Dans notre cas, c’est dans l’hétérogénéité des religions que réside notre talon d’Achille, d’ailleurs toujours exploitée par les perturbateurs externes et internes. Nul ne pouvant imposer sa religion, la solution pour surmonter cet handicap serait d’aboutir à un État véritablement laïc.
La laïcité se définit par l’autonomie de l’État par rapport à la religion, la neutralité confessionnelle, la reconnaissance de la liberté de culte (y compris la liberté des agnostiques et athées). Au niveau individuel, les individus sont juridiquement égaux, quelles que soient leurs croyances. C’est exactement ce système qui permettra de résoudre nos problèmes hérités depuis des décennies, afin de supprimer notre identité communautaire au bénéfice d’une unique identité libanaise.

Aujourd’hui, on entend à nouveau parler de la séparation entre politique et religion. Ce discours reflète l’hypocrisie de ceux qui le prononcent, souvent les responsables de l’aggravation du fossé communautaire. Chaque responsable politique joue toujours le rôle de « galvaniseur communautaire » pour s’attirer les faveurs de sa communauté et rester sur les devants de la scène. Nos hommes politiques oublient les dommages considérables que provoque leur discours politique, basé sur le racisme et la haine entre les différentes communautés. Le meilleur exemple récent est dans la division de l’opinion libanaise à l’occasion des manifestations des 8 et 14 Mars. Le plus grand défi aujourd’hui, c’est de pouvoir réunir les Libanais, quelle que soit leur religion, par un discours patriotique et non communautaire.

Évidemment, il est encore prématuré d’espérer aboutir à un État laïc puisque la laïcité est une chose abstraite, un comportement au quotidien, une vision d’égalité entre tous les citoyens. La laïcité est dans chaque individu, dans chaque maison. Le passage à un État laïc requiert une pédagogie à l’échelle nationale et individuelle, dans chaque foyer. Cet esprit laïc est encore loin de nos mœurs, comme le montre notre incapacité à imposer un mariage civil ignorant par définition l’appartenance religieuse des conjoints. Tant que les citoyens libanais éprouveront un manque de confiance et auront un comportement réfractaire à l’égard de leurs compatriotes appartenant à une autre communauté vivant sur les mêmes 10 452 kilomètres carrés, le changement à l’échelle nationale se fera longtemps attendre.

La marche à suivre pour aboutir à une société faisant abstraction de l’appartenance religieuse et communautaire est longue. Mais avec ténacité, volonté et courage, le changement aboutira. Ces problèmes de confiance peuvent être traités sous plusieurs aspects : un premier aspect politique, un second aspect lié à l’éducation et la connaissance mutuelle des religions, un troisième aspect médiatique, un dernier aspect concernant l’organisation de la pratique des religions.

La Politique

En ce qui concerne l’aspect politique, un nouvel accord national, d’origine purement libanaise (et non dicté de l’extérieur) réalisé à Beyrouth par les seuls acteurs libanais, doit être envisagé pour trouver une solution aux grands conflits qui paralysent le pays. Cet accord doit trancher la question de l’identité du Liban, définir une politique claire, en particulier concernant sa position à propos du conflit au Moyen-Orient et son rôle dans la région. Moins d’ambiguïté et une position franche sur les sujets sensibles porteront le pays à suivre une politique saine permettant d’apaiser les esprits communautaires.

Toujours dans la politique, un second point consiste en la séparation des partis politiques et des religions. Les partis politiques doivent se remettre en question. Il est indispensable de développer de nouvelles lois qui garantissent l’indépendance des partis sur les plans politique et financier. Les puissances extérieures doivent reconnaître le Liban dans sa superficie connue, comme pays indépendant, libre, souverain, multiconfessionnel, qui tend vers la laïcité. La séparation entre les partis et les religions nécessite l’interdiction de toute référence au fait religieux au sein des partis. Il faut interdire les propagandes religieuses pratiquées par les partis ainsi que l’utilisation de la religion pour réaliser un projet politique. Cette séparation passe par l’interdiction de tout discours, symbole ou slogan religieux pratiqué par les partis.

L’éducation

Le deuxième aspect est celui de l’éducation. Malheureusement, la génération qui a participé à la guerre civile a inculqué et transmis l’antagonisme et la haine aux futures générations à travers une version subjective de la guerre civile. Une première étape consistera à réunir un comité d’historiens neutres et objectifs afin d’approuver un livre d’histoire unique qui sera adopté par le ministère de l’Éducation nationale. Ce livre d’histoire évoquera objectivement notre passé. Cela pourra aboutir à la formation d’une génération plus lucide et construire chez les jeunes un point de vue objectif sur les hommes politiques et leurs actions passées. Ils pourront réaliser que ces problèmes sont dus au communautarisme.

Toujours dans l’éducation, un autre point fondamental réside dans les valeurs transmises par les parents à leurs enfants. Celles-ci sont les plus difficiles à changer puisqu’il faut entrer dans chaque maison et chaque famille pour donner la bonne éducation basée sur l’amour de la patrie, la tolérance, la compréhension et le respect de l’autre quelle que soit sa religion.

Les médias

C’est dans cette optique qu’entre en jeu le troisième critère, à savoir les médias. Ces derniers portent la plus grande responsabilité sur la qualité et le contenu de l’information. La solution sera d’établir des programmes culturels permettant de donner une approche positive de chaque religion afin qu’il y ait une connaissance mutuelle des religions pour rapprocher les gens et surmonter l’obstacle de l’ignorance. Jusqu’à présent, les médias n’ont fait que transmettre des informations subjectives qui incitent à la haine et élargissent le fossé entre les différentes communautés. Sans restreindre aucune liberté, des lois devront être développées afin de sanctionner tout média exerçant une provocation communautaire. Malheureusement, nos médias sont loin d’être objectifs, ils sont plutôt complices et responsables de la déstabilisation de notre pays.

La pratique de la religion

Un dernier aspect concerne l’organisation de la pratique des religions chez les différentes confessions. En effet, les maisons de culte sont dans certaines villes libanaises une source de provocation et non pas un endroit pour communiquer discrètement avec Dieu. La concentration de ces maisons de culte, sans aucune organisation ou restriction par l’État, attise les tensions. L’État doit légiférer et prendre en main le développement incontrôlé de ces lieux de cultes, leur distribution géographique, la pratique de la religion pour éviter tout risque de provocation et de développement hégémonique d’une confession au détriment des autres. Le Liban appartenant à toutes les religions qui le composent, l’imposition d’une religion ne serait que le germe de graves problèmes.

La laïcité, dans un pays où la pratique religieuse est fortement imprégnée dans le quotidien de la population, est un combat qui est loin d’être facile. Le sécularisme comme il existe en Inde, pays multiconfessionnel, démocratique, où l’attribution d’un poste gouvernemental n’est pas soumise à un quelconque quota, peut être une solution acceptable. Cette solution passe par la séparation complète de la politique et de la religion. Cet objectif, pour être atteint, nécessite une politique claire et honnête, pour construire enfin un pays dans lequel tous les citoyens libanais sont égaux en droits et devoirs, et dans lequel les droits de l’homme sont respectés.

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