Mouvement pour le Liban

Représentant le Courant Patriotique Libre en Belgique

Waad, un projet immobilier pour la banlieue sud aux dimensions d’un rêve

Posted by jeunempl sur mars 4, 2010

(L’Orient le Jour – Scarlett Haddad)

Les grues prennent d’assaut le ciel alors que la frénésie des chantiers donne une animation joyeuse et poussiéreuse aux rues. Nous sommes à Haret Hreik, au cœur de la banlieue sud de Beyrouth dans le quartier jadis appelé carré sécuritaire du Hezbollah. Si le trou dans le sol est profond, les échafaudages s’élèvent aussi en hauteur et les immeubles s’annoncent élégants sans ostentation, en tout cas plus beaux qu’ils ne l’étaient.

Plus de trois ans après avoir été transformé par les avions israéliens en « terrain de football », selon l’expression consacrée à l’époque, la banlieue sud renaît de ses cendres et prend des allures de modernité alors que les filles en jeans côtoient les femmes voilées et que les ouvriers du bâtiment font des heures supplémentaires pour achever à temps leurs chantiers. Le projet « Waad », annoncé par le secrétaire général du Hezbollah dès le 14 août 2006, est en train de prendre forme. Des 260 immeubles détruits, 75 sont déjà achevés et habités, alors que le directeur général du projet, Hassan Jechi, espère remettre une centaine d’autres à la fin de 2010.

À quelques mètres de l’église flambant neuve de Haret Hreik, une femme blonde, menue et gracieuse mène tambour battant une dizaine d’ingénieurs et d’entrepreneurs devant les ouvriers syriens qui attendent les instructions.

Elle dirige 53 ingénieurs et contremaîtres, et 630 ouvriers avec rigueur et au pas de charge. Information prise, elle travaille pour une société chrétienne et a la charge de la reconstruction de 20 immeubles… Ainsi va la banlieue sud où les temps changent. Les ouvriers dans les chantiers sont essentiellement syriens, et ils ont été contraints à plusieurs reprises au cours des trois dernières années de suspendre leurs activités et de rentrer temporairement chez eux en raison des développements politiques. Mais, depuis quelques mois, ils travaillent sans interruption et le travail avance considérablement. Les propriétaires des appartements en pleine reconstruction viennent régulièrement surveiller les travaux et donner leur opinion. Mais architectes et entrepreneurs les renvoient immédiatement aux fonctionnaires de « Waad », qui restent leurs premiers et seuls interlocuteurs. Satisfaire tout le monde n’est d’ailleurs pas une entreprise facile, mais à « Waad », on pratique à fond l’art du dialogue et la patience. Selon Hassan Jechi, l’objectif de l’opération est de reconstituer le tissu social de ces régions comme il l’était avant la guerre de 2006. Les habitants chassés de chez eux par les bombardements ont voulu garder leurs voisins, et retrouver leurs maisons et leur quartier tels qu’ils étaient.

Au commencement du projet

Hassan Jechi est ingénieur architecte depuis trente ans. Originaire de Jouaya, il est sollicité par Jihad al-Bina, la société relevant du Hezbollah qui s’occupe des travaux de construction et d’aménagement des infrastructures, pour diriger le projet « Waad ». Il accepte immédiatement car il croit à ce projet et estime qu’il s’agit d’une mission noble en dépit des difficultés qu’elle comporte. Sur le plan technique, c’est un énorme travail, et sur le plan humain, un extraordinaire défi. Le directeur général du projet révèle ainsi que 40% du travail a été accompli sur le terrain et les 60 autres avec les habitants dont il fallait écouter les exigences, régler les problèmes et trouver une formule qui respecte les données d’avant la guerre.

Il se rappelle que le 14 août 2006, plus de 30 000 familles de la banlieue sud étaient déplacées et dans l’incapacité de rentrer chez elles. La priorité était d’abord de les aider à louer une maison pour une période d’un an, le temps de réparer ou de reconstruire leurs domiciles. Le Hezbollah a alors donné à chacune la somme de 12 000 dollars. En même temps, un recensement global a été effectué en un temps record : deux semaines. Le 14 octobre 2006, toutes les familles concernées par ce drame avaient touché les 12 000 dollars. Le Hezbollah est passé ensuite au deuxième volet : recenser les immeubles partiellement endommagés et entreprendre les travaux de réparation. Il y en avait 1 300, et en un an, à la fin de 2007, ils ont tous été réparés et les habitants sont rentrés chez eux. Restait le troisième volet, celui des immeubles entièrement détruits qu’il fallait reconstruire. Ils étaient au nombre de 260. C’est pour cette mission que le projet Waad a été conçu.

« Nous avons commencé par désigner un responsable pour chaque secteur, précise Hassan Jechi, pour qu’il recueille toutes les informations nécessaires sur le quartier et parvienne à définir les besoins exacts de la population. » Une réunion a eu lieu entre les représentants de toutes les familles dont les maisons ont été entièrement détruites et le secrétaire général du Hezbollah qui les a informées de la teneur du projet. En même temps, le gouvernement avait adopté le décret 146, dans lequel il décidait d’accorder des indemnités à ceux qui ont perdu leur maison. Mais les sommes accordées par l’État étaient insuffisantes. Il s’agissait de donner à chaque appartement 70 millions de livres, ce qui équivalait à 47 000 dollars. Difficile de reconstruire un appartement avec une telle somme. Waad a alors proposé aux habitants de remettre les chèques de l’État dans le cadre du projet et de reconstruire les immeubles en assumant la différence des coûts. Sondés, les habitants ont adopté des positions mitigées : 70 % ont accepté l’offre, 5 % ont préféré reconstruire eux-mêmes leurs immeubles et 25 % étaient d’abord hésitants, mais au fur et à mesure que le travail de Waad avançait, ils se sont ralliés à la majorité.

Le début de « la grande aventure »

La « grande aventure », comme l’a appelée Hassan Nasrallah, a alors commencé. Hassan Jechi estime qu’il s’agit d’une expérience tout à fait nouvelle. Car si la Résistance a prouvé son efficacité militaire, il fallait désormais qu’elle fasse ses preuves dans un domaine nouveau, avec un travail à la fois technique et social. Waad construit aujourd’hui 244 immeubles sur les 260 détruits. Les seize restants ont été reconstruits par les propriétaires eux-mêmes, mais Waad les a aidés financièrement et avec les matériaux de base.

La décision prise et l’infrastructure mise en place, il a fallu trouver les bureaux d’ingénieur capables de faire le travail dans les délais et au plus bas coût, car il ne s’agit pas d’une entreprise commerciale. Plusieurs offres ont été présentées, certaines venues de bureaux étrangers. Une formule similaire à Solidere a même été proposée. Mais elle a été refusée, car Waad souhaite reproduire le même tissu social et garder les habitants chez eux, sans avoir à leur donner des actions en contrepartie des titres de propriété et construire des bâtiments totalement différents. Finalement, les offres de 50 bureaux d’ingénieur ont été retenues, dont des chrétiens et des sunnites, mais avec une majorité de chiites. Certains bureaux se sont rétractés après avoir présenté des offres, subissant des pressions étrangères ou estimant que les coûts proposés sont trop bas. Les plans urbains ont été étudiés avec les municipalités de la banlieue sud et le travail proprement dit a commencé.

Coût total de l’opération : 400 millions de dollars, dont 180 millions censés provenir des fonds de l’État. Jusqu’à présent, il en a versé 107.

Les chantiers ont été divisés en 33 zones et chaque bureau a commencé le travail qui lui était assigné, utilisant parfois les matériaux accordés à titre de dons par des sociétés de bienfaisance installées dans le Golfe.
Selon Hassan Jechi, tous les plans ont pour souci de préserver l’environnement et de respecter en même temps l’organisation de la circulation automobile, sans compter une amélioration considérable des immeubles eux-mêmes. Tous répondent désormais à des considérations sécuritaires et sont dotés de système antisismique, de parkings avec système de ventilation et d’un générateur indépendant. Il y a même un système anti-incendie à tous les étages. Bref, toutes les normes modernes sont respectées et chaque immeuble s’est pourvu d’un comité chargé de légaliser les formalités, notamment les baux, les titres de propriété et la maintenance.

Jusqu’à présent, 75 immeubles ont été entièrement achevés. Dans quelques jours, 20 autres seront livrés à leurs habitants.

Hassan Jechi reconnaît que les appartements reconstruits ont plus de valeur que ceux qui existaient. Ainsi, l’appartement qui valait 50 000 dollars en vaut aujourd’hui 150 000, mais il ajoute que très peu de propriétaires songent à vendre pour acheter ailleurs moins cher. « Ils tiennent à leurs quartiers et à leurs voisins, et nous n’avons fait que respecter leur souhait. »

Le directeur général du projet affirme ne pas craindre que tout ce travail soit à recommencer en cas de nouvelle guerre israélienne. « Si cela devait arriver, nous recommencerions. Mais, pour l’instant, les risques de guerre me semblent éloignés. »

Chrétiens et musulmans mis à contribution

Derrière le travail de reconstruction, n’y a-t-il pas une volonté du Hezbollah de mieux contrôler la banlieue sud ? Hassan Jechi sourit : « Nous savions tout déjà. Nous sommes les fils de cette terre et de ces quartiers, et la guerre a encore resserré les liens entre nous. Nous n’avions pas besoin de payer autant d’argent pour recenser les habitants qui, d’ailleurs, je tiens à le préciser, appartiennent à différentes confessions. Dans la banlieue sud, il y a aussi des chrétiens et des sunnites… »

À Haret Hreik, l’ancien carré sécuritaire est un chantier qui ne s’arrête ni de jour ni de nuit. C’est une société chrétienne qui est en charge de la reconstruction, et le chantier est ouvert aux visiteurs. À la question de savoir comment ce secteur hautement sécuritaire a pu être confié à une société chrétienne, Hassan Jechi répond : « D’abord, qui vous dit que le nouveau carré sécuritaire sera reconstruit sur l’emplacement du précédent ? Qui vous dit aussi qu’il y aura un nouveau carré sécuritaire ? Enfin, les contrats ont été accordés sur la base de deux critères : la confiance et la compétence, et celles-ci sont réunies dans toutes les sociétés avec lesquelles nous traitons. Sans oublier le fait que le document d’entente avec Michel Aoun et Hassan Nasrallah a établi une relation de confiance avec les chrétiens. Les sociétés chrétiennes ont ainsi raflé de belles parts de la reconstruction. Le plus gros contrat, la reconstruction de 40 immeubles, est ainsi revenue à une société chrétienne, de même que ce quartier de Haret Hreik qui regroupe une vingtaine d’immeubles. » Le responsable ajoute qu’avec les développements technologiques, « il faut concevoir d’autres formes de sécurité ».

« Il ne faut pas oublier que les satellites américains et israéliens photographient en permanence la région et qu’il est impossible de dissimuler quoi que ce soit à leur vigilance », ajoute-t-il, avant de conclure : « La sécurité n’est pas de notre ressort. Ceux qui en ont la charge ont certainement imaginé de nouvelles mesures que nous ignorons. »
Le travail de Waad, c’est donc la reconstruction « en mieux », comme le dit le slogan. Hassan Jechi n’est pas peu fier de sa mission. « Après la Seconde Guerre mondiale, explique-t-il, il y a eu trois modèles de reconstruction de villes détruites par les bombardements : soit c’était l’État qui reconstruisait pleinement, soit il partageait cette mission avec le secteur privé, soit il la confiait entièrement au secteur privé. Waad offre ainsi un nouveau modèle, celui d’une association qui accomplit tout le travail sans l’intervention de l’État. Ce modèle sera sans doute enseigné dans les universités, notamment à Manchester (G-B), tant il est exceptionnel. Mais il faut d’abord qu’il soit achevé. »
Le directeur général du projet et ses collaborateurs croisent les doigts et espèrent que plus de 200 immeubles seront achevés fin 2010…

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