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Georges Corm: « Le Liban n’est pas Monaco ou Dubaï. Il a quatre millions d’habitants à nourrir »

Posted by dodzi sur février 24, 2010

Iloubnan.info

Par Anne Ilcinkas

Le Liban doit-il adhérer ou pas à l’OMC? Pour Georges Corm, ce n’est pas la question. L’ ancien ministre des Finances libanais dénonce l’économie de rente qui règne dans le pays et appelle à un changement de société. Empêcher la fuite des cerveaux, c’est l’une des grandes mesures à prendre pour rendre le Liban compétitif selon lui. Eclairage.

iloubnan.info : Le Liban a-t-il intérêt à adhérer à l’OMC?

Georges Corm : Aujourd’hui, tout le monde adhère à l’OMC. Les pays qui ne le font pas sont pointés du doigt et n’ont pas très bonne presse dans la communauté internationale. Alors oui, il vaut mieux adhérer. Mais le Liban n’est pas préparé pour tirer profit de cette adhésion. C’est une évidence.

Aujourd’hui, adhérer à l’OMC, pour le pays, cela n’avance ni ne retarde quoique ce soit. Le problème n’est pas d’adhérer ou non. Le problème c’est de changer de politique économique. Il faut dynamiser l’économie du pays et ce n’est pas l’adhésion à l’OMC qui a un effet dynamisant, mais des capacités et une volonté internes.

D’ailleurs, aucun des pays qui a réussi dans l’économie mondiale n’a appliqué les recettes néolibérales. C’est d’une naïveté intellectuelle sans limites de le penser. La crise l’a démontré.

De plus, nos tarifs douaniers ont considérablement baissé, une baisse qui s’accentuera encore plus sous l’effet des accords de libre échange déjà signés par le Liban, notamment l’adhésion à la zone de libre échange arabe (GAFTA), ou au partenariat Euromed, sans compter les nombreux accords bilatéraux signés. Le Liban a déjà tout cédé. Il a signé des accords souvent désavantageux pour l’économie du pays avec l’Arabie saoudite, la Jordanie, l’Egypte, Bahrain et d’autres. Le pays a choisi d’abandonner toute ambition dans le domaine de ses propres capacités compétitives dans l’économie mondiale. Tout l’afflux de capitaux reçus depuis 20 ans n’a pas été investi dans l’économie productive, mais dans le secteur foncier de luxe et les deux secteurs bancaire et touristique. Cela a produit une prospérité extrême dans une économie aux dimensions de 50 km2, centrée sur les quartiers chics de Beyrouth et quelques centres d’estivage courus dans le Mont Liban. Mais le Liban a un territoire de 10 452km2. Ce n’est pas Monaco ou Dubai. Il a quatre millions d’habitants à nourrir.

iloubnan.info : Quelles sont les réformes à mettre en œuvre pour rendre le Liban compétitif?

Les réformes à faire ne sont pas de type formel. Il ne suffit pas de faire seulement des réformes comptables, comme équilibrer un budget par exemple. Il faut des réformes structurelles, en profondeur. Et pour cela, il faut d’abord changer les mentalités. Ne plus se satisfaire des sources de rentes (foncière, financière, et maintenant touristique, sans compter les remises des émigrés) de quelques uns, mais exploiter les ressources humaines et naturelles du pays. Au Liban, 50% de la population vit sous le seuil de pauvreté. Les ressources en eau sont de plus en plus polluées et leur excédent part directement à la mer. La diversité de la flore n’est pas exploitée. Cela pourrait intéresser des laboratoires pharmaceutiques. Le Liban possède des terres fertiles de plus en plus abandonnées.

Il faut changer de modèles. Et regarder Singapour. Sa superficie est moins grande que celle du Liban et c’est un Etat moins peuplé, et pourtant sa puissance industrielle, commerciale est très importante. Prenons Taiwan, c’était une île de pécheurs chinois, la Finlande et le succès de Nokia, l’Irlande…Les exemples ne manquent pas. Mais au Liban nous sommes fascinés par des modèles comme Dubaï, Monaco, le Lichtenstein. Nous misons tout sur le secret bancaire, l’immobilier de luxe, les remises de nos émigrés, les visites touristiques des riches Arabes.

L’élite qui gouverne est dominée inconsciemment par une culture qui vante exclusivement les bienfaits de « l’économie de rente ». Cette classe dirigeante est constituée de milliardaires très satisfaits des revenus de leurs rentes. Ils ne vont pas changer. Ils n’en ont aucune raison. De plus, cette élite politique fait preuve d’un grand désintérêt pour les questions économiques. Le seul programme de réformes plus ou moins accepté est celui présenté par le gouvernement à la conférence des donateurs de Paris III, mais il est basé sur la nécessité d’équilibrer les comptes de l’Etat, presque exclusivement et non pas d’impulser une dynamique de développement forte qui mobilise tous les avantages comparatifs du Liban.

L’adhésion a l’OMC pourrait peut-être toucher à une partie de ces revenus rentiers en provenance du secteur de l’importation où de nombreux produits alimentaires ou autres sont monopolisés un petit groupe d’importateurs.

iloubnan.info : La solution passe-t-elle par le remplacement des élites dirigeantes ?

Il ne suffit pas de les changer. La classe politique reproduit la culture ambiante. Elle en est le reflet. La culture est dispensée par les universités, la presse, les médias. Pour l’instant, il n’y a personne pour la changer. Les syndicats ont été cassés depuis très longtemps au Liban. Et tous les mécontents partent. Les éléments les plus brillants du pays vont faire leur vie ailleurs, au Canada, en Europe, aux Etats-Unis… et ils réussissent là-bas. Tout cela consolide l’état des choses existant. Seuls ceux qui se satisfont de cette situation restent. Et ceux qui reviennent finissent par se faire prendre par la facilité et intègrent l’establishment.

Les parents dépensent beaucoup d’argent pour l’éducation de leurs enfants dans l’espoir qu’ils pourront émigrer et réussir leur vie ailleurs. Même les universités préparent les étudiants à immigrer. Elles sont en compétition pour celle qui prépare le mieux à émigrer, celle qui a le plus de partenariats avec des universités étrangères… Or, un cerveau qui émigre, c’est une perte sèche pour l’économie nationale.

Certes, le Liban bénéficie de retombées marginales. L’émigré envoie des aides, achète un appartement de luxe à Beyrouth ou un chalet ou une belle villa à la montagne. Et c’est le cercle vicieux de cette « économie contrainte ». Ce n’est pas possible d’être compétitif quand on exporte 70% de ses ressources humaines les plus qualifiées à l’étranger.

Il faut changer cette culture par les medias, l’école, les enseignements universitaires d’économie. Comme le montrent quelques succès isolés, on peut passer à une économie de production compétitive et exportatrice de biens et de services à haute valeur ajoutée. Ainsi la production de vin par exemple: grâce à des investissements substantiels de certains hommes d’affaires, le Liban est devenu un exportateur mondial de vins de qualité. Mais c’est le fait d’initiatives privées isolées, ce n’est pas le résultat d’efforts conjoints et coordonnés où tout un pays s’est mis en marche pour faire autre chose que des appartements, des hôtels et des restaurants de luxe ou placer son argent dans des bons du trésor ou dans des dépôts bancaires. Il n’y a aucune mobilisation pour faire du Liban un grand pays exportateur. Pourtant c’est la seule solution pour rembourser notre dette.

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