Mouvement pour le Liban

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Disparus de la Guerre Libanaise : Le dossier de Johnny Nassif se referme fatalement; les mères libanaises attendent avec anxiété de connaitre le sort des leurs

Posted by jeunempl sur novembre 15, 2009

Carmen B. – Libnanews

Johnny Nassif - martyr 1990Ce soir, je viens d’apprendre une nouvelle qui a eu sur moi l’effet d’une claque, qui m’a glacé mon sang, mes nerfs, mon cœur. Le sort de Johnny Nassif, un jeune soldat de 16 ans enrôlé dans l’Armée libanaise, disparu le 13 octobre 1990, vient d’être dévoilé.

Le corps de Johnny se trouvait dans une fosse commune au ministère de la Défense à Yarzé au Liban. Les tests ADN réalisés ont prouvé son identité…Ghazy Aad, le représentant de Solide, (Soutien aux Libanais détenus en exil) – une des rares figures libanaises qui jouit de toute ma déférence – a indiqué ce soir que le corps de Johnny a été transporté depuis la Syrie vers le ministère de la Défense libanaise bien après la triste date du 13 octobre 1990, appuyant son argument par les témoignages des ambulanciers qui avaient enterré les dépouilles en 1990 et qui affirmaient avoir enseveli 13 corps seulement, alors que les inspections faites en 2005 montrent qu’il existe un nombre beaucoup plus élevé que celui des années 1990. Cette nouvelle a été annoncée ce soir uniquement par l’OTV, les télés libanaises ayant toujours passé l’éponge sur le dossier des détenus libanais dans les geôles syriennes – personnellement je ne l’ai pas vu directement, parce que je ne suis pas fan des télévisions libanaises, mais je viens de l’apprendre par un coup de fil.

Le nom de Johnny et Violette Nassif a longtemps été étroitement lié à la cause des Libanais portés disparus depuis les années 1990. Le témoignage de cette dame m’a longtemps fait pleurer. Pleurer sur sa souffrance et celle de son fils. Pleurer sur le triste sort de ces soldats et de leurs familles qui ne vivent que dans l’espoir de revoir leurs fils ou filles.

Je ne veux même pas imaginer quelle est la réaction de Mme Nassif, qui depuis la disparition de son fils, n’a pas hésité une seule seconde à crier haut et fort sa volonté de revoir son fils, qui a fait de sa cause une cause nationale, malheureusement perçue par peu de personnes. Quelle affliction d’apprendre que son fils qui a subi les pire tortures pendant des années, est inhumé dans un ministère libanais ! Elle s’est souvent rendu à Yarzé, Violette, certainement. Elle ne savait pas que son fils y reposait – comme si le verbe « reposer » peut avoir un sens ici.

Quelle triste réalité de voir qu’un dossier aussi important que celui des Libanais portés disparus, est toujours en suspens. Quelle honte ! Quel déshonneur ! Quelle bassesse de la part de nos dirigeants !

Je n’oublierais jamais les funérailles d’Odette, décédée il y a moins d’un an, par un accident de voiture, alors qu’elle était sur son chemin pour atteindre la tente des mères à l’Escwa. J’y ai vu le Liban, avec son côté doux-amer. Des mères chrétiennes, chiites, sunnites, druzes, étaient là, aux funérailles d’une catholique, présentant le café comme si elles étaient ses sœurs ou ses cousines, comme il est d’usage lors des funérailles au Liban.

J’ai entendu une des mères me dire : « C’est ce qu’ils veulent, nous voir s’éteindre les unes après les autres pour que plus personne ne réclame nos enfants ».

Cette phrase a eu l’effet d’un poignard en plein dans mon cœur. Tout le monde s’en fout, tout le monde oublie. Comme si le chagrin d’une mère n’était pas grand-chose.

Et nos dirigeants continuent à s’empiffrer et à gonfler cupidement leurs comptes en banques. Je n’accuse pas la Syrie, elle était en guerre avec nous, et en temps de guerre, j’ai appris, que tout est permis, malencontreusement. Sans oublier que nos « chers » partis libanais n’ont pas été tendre eux non plus, non pas avec les Syriens, mais avec leurs propres frères ! J’accuse ces avortons qu’on a au pouvoir, qui se réjouissent tous maintenant d’avoir formé un gouvernement. Vous donnez des sièges sur les dépouilles de vos confrères ? Vous êtes contents, bande de cons ? J’en ai assez de vos saletés, vous qui nourrissez vos fortunes des corps de vos compatriotes, et qui désaltérez votre soif à coups de sang versé, passant rapidement l’éponge pour vous baigner dans vos marécages de corruption. J’en ai assez de vos discours fallacieux, de vos sourires abrutis et de vos regards maléfiques. Avec l’annonce d’une information pareille, mes seuls députés et représentants ce sont ces familles qui persévèrent dans leurs causes, qui vous implorent de leur dire la vérité sur le sort de leurs enfants, alors que c’est à vous de vous prosterner à leurs souliers et de vous enfouir sous terre embarrassés par votre impuissance et votre incompétence.

Je m’arrête là. Ne sachant conclure que par le fameux « j’irai cracher sur vos tombes » que j’adresse aux dirigeants du pays des cèdres, je préfère laisser la parole à Violette, qui raconte la disparition de son fils : (texte tiré de Solida.org)

« Mon fils, Johnny Salem NASSIF, né en 1974 à Beyrouth était soldat dans l’armée libanaise. Il a été enlevé le 13 octobre 1990 par l’Armée Syrienne, alors qu’il était sur le front de Daher El Wahech.

Pendant un an, les armées libanaises et syriennes ont nié sa présence dans une prison syrienne. Mais une personne de ma connaissance a reconnu mon fils dans le convoi de camions de prisonniers qui montait vers Damas.

Puis, en 1991, un communiqué du Ministère de la Défense a affirmé sa présence en Syrie et a diffusé une liste d’autres noms dans les casernes de l’Armée Libanaise.

Depuis, j’ai rencontré des dizaines de personnalités libano-syriennes dans le monde politique et militaire, dont entre autres, l’ancien ministre de la Défense libanais, Michel EL MUR, qui n’a pas pu m’aider pour voir mon fils Johnny dans une prison syrienne, ou même le faire transférer au Liban.

Suite à un laissez-passer obtenu par le Patriarche des Orthodoxes, j’ai pu obtenir un rendez-vous à Damas, avec le Commandant du Club des Officiers, Brahim EL BITTAR, qui après m’avoir affirmé sa présence dans une prison syrienne, s’est rétracté sur tout ce qu’il venait d’avancer…

Ensuite, j’ai pu grâce au directeur des prisons syriennes, Bassem EL TAEF, obtenir un rendez-vous avec un officier qui me montrera mon fils. Pendant que je lui parlais un de ses lieutenants a appelé mon fils Johnny NASSIF de sa cellule pour venir me voir. Mais dès qu’il a su qu’il a été arrêté le 13 octobre 1990, il a annulé la rencontre et a nié la présence de mon fils chez eux!

Car la présence des soldats libanais arrêtés le 13 octobre 1990 relève d’un cas particulier sachant qu’ils combattaient sous les ordres du Général Aoun. Ensuite pour preuve que cette date de l’histoire est un sujet tabou pour le gouvernement libanais, l’actuel ministre de la Défense, Mohsen DALLOUL, m’a textuellement dit que si mon fils était présent en Syrie, il ne pouvait rien pour lui. Ainsi que la Première Dame libanaise, Mona HRAOUI, qui suite à une conversation téléphonique, m’a dit que cette affaire l’agace et qu’elle baisse les bras.

Pour le moment mon fils Johnny NASSIF, âgé de 23 ans, est torturé depuis l’âge de 16 ans dans une prison syrienne (à Saydnaya), où il reçoit des pressions physiques et psychologiques depuis sept ans. » Violette Nassif.

Paix à ton âme, Johnny …
Par Carmen B.
Libnanews

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Une Réponse to “Disparus de la Guerre Libanaise : Le dossier de Johnny Nassif se referme fatalement; les mères libanaises attendent avec anxiété de connaitre le sort des leurs”

  1. vigreux said

    Merci de votre témoignage. Johny Nassif est mon cousin et je pleure.

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