Mouvement pour le Liban

Représentant le Courant Patriotique Libre en Belgique

La place qu’occupe le Liban dans le conflit du Moyen-Orient

Posted by jeunempl sur novembre 6, 2009

Libnanews – Myrna Naoum – Ghazieff

Peut-on tenir le pays des cèdres à l’écart, le soustraire à son environnement?

Drapeau LibanCarte - MondeMême si nous le voulions, nous ne pouvons arracher le Liban à son appartenance régionale sans risquer d’en altérer les racines voire les endommager irrémédiablement.

Avant la défaite de l’ « homme malade » qu’était l’empire Ottoman et la création « du Grand Liban », nos villes faisaient partie des provinces de l’empire en question, au même titre que les villes syriennes et palestiniennes entre autres. Il n’est pas étonnant donc de retrouver, hors des frontières libanaises aujourd’hui, en Syrie, en Palestine, en Jordanie ou en Irak des personnes portant le même nom. A l’époque un commerçant beyrouthin père de six ou sept enfants et pour le développement de son entreprise envoyait ses fils s’établir à Haïfa, à Damas… Cet exemple, à priori anodin, prouve à lui seul l’existence d’un lien qu’on ne peut défaire, le lien de sang.

Advint ensuite l’époque glorieuse de la colonisation -que l’Europe associe trop au progrès civilisateur pour que l’on trouve quelque chose de répréhensible dans le fait d’aller coloniser  des provinces ottomanes- où les anglais et les français se partagèrent le gâteau, certains ont même été jusqu’à prétendre que la création du grand Liban dans ses frontières actuelles, la proclamation de son indépendance, avaient un but bien précis, celui de paver la route pour ce qui allait devenir quelques années plus tard Israël*. Malgré la partition de ce qui fut « la grande Syrie » subsistent aujourd’hui encore, des similitudes sociologiques, des intérêts politiques et vitaux communs aux anciennes provinces ottomanes. Le communautarisme et le confessionnalisme figurent en bonne place au « hit parade », au grand jour au Liban, tapis dans l’ombre en Syrie et en Irak par la force des régimes au pouvoir. (Suite à la chute du régime en Irak, nous assistons à l’émergence du confessionnalisme et à la guerre fratricide qui en découle. Les communautés palestiniennes sont elles, restées à l’abri, unies dans leur lutte, ne connaissant qu’un éclatement d’ordre politique pour l’instant).

Quelles sont les menaces réelles qui pèsent sur le Liban?

La première menace qui attend le Liban au tournant est bien une menace qui vient de l’intérieur. Dès la naissance, ce Liban indépendant a déjà développé un cancer congénital qui finira par l’anéantir ou à défaut le maintenir dans un statu quo qui le fragilise et l’empêche de s’élever au rang d’une nation. Le communautarisme ou plus spécifiquement le confessionnalisme joue un rôle néfaste quant à la fragile cohésion nationale et il est certes très étonnant que le pays n’ait pas sombré dans le chaos même s’il frise cela de très près à tout moment.

L’incapacité d’une réelle entente nationale, les déchirements que le Liban a connus et connaît encore depuis son accession à l’indépendance (les évènements de 1958 et de 1975 à nos jours avec leurs rebondissements à titre d’exemple), le regard de ses communautés vers un extérieur salvateur chaque fois que le pays traverse une crise interne sont autant de preuves du non fonctionnement du Liban en tant qu’Etat – Nation et qui l’exposent encore plus, indubitablement, à une autre menace qui vient de l’extérieur cette fois, la menace israélienne.

La menace israélienne

Les visées israéliennes sur le Liban sont bien antérieures à l’existence de l’OLP ou du Hezbollah. A une époque où aucun diplomate israélien n’était attaqué, où aucun « terrorisme » ne menaçait la Galilée, l’invasion du Liban était depuis longtemps programmée dans le calendrier des annexions sionistes (1). David Ben Gourion dit très clairement : « Il ne s’agit pas de maintenir le statu quo. Nous avons à créer un Etat dynamique, orienté vers l’expansion » (2). Moins de six ans après la fondation de l’Etat d’Israël en 1948 et comme pour confirmer les griefs arabes dénonçant un « expansionnisme congénital » du jeune état, apparut parmi les dirigeants israéliens une volonté farouche d’envahir le Liban pour y faire régner un « ordre nouveau » (cette démarche ressemble étrangement à la volonté de créer « un nouveau Moyen-Orient » planifié depuis longtemps par les Etats-Unis d’Amérique et proposé en 2006) et s’approprier les territoires situés au Sud du Litani. En 1937 déjà, Ben Gourion traçait les frontières d’Israël à coup de références bibliques. Selon lui la terre d’Israël devait regrouper cinq régions. Le Sud du Liban jusqu’au fleuve Litani, qu’il appelle « la partie Nord de l’Israël Occidental », le Sud de la Syrie, la Transjordanie (la Jordanie actuelle), la Palestine, qu’il appelle « le territoire du Mandat Britannique » et le Sinaï; la frontière Nord devait passer à la latitude de Homs en Syrie parce qu’il l’identifiait à la ville de Hama (toujours en Syrie), qui marque, dans les nombres (XXXIV, 1-2-8) la frontière Nord de Canaan (3).

Fait surprenant, survenu après la mort de Ben Gourion, c’est l’étrange « coïncidence » entre les révélations de Moshé Sharett (1) sur l’implication de Ben Gourion en 1954-1955 dans le « projet de l’invasion du Liban » et l’invasion effective de celui-ci en juin 1982, l’opération « Paix en Galilée », suivie la même année par le tristement célèbre massacre de Sabra et Chatila commis par les Forces Libanaises à l’instigation des forces israéliennes sur place et sous leur supervision. Sans oublier l’invasion du Sud Liban le 14 Mars 1978, nom de code « opération Litani », 1993, les bombardements intensifs durant sept jours de l’armée israélienne au Liban sud. 1996, l’opération « Raisins de la colère » contre le Liban, bilan : 98 civils réfugiés dans le camp de l’ONU de Cana sont tués et enfin l’agression du Liban de juillet 2006. Cette menace ne cesse de planer. Israël use de tous les stratagèmes afin de la mettre à exécution. Un réseau d’espionnage est maintenu au sein des terres libanaises et revendiqué avec fierté par les autorités israéliennes, des tirs d’obus disparates ne faisant jamais de victimes et que personne ne revendique, depuis le sud Liban visant des villages du Nord d’Israël, des accusations contre la résistance libanaise et une vaste campagne de propagande dans le but de lui ôter toute crédibilité et accélérer son effritement, et le plus spectaculaire est le tout récent acte de piraterie israélien dans les eaux internationales. Au regard de ces indicateurs, une nouvelle agression du Liban semble tout à fait probable et imminente. Une attaque éclair qui, malgré son impact, (elle ne manquera pas encore une fois d’être désastreuse pour le pays des cèdres) arrangerait « tout le monde ». La reprise des négociations pour la paix entre israéliens et palestiniens est au point mort. Les Etats-Unis et Israël semblent tergiverser quant à une éventuelle attaque contre  l’Iran. Un « exutoire libanais » viendrait à point pour les sortir de l’impasse.

Les menaces syrienne et iranienne ?

Au lendemain de l’attentat contre l’ancien premier ministre libanais, Rafik Hariri, la Syrie fut immédiatement pointée du doigt à l’intérieur du pays comme au niveau international, avant même que des preuves matérielles ne viennent étayer ces accusations, l’affaire étant toujours en cours d’étude. Diabolisée et mise au ban des nations, la Syrie fut contrainte de retirer ses troupes du Liban.  Les autorités syriennes sont actuellement fort occupées à se « refaire une image » sur le plan international et rien ne laisse entrevoir une volonté d’implication dans le bourbier libanais pour l’instant, si ce n’est la crainte de certaines parties libanaises exaspérées par le comportement des troupes syriennes pendant les vingt neuf dernières années de leur présence « intra muros » avant leur retrait.

Il n’existe pas de  précédent  annonciateur d’une quelconque volonté d’agression du Liban par l’Iran. La menace de ce dernier est perçue cependant  par les pays arabes, hormis la Syrie qui s’en est fait un allié ponctuel, comme prenant une envergure régionale. Les pays arabes dont le « rayonnement » est tragiquement en veilleuse, craignent en effet de voir leur rival perse devenir le seul défenseur de leurs causes.  Les autorités iraniennes ont actuellement « d’autres chats à fouetter » et sont aux prises avec la communauté internationale concernant le dossier nucléaire qui suscite une grande polémique mondiale.

Au regard de ce qui précède, il incombe au Liban la responsabilité de procéder dans l’urgence à la formation d’un gouvernement d’union nationale, de pacifier les esprits et les débats, la menace qui rôde est à prendre au sérieux.

Publicités

2 Réponses to “La place qu’occupe le Liban dans le conflit du Moyen-Orient”

  1. Myrna Naoum - Ghazieff said

    Erratum

    je vous prie de bien lire « … au ban des nations » et non pas « au banc des nations » dans le dernier paragraphe de cet article.
    je vous en remercie.

    l’auteur de l’article

    • jeunempl said

      Mme Myrna Naoum Ghazieff, merci avant tout pour cet article qui, à l’image de votre intervention, reflète une rigueur journalistique, malheureusement de moins en moins présente de nos jours.
      La petite erreur est corrigée et nous attendons déjà vos prochains articles/publications.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

 
%d blogueurs aiment cette page :