Mouvement pour le Liban

Représentant le Courant Patriotique Libre en Belgique

Analyse des secousses au Sud : une crise sismique pas comme les autres

Posted by dodzi sur septembre 3, 2009

L’Orient le Jour

Tremblement de terreCela fait un an et demi que la terre tremble périodiquement au Sud, dans la région de Tyr. Le séisme le plus fort au cours de cette série a atteint les 5 degrés sur l’échelle de Richter – il a été ressenti à Beyrouth et causé des dégâts à Tyr – et cette crise sans précédent surprend les spécialistes. Analyse à froid du phénomène.

« En trente ans de métier, jamais je n’ai vu pareille crise », déclare d’emblée Alexandre Sursock, directeur du Centre de géophysique du Conseil national de la recherche scientifique (CNRS). Il explique que les tremblements de terre qu’on a coutume d’appeler « de Srifa » sont causés par trois petites failles qui ne sont ni celle de Zrariyé-Tyr ni celle de Naqoura (celles-ci sont plus importantes), mais qui sont prises dans leur système.

Il rappelle qu’un millier de séismes ont été enregistrés en quatre mois à peine, et que la croûte à cet endroit a été fracturée sur trente kilomètres d’épaisseur, et sur dix kilomètres de long. « C’est une faille dite mûre, c’est-à-dire capable de générer des tremblements de terre, explique-t-il. Ceux-ci sont l’expression des tensions présentes dans la croûte terrestre. On peut se demander pourquoi ces secousses ont lieu à un endroit et pas à un autre d’une faille donnée. C’est le mouvement de la faille, en fait, qui déplace le sol alentour, vers une autre zone. »

Que s’est-il passé au niveau de Srifa ? « On peut en comprendre le mécanisme, précise M. Sursock. Trois petites failles en surface ont décidé de se déformer. Comme dans toute histoire de frottement, il y a un point faible, une zone de fragilité. Le champ de forces devient plus fort, et le frottement se transforme en cassure. »

Mais qu’est-ce qui lui a paru surprenant dans cette crise en particulier ? « C’est une crise sismique qui ne va pas s’arrêter facilement, estime-t-il. Si on la compare à d’autres crises similaires dans différentes régions du monde, il pourrait y avoir un sursaut d’ici à deux ou trois ans. » Comment prévoit-il la progression de cette crise à l’avenir ? « C’est difficile à dire, répond-il. Il ne faut cependant pas oublier qu’il y a des failles plus importantes à proximité qui, elles, ont la capacité de causer des séismes plus puissants. Après tout, le Liban est un pays de montagnes, et il a fallu des phénomènes très puissants pour les faire jaillir. »

Le plus grand problème, selon M. Sursock, demeure celui des constructions qui respectent rarement les normes parasismiques, et qui résisteraient difficilement à de fortes secousses. « Je crains surtout pour de grandes villes comme Tyr, souligne-t-il. C’est à ce niveau que les dégâts pourraient être très significatifs. »

M. Sursock rappelle qu’à un niveau administratif, après la crise sismique de Srifa, le Premier ministre Fouad Siniora avait formé un comité de gestion des catastrophes, dont il fait partie, ainsi que 33 autres personnes, dont la moitié sont des officiers. Ce comité se réunit quotidiennement sous la présidence du général Maroun Khreich.

Rappelons que la crise au Liban-Sud avait commencé en février 2008 par une série de secousses qui avaient culminé par un séisme de 5 degrés. Un autre événement avait semé la panique dans cette région en juin de la même année : le 12 de ce mois, six tremblements de terre de magnitude 4 avaient été enregistrés en moins de 12 heures. Le dernier tremblement de terre a été ressenti à Srifa il y a quelques mois.  Le Liban entier se trouve sur un système de failles élaboré.

À Jbeil, une question hydraulique ?

Le Sud n’est pas le seul à avoir tremblé dernièrement. Une secousse, d’une magnitude de 2,9 degrés sur l’échelle de Richter, a été ressentie dans la région de Jbeil le 6 mai 2009. Qu’en pense le Centre de géophysique du CNRS ? « À Jbeil, nous avons découvert un alignement des épicentres le long du cours sous-marin de Nahr Ibrahim, explique M. Sursock. C’est cette zone qui a tremblé. »

Le fait que les épicentres se trouvent sous le cours du fleuve a poussé les scientifiques à se demander s’il ne s’agissait pas d’une question hydraulique. « Il est possible que cela soit en relation avec la quantité d’eau emprisonnée dans les pores des roches, un cycle entre sécheresse et saturation qui aurait initié une rupture, d’où la secousse. Si cette thèse se confirme, cela voudra dire que le niveau de sismicité restera faible. Il faut développer le réseau sismique pour avoir plus de précisions. »

À un niveau plus national, que peut-il dire sur le risque de tremblements de terre majeurs à une échéance plus ou moins longue, surtout à la lumière de certaines déclarations sur le sujet (la dernière ayant émané d’un responsable israélien qui mettait en garde contre un grand séisme au Liban-Sud) ? « Je répète qu’il n’est pas possible de prédire les tremblements de terre, quelles que soient les déclarations en la matière, affirme M. Sursock. Il n’est, de plus, pas évident de comprendre le mécanisme du système de failles qui parcourt le sous-sol libanais. À cet effet, on cherche à reconstituer l’histoire de la succession des grands séismes, par l’archéosismologie et la paléosismologie. Ce sont des études que nous avons menées à Yammouné par exemple, et qui sont intéressantes pour connaître les séismes passés. Ces méthodes ont cependant leurs limites pour prédire les futurs tremblements de terre, les cycles n’étant pas définitivement déterminés. »

En tout cas, la crise sismique au Liban-Sud, a eu au moins une conséquence positive : la création d’une station de surveillance sismique à Naqoura. De plus, des exercices communs entre la Finul et l’armée ont été effectués dans cette région. M. Sursock, qui y a pris part, précise qu’ils visaient particulièrement à permettre aux deux parties, en cas de catastrophes, de gérer la coordination entre elles afin de porter secours à la population.

Enfin, M. Sursock appelle toute personne qui ressentirait une secousse à appeler le Centre de géophysique de Bhannès pour l’en informer, au 04-981885, 24 heures sur 24, tous les jours de la semaine.

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