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Les Chorégies d’Orange au Festival de Baalbeck : la Traviata et le muezzin

Posted by dodzi sur août 21, 2009

Nouvel Observateur

Baalbeck FestivalPour la première fois dans l’histoire de ces deux vénérables institutions, les Chorégies présentaient un opéra hors du Théâtre antique d’Orange, dans un autre site romain prestigieux, l’Acropole de Baalbeck. Une entreprise magnifique qui se répétera en 2010 et 2011 et devrait s’étendre à l’Egypte, la Syrie et Israël.

Solistes, choristes, danseurs, musiciens, chef d’orchestre, metteur en scène, équipes techniques et d’encadrement : ils étaient plus de 160 à débarquer par vagues successives à l’aéroport Beyrouth pour être installés dans les villes (chrétienne) de Zahlé et (musulmane) de Baalbeck afin de remonter sur l’acropole romain de cette dernière « la Traviata » de Verdi, qu’avant les Libanais des centaines de milliers de Français avaient découverte au Théâtre Antique d’Orange (trois fois 8300 spectateurs) et à la télévision française (1 200 000 téléspectateurs).Par quel miracle deux des sites romains parmi les plus prestigieux de ce qui reste de l’empire des Césars, le Théâtre antique d’Orange, en France, et l’Acropole de Baalbeck, au Liban, ont-ils pu s’entendre pour mener à bien une telle entreprise ?

Renaissance du Festival de Baalbeck

Tout a commencé avec la renaissance du Festival de Baalbeck, fondé en 1956, mais suspendu de 1975 à 1996 dans le fracas des armes durant la guerre civile et les ruines de l’Etat libanais pendant les années qui suivirent. Et par l’intermédiaire de deux médecins de Montpellier et de Marseille qui, à l’aube des années 2000, tissèrent les premiers liens entre les dirigeants des deux manifestations. Que rêver de plus judicieux que cette alliance musicale entre deux nations soeurs de part et d’autre de la Méditerranée, entre deux institutions francophones se produisant l’une et l’autre dans des vestiges romains ? Il est alors décidé que les Chorégies viendraient en août 2006 à Baalbeck reprendre la production de « Lucia de Lamermoor » montée en juillet de cette année là à Orange. Artistes, matériel, contrats, visas…tout était prêt, quand soudain, le 20 juillet, éclate la guerre lancée sur le Liban par Israël. Baalbeck en 2007 devait voir « Madame Butterfly » et « Carmen » en 2008, mais jamais les conditions politiques ne le permirent. Ce n’est que cette année, avec le semblant d’apaisement que montre la Syrie, l’apparence de paix entre Israël et le Liban et le calme relatif du Hezbollah, que la direction du Festival de Baalbeck a pu donner le feu vert aux Chorégies d’Orange pour que cette magnifique alliance se concrétise enfin.

Une entreprise considérable

Recrutement des artistes qui ne sont pas toujours les mêmes à Baalbeck qu’à Orange, ( bien peu téméraires, les choristes de l’Opéra d’Avignon, que le courage n’étouffe pas, ont refusé de se rendre au Liban), contrats, visas de travail, envois des accessoires de scène et des costumes par voie maritime, problèmes de dédouanement, voyages des équipes techniques et administratives, des choristes venus des opéras de Tours, de Toulon et de Liège, des danseurs du Ballet d’Avignon, transport des instruments et des 70 musiciens de l’Opéra royal de Wallonie, hébergement et service d’intendance pour nourrir toute cette foule, adaptation de la mise en scène sur un plateau et dans un site très différents de ceux où a été monté précédemment l’ouvrage….le profane n’imagine pas l’énormité du travail que représente une telle expédition artistique. A quoi s’ajoutent sur place mille problèmes imprévisibles, aussi brillant stratège qu’on soit, comme les ravages que peut effectuer une gastro-entérite dans les rangs des artistes de la scène ou de l’orchestre.
Une mise en scène de Frédéric Bélier-Garcia, déjà fraîche, naturelle et enlevée à Orange, mais plus séduisante encore à Baalbeck de par la configuration asymétrique des lieux qui lui donne une vigueur nouvelle ; des costumes raffinés aux teintes claires ; une direction d’orchestre élégante, pudique, spirituelle de l’Italien Paolo Arrivabeni qui dépouille « la Traviata » de ces accents parfois tonitruants, sinon franchement vulgaires dont on accompagne souvent les ouvrages de Verdi; une distribution remarquable de l’ensemble des solistes…tout a contribué à ce que les premiers pas des Chorégies à Baalbeck relèvent quasiment de la marche triomphale. Le public de cette unique représentation dans ce site sublime a salué le spectacle avec beaucoup de chaleur.

Sur fond de colonnes antiques

Venu presque exclusivement de Beyrouth, à plus de deux heures de voiture, généralement aisé, chrétien et francophone, et maniant ostensiblement le français avec une volonté réelle et émouvante d’affirmer une appartenance à une société très occidentale, le public du Festival de Baalbeck représente la frange la plus raffinée, ou la plus mondaine, ou la plus vaniteuse de la société libanaise. Près de deux heures avant le spectacle dont l’heure est fixée de façon assez aléatoire, dès la nuit tombée, des centaines de privilégiés envahissent l’espace qui s’étend devant le temple dit de Bacchus où l’on prend des rafraîchissements avant de se mêler aux quelque 4500 spectateurs que compte la nouvelle salle dont l’implantation a été suggérée par les Français. Jusqu’alors les représentations du festival se donnaient au sommet de l’acropole, devant le temple gigantesque de Jupiter. Un espace majestueux sans doute, mais ouvert à tous les vents et où la musique se dispersait. A l’instigation des Chorégies, une salle nouvelle a été dessinée et montée. La scène est désormais adossée au côté droit du temple de Bacchus dont l’immense muraille, précédée de colonnes cyclopéennes, réverbère heureusement le son, sans que ce soit évidemment aussi parfait que çà l’est au Théâtre d’Orange conçu pour cela. Quant aux sièges destinés au public, ils s’élèvent en gradins jusqu’au pied de ce qui reste de la formidable colonnade du temple de Jupiter. Ainsi constituée en arc légèrement courbé, la salle de 4500 places est superbe, sans nul effet de démesure. Et la scène magnifique avec son fond de colonnes d’une part, et d’autre part la vue qui fuit sur la plaine de la Beqaa. Et comme il fallait bien conférer à ce temple romain un quelque chose qui rappelât la demeure d’une grande courtisane du XIXe siècle, on a suspendu dans l’entrecolonnement six gros lustres de cristal scintillant commandés à Damas, qui donnent assez comiquement au site un divertissant aspect de Kursaal avec son escalier en demi-cercle.

Le muezzin face la diva

Dans cette ville musulmane de Baalbeck, dominée par le Hezbollah, l’histoire d’une courtisane française, mise en musique par un Italien, a quelque chose de bien peu orthodoxe. Comme est surprenante aussi l’arrivée de ce public riche, francophone et chrétien sur ces terres où l’on ne parle quasiment que l’arabe et baragouine un improbable anglais. En treillis militaire, par régiments entiers, des soldats (ou des policiers), assurent le service d’ordre avec la grâce ordinaire à ce genre d’individus. Ce qui donne au festival un aspect de camp retranché, image hélas devenue très banale au Liban dont les routes sont encore ponctuées de barrages gardés par l’armée.
Autre paradoxe autour des ruines de l’antique Héliopolis: la présence des mosquées. Et suprême étrangeté pour ce festival de musique, de théâtre et de danse, décrété d’intérêt national dès sa fondation, et qui se veut de stature internationale : l’appel tonitruant à la prière des muezzins auquel nul ne peut se soustraire durant les représentations.
Pour celle de « la Traviata », qui constituait un enjeu économique et prestigieux considérable pour le Festival de Baalbeck, le vice-président du festival aura obtenu des imams que le dernier appel à la prière, survenant durant le premier acte, se fît sans ces haut-parleurs dont le vacarme couvrait littéralement l’orchestre. Les imams ont tenu parole. Résultat : sans haut-parleur, l’appel du muezzin n’aura pas couvert l’orchestre, mais presque totalement la voix d’Ermonela Jaho (Violetta) durant son monologue rêveur « E strano… ».
Pauvre public de chrétiens du Liban qui doit immanquablement s’appuyer la voix des muezzins. Une représentation à Baalbeck représente de toute façon une expérience assez traumatisante pour le spectateur européen. Car aux muezzins des diverses mosquées ont succédé les pétarades de brefs feux d’artifice lancés pour des fêtes privées dans les environs des temples, puis celles de motocyclettes et les hurlements d’un haut parleur installé non loin, dans un café en plein air. Quant au public libanais, bien élevé dans sa grande majorité, il offre cependant d’extraordinaires exemples du sans-gêne moyen-oriental : une spectatrice qui se lève pour téléphoner sur son portable en pleine représentation, dérange toute une rangée de spectateurs pour sortir, et les dérange derechef avec le même aplomb en revenant, une fois sa conversation terminée ; un bellâtre à gueule de maffieux qui envoie des « sms » de son téléphone et joue à quelque jeu électronique durant le spectacle ; des rangées entières de spectateurs qui quittent la salle avant même que l’opéra ne soit achevé, pour devancer les encombrements de voitures regagnant la capitale.

Un rempart contre la barbarie

S’il faut aux organisateurs du Festival de Baalbeck beaucoup de courage et d’abnégation pour maintenir contre vents et marées une manifestation que la guerre du Liban a failli anéantir ; s’il faut beaucoup d’énergie pour conserver une tradition artistique qui fait plus que jamais office de rempart contre la barbarie et la décadence culturelle qui accablent le Liban, il a fallu aussi beaucoup de souplesse aux Chorégies d’Orange et aux artistes pour s’adapter à des conditions pour nous insolites. Le professionnalisme, la foi, la chaleur humaine, le dévouement de part et d’autre, l’envie de réussir, la langue commune aussi, auront permis de surmonter bien des embûches pour aboutir à une représentation magnifique, plus belle probablement qu’à Orange, plus touchante assurément.
C’est un magnifique symbole qu’ont lancé en s’unissant le Festival de Baalbeck et les Chorégies d’Orange. L’an prochain, en 2010, c’est avec « Carmen » que les Chorégies seront à nouveau présentes au Liban. Et en 2011, c’est avec « Aïda ». Mais ce projet doit bientôt s’élargir. Dès 2011, « Aïda », jouée à Orange et à Baalbeck, le sera aussi dans la foulée à Massada, en Israël, lors d’un festival qui se crée au pied de cette forteresse d’Hérode qui rappelle la résistance des Juifs aux Romains. Et peut-être aussi en Egypte, en Syrie, au Maroc. Toujours dans des sites prestigieux dont la majesté s’ajoute à la beauté des opéras représentés.

Raphaël de Gubernatis

Le festival de Baalbeck

Fondé en 1956, interrompu de 1975 à 1996, le Festival de Baalbeck vit pour un tiers de son budget de subventions de l’Etat libanais, pour un tiers de l’aide des sponsors et amis, pour un tiers des recettes de billetterie.
Son comité de direction est composé de douze membres, bénévoles, dont la présidente May Arida, de deux vice-présidents, May Rabbath et Joseph Chémali, lequel assure effectivement la direction des opérations.
Le Festival aura reçu les formations, les troupes, les artistes les plus prestigieux : Comédie française, Philharmonie de Berlin, Compagnie Renaud-Barrault, Ballet du XXe siècle, Ballet de l’Opéra de Paris, Old Vic Theater Company, La Mama, Théâtre de la Tempête, Gewandhaus de Leipzig, Orchestre de la RTF, Opéra de Paris, Dance Theater d’Alwin Nikolaïs…Le programme est aujourd’hui à l’image du public libanais qui n’a généralement du spectacle qu’une vision de divertissement élégant ou de manifestation de prestige. Un public dont le niveau culturel a été sérieusement entamé par les désastres de la guerre et la ruine du pays.
Présenter « la Traviata » à Baalbeck a fait figure de pari risqué, ce qui est tout dire ! L’ « audace » a été payante, car la salle était comble.
« Les Libanais n’aiment à voir que ce qu’ils connaissent déjà de réputation ou de nom » avoue un organisateur. Donc, pas d’esprit de découverte ou d’aventure. Même en 2000, la Merce Cunningham Dance Company n’a réuni que 1000 spectateurs en deux soirs, quand cet été un hommage à Maurice Béjart, dansé par sa propre troupe, n’a réuni que 1500 spectateurs avec « l’Oiseau de feu » et le « Boléro ». Jadis, le Ballet du XXe Siècle avait fait les grands soirs du festival !
Pas d’audace. Des valeurs sûres. Ou réputées telles, mais qui font courir un public au goût conservateur, provincial, voire frivole. Hormis les productions locales, comme les spectaculaires divertissements très kitsch des Ballets Caracalla, il ne lui faut que des artistes déjà archi-consacrés en Europe.

R.G.

Festival international de Baalbeck
BP 11-4215 RiadEl Sohl, Beyrouth 1107 2160 Liban.

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