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Actualité environnementale consacrée au Liban sur RFI – Ibrahim El Ali : « On est face à une urgence vitale et les projets manquent totalement d’ampleur »

Posted by jeunempl sur août 16, 2009

Libnanews

L’écologiste libanais Ibrahim El Ali était l’invité la semaine dernière, de l’émission sur l’actualité environnementale « C’est pas du Vent », retransmise sur RFI. Aux côtés des présentateurs Arnaud Jouve et Anne-Cécile Bras, il a insisté sur l’urgence des mesures  à prendre en ce qui concerne la protection de l’environnement dans le monde. Interrogé sur le Liban, il déplore le manque d’attention de la population libanaise face au défi écologique qui l’attend, l’appelant à l’assister dans ses travaux d’Hercule, tout en faisant remarquer le comportement naturellement écologique du Libanais.

Arnaud Jouve: Bonjour et bienvenue à tous dans votre magazine de l’environnement, consacré aujourd’hui aux jardins partagés (…), à découvrir en deuxième partie de cette émission.

Anne-Cécile Bras: Mais tout de suite, on décortique l’actualité environnementale de cette semaine, avec vous Ibrahim El Ali.

Ibrahim El Ali: Bonjour tout le monde !

Anne-Cécile Bras: Nous sommes ravis de vous retrouver. Alors, vous êtes le directeur fondateur de l’association « Mawassem Khair », en français « Moisson de la bienfaisance ». C’est une association de défense de l’environnement libanaise. C’est en gros le principe, sur place vous pouvez nous en dire plus?

Ibrahim El Ali: Oui, je travaille donc au Liban pour la protection de l’environnement. Je rappelle à tous les auditeurs que le Liban est le réservoir de la biodiversité au Moyen-Orient et qu’on a tous à y gagner à faire un grand effort pour sauvegarder cette biodiversité qui est tout de même le début de l’humanité, de l’écriture et de l’agriculture également dans la plaine de la Bekaa. Oui, on a beaucoup de choses à faire au Liban.

Anne-Cécile Bras: Alors, pour commencer notre petit tour de l’actualité environnementale Arnaud, il y a un peu partout autour de la Méditerranée en cette période d’été, de nombreux incendies.

Arnaud Jouve: Oui, après la France, l’Italie et l’Espagne, l’Algérie (qui fait face à de nombreux incendies) a réussi à maîtriser des feux qui ont ravagé ces derniers jours plus de 4000 hectares de forêts, de maquis en Kabylie, une région particulièrement touchée par une canicule exceptionnelle avec des températures entre 40 et 47°C.
Plus de 10 000 hectares sont partis en fumées en Algérie depuis juin, avec une moyenne de 21 incendies par jour.
Ibrahim, on assiste un peu partout à une conjugaison de facteurs (urbanisation, dégradation des espaces ruraux, augmentation de la température) qui entraînent une multiplication de ces incendies. Est-ce aussi le cas au Liban?

Ibrahim El Ali: On a connu l’été dernier un record de près de 20% du paysage vert libanais touché par des incendies. C’était une véritable catastrophe écologique au Liban. On s’en rend compte aussi sur tout le pourtour de la Méditerranée, et aujourd’hui en Algérie.

Il faut savoir que 90% des incendies sont d’origine criminelle, des promoteurs immobiliers [essentiellement]. Vous-mêmes dans votre émission, vous aviez invité une association qui parlait de l’autoroute qu’ils allaient construire entre le Maroc et la Tunisie.

Anne-Cécile Bras: L’autoroute d’El Kala

Ibrahim El Ali: Il y a toujours des origines criminelles. Or récemment, les incendiaires de la Corse ont été condamnés juste à 2 ans [de prison]. Il faudrait que l’opinion mondiale se mobilise pour condamner les incendiaires à des peines très très lourdes, 20 ans de prison. Incendier une réserve pareille, c’est vraiment tuer toute la biodiversité et condamner les générations futures. Ensuite, deuxième aspect important. Suite aux guerres, par exemple au Liban, on a eu beaucoup d’incendies qui furent des conséquences de la guerre. Il faut se mobiliser.

Maintenant qu’on a les frappes chirurgicales dans la guerre, partout dans le monde, il faudrait se mobiliser pour qu’il y ait un tribunal qui soit fait pour les conséquences des dégâts liés à l’environnement suite aux guerres. Prenons l’exemple des 15 000 tonnes de mazout qui ont été versés sur la côte libanaise, si c’était sur la côte bretonne, on aurait 4 milliards de dollars de subvention… au Liban, on n’a même pas eu 5 millions.

Il faut vraiment se mobiliser pour qu’il y ait une conscience universelle pour punir les dégâts à l’environnement suite à des guerres.

Arnaud Jouve: Et il y a actuellement une réflexion au niveau international pour mettre en place un droit de l’environnement comme vous le disiez.

Anne-Cécile Bras: Alors autre sujet, cette fois en France, c’est aujourd’hui que Michel Rocard présente son projet de Taxe Carbone au gouvernement. L’idée est de taxer la consommation des énergies fossiles (fuel, essence et gaz) en augmentant leur prix. Par exemple, le litre d’essence sans plomb augmenterait de 7 centimes d’euro. Et plus globalement, la moitié des ménages français devraient débourser plus de 300 euros par an. Ca devrait être mis en place courant de l’année 2010. Évidemment, c’est une polémique… Michel Rocard s’expliquait ce matin chez nos collègues de France-Info.

Michel Rocard: « Nous sommes devant une situation assez étrange. Personne ne nie qu’il faut éviter de faire rôtir nos arrières petits-enfants comme des merlans dans une poêle à frire et qu’il faut mettre ça en place, tout le monde est d’accord…. à la condition que la dureté de cette taxe, parce que c’est méchant, ça va faire mal, soit partagée par tout le monde et qu’il n’y ait pas d’exception. »

Journaliste France-Info: Vous voudriez que ce soit reversé sur les ménages les plus modestes.

Michel Rocard: « Enfin les plus modestes, les ménages moyens même. Mais surtout ceux qui habitent loin, en zone rurale ou qui travaillent la nuit à des horaires atypiques… où il n’y a pas de métro, ni de train pour y aller. Il faut trouver, c’est compliqué à faire – l’administration fiscale est entrain d’y travailler-, des moyens de les exempter. Il y a des métiers complets d’ailleurs, l’agriculture, la pêche, les chauffeurs de taxi pour lesquels il faut trouver des moyens de rendre le métier économiquement possible, malgré cette taxe. Donc il faut que la taxe joue pour changer les comportements mais il ne faut pas qu’elle assassine les gens.

Anne-Cécile Bras: Ibrahim El Ali, comment ressentez-vous cette Taxe?

Ibrahim El Ali: Toutes ces mesures qu’on prend, que ce soit au niveau des taxes pour l’environnement, sont des bonnes mesures. Mais en réalité, il faut bien comprendre une chose: « Nous sommes tous dans cette planète, embarqués dans un bateau qui s’appelle le Titanic. Et on fonce tout droit devant un iceberg suite au réchauffement climatique, le voilà en ligne de mire.

Ce sont de bonnes mesures, mais ce qu’on doit faire maintenant, c’est prendre des mesures d’urgence. Vous rappelez chaque matin dans votre émission qu’il y a une urgence pour la planète, mais on n’en a pas vraiment conscience. Regardez par exemple, à l’heure où je vous parle, la Terre est entrain de filer à 1666 Km/heure et autour du soleil à 30 Km/seconde… on n’en a pas conscience. Et bien, la dégradation de l’environnement, c’est la même chose. On vit en ce moment comme à l’époque de la disparition des dinosaures. C’est ce qui nous attend mais on ne fait rien au niveau des mesures d’urgence. On devrait mobiliser par exemple au niveau européen, en imposant un service militaire obligatoire pour que tous les jeunes soient mobilisés pour faire des opérations de reboisement massif ou de nettoyage de la mer Méditerranée. Voilà des mesures à réaliser.

Anne-Cécile Bras: Vous trouvez que ça manque d’ampleur.

Ibrahim El Ali: Ca manque totalement d’ampleur car on est en face d’une urgence vitale et on continue de prendre de petites mesures. La taxe de 300 euros, ça va dans le bon sens mais ce n’est pas un problème d’argent. C’est un problème de mobilisation des masses pour sauver cette planète.

Anne-Cécile Bras: Oui mais en même temps, on sait que si on touche au portefeuille des gens, ça mobilise.

Ibrahim El Ali: Il faut toucher au portefeuille des gens, mais le problème n’est pas là. Ajoutez 1 milliards d’euros en Algérie pour l’environnement, ça ne va rien changer. Ils ont déjà 200 milliards de dollars qui sont dans les Bons de trésor américains, tout le monde sait qu’on ne les reverra peut-être jamais. On ferait mieux de mobiliser cela pour le projet Desertec, pour l’énergie. Un ingénieur de Siemens disait récemment, il y a 2 jours, que 300 Km² de miroirs paraboliques suffirait à fournir de l’énergie à la planète entière. Donnons leur 3000, 30000 Km² et qu’on règle une fois pour toutes le problème de l’énergie et qu’on sorte une fois pour toutes du nucléaire.

Arnaud Jouve: Ibrahim El Ali, une petite réaction à cette sélection d’information « Amérique »?

Ibrahim El Ali: Moi je voudrais m’adresser à vos auditeurs pour recadrer un peu toute cette problématique de l’environnement. L’Homo Sapiens est apparu sur terre en Afrique il y a 200 000 ans déjà. Et depuis, l’homme vit avec les plantes sauvages, se nourrit de la pêche, de l’élevage, etc. Et puis voilà qu’après la première guerre mondiale, l’effet des gaz moutarde a fait que l’homme a inventé des pesticides. Voilà 3000 ans que l’on a l’agriculture, mais depuis les pesticides, on a oublié tout ce avec quoi l’homme a vécu pendant 200 000 ans. Et on se positionne juste sur ce qui a une rentabilité financière. Il faudrait que ce capitalisme moderne ait 2 axes:

– un axe financier, du développement et de la science

– mais surtout un axe où l’eau, l’électricité, la nourriture soient accessibles à tous. Faire développer les plantes sauvages. Par exemple le Sénégalais a plus intérêt à faire développer son Koni (le rônier), son solom, ses fruits naturels, son bissap (hibiscus rosa sinensis), que de faire entrer dans son pays des OGMs qui seront en réalité la mainmise sur les ventres de ses petits enfants, rien d’autre.

Anne-Cécile Bras: Alors, on est tous d’accord sur vos propos, maintenant concrètement, c’est difficile à faire passer. Par exemple, au Liban, comment faites-vous pour faire changer les mentalités, les pratiques?

Ibrahim El Ali: J’ai un travail qui est basé sur 2 axes au Liban. Mais je me rends compte de plus en plus que c’est avec les municipalités, parce que les problèmes d’environnement concernent plus directement les municipalités et les collectivités qui sont plus sensibilisés.
C’est comme en psychologie, on a la thérapie longue, la psychanalyse. Et les thérapies brèves, qui ont un résultat concret.
Je vous cite en ce moment l’Océanium au Sénégal qui est entrain de reboiser 30 millions d’arbres avec la population locale. Voici des initiatives qu’il faut encourager.

Mon projet actuellement est de créer une fondation, j’ai beaucoup d’experts prêts à m’accompagner, pour analyser la situation avec les différentes collectivités et les villages.
En Afrique, si je peux faire un appel aux Africains, tout ceux qui ont une petite licence, un baccalauréat… retournez dans vos villages et faites le cadastre de vos villages. Sinon, vos terres vous seront prises par les états pour être vendues demain. Faites le cadastre! Regardez le baobab, regardez une pierre qui va délimiter les zones, faites signer les voisins, donnez cela au registre, au maire ou au chef du village qui va signer et donner au gouverneur. Et vous êtes tranquilles qu’on ne volera pas vos terres demain. Sinon, on va vous inventer un projet agricole fantôme pour vous vendre vos terrains. Vous devez tous vous mobiliser à cet effort, ce ne sont pas les états ni les gouvernements qui vont changer la donne dans l’environnement. C’est la population même, la société civile et les gens de base.

Arnaud Jouve: Alors, où est-ce qu’on en est aujourd’hui dans la prise de conscience des gens dans un pays comme le Liban aujourd’hui? Comment on comprend ces idées, cette question, tous ces enjeux… est-ce que tout ceci est rentré dans la préoccupation populaire?

Ibrahim El Ali: Ce n’est pas rentré dans la préoccupation populaire. Mais par contre, on a une spécificité au Liban. Comme l’état a été très peu présent avec la guerre, tous nos maisons, sur nos toits, on a des chauffe-eau solaires. On a par exemple la récupération de l’eau de pluie. Le Libanais a un comportement écologique sans le savoir. Et nous, à travers les municipalités, le traitement des eaux usées, en profitant de la présence de la FINUL pour faire des projets sur l’environnement, on fait avancer petit à petit les choses.

Nos mères libanaises se nourrissent pratiquement de plus de 200 plantes sauvages qu’elles trouvent naturellement. On mange ça tout le temps. Il faudrait développer cela en Afrique. En Europe, c’est difficile. Mais sortez dans le jardin, ici à RFI, vous avez des plantes qu’on peut manger. Ca a disparu en Europe, mais on connaît bien la soupe aux orties.

Anne-Cécile Bras: Oui, ça se mange toujours. Et puis, vous êtes venus gentiment avec des tisanes qu’on va pouvoir déguster pour avoir justement un peu de Liban chez nous. Merci Ibrahim el Ali d’être passé dans « C’est pas du Vent », vous reviendrez car on connaît votre passion pour cette thématique.

Ibrahim El Ali: Juste un mot pour dire que le Liban est le début de l’humanité et qu’il faut tout faire pour protéger l’environnement là-bas.

http://fondation-elali.blogspot.com/

Source : RFI

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