Mouvement pour le Liban

Représentant le Courant Patriotique Libre en Belgique

Mahmoud Abbas en quête de légitimité

Posted by jeunempl sur août 5, 2009

Monique Mas – RFI

Clarifier son message politique, définir une stratégie dans les négociations avec Israël, sinon refaire l’unité palestinienne, tels sont les sujets brûlants à l’ordre du jour de ce congrès du Fatah dont le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas attend un regain de légitimité. Vingt ans après son dernier congrès, en 1989, sous son père fondateur Yasser Arafat, alors en exil à Tunis, le Fatah a en effet perdu sa place de chef de file incontesté de la lutte de libération des Palestiniens. Pire encore, l’Autorité palestinienne s’est transformée en coquille vide depuis que le Hamas islamique à chassé le Fatah de Gaza en juin 2007. Et pour son président, Mahmoud Abbas, l’enjeu est donc aussi de reconquérir une majorité électorale aux scrutins législatif et présidentiel qu’il appelle de ses vœux d’ici fin janvier 2010.

Mahmoud Abbas a voulu battre le rappel de la diaspora des délégués du Fatah dans la cité emblématique de Bethléem, en Cisjordanie, son camp retranché depuis que le Hamas fait bande à part à Gaza. Ce faisant, le mouvement islamique l’a confiné à Ramallah, lui déniant toute autorité après avoir emporté les législatives haut la main en 2006, deux ans après la mort de Yasser Arafat, le père charismatique d’un Fatah miné par la division et discrédité par la corruption de ses élites. Vingt ans après son précédent congrès tenu dans l’exil de Tunis sous la férule d’Arafat, le Fatah n’est plus le fer de lance de la lutte de libération des Palestiniens. Mahmoud Abbas ne peut plus l’ignorer même si Occidentaux et Israéliens ont choisi de l’appuyer contre les islamistes diabolisés du Hamas.

Rhétorique diplomatique pour un pouvoir en trompe l’oeil

Sur ses Territoires grignotés un peu plus chaque jour par une colonisation israélienne qui se poursuit sans désemparer, quinze ans après des accords d’Oslo jamais appliqués, l’Autorité palestinienne est rien moins qu’un pouvoir en trompe l’œil dans un Etat virtuel de plus en plus hypothétique. Quant au Fatah, il n’est plus que l’ombre de lui-même, cinquante ans après avoir lancé une lutte armée aujourd’hui remisée comme une option parmi d’autres. Sur la table du Congrès, cette question de la lutte armée est d’ailleurs posée comme un exercice obligé.

Certes, le Fatah et l’Organisation de libération de la Palestine, l’OLP qu’il domine, revendiquent toujours le droit légitime des Palestiniens à défendre leur cause les armes à la main. Mais en fait, il s’agit surtout de faire valoir leur mérite à garder l’arme au pied quand les roquettes artisanales du Hamas continue de pleuvoir sur le Sud israélien. Reste que si la rhétorique fonctionne autour du tapis vert international, dans la rue palestinienne, elle manque parfois de supporters.

Autre cas d’école à Bethléem : la reconnaissance d’Israël comme un « Etat juif ». Elle vaudrait condamnation des musulmans ou des chrétiens arabes qui s’accrochent au sol défini comme hébreu mais non moins revendiqué par les Palestiniens. Et Mahmoud Abbas l’a dit et redit, jamais ne sortira de sa bouche la moindre allusion à une telle caractéristique réclamée par Israël à cors et à cris. Pour le reste, s’il veut survivre et s’imposer comme l’interlocuteur souverain qu’il prétend être dans les pourparlers avec Israël, le Fatah va quand même devoir reconstruire son leadership et sa crédibilité.

Du sang neuf au comité central

L’enjeu est crucial pour Mahmoud Abbas, même si sa reconduction est assurée à la tête du Fatah, elle ne suffira pas à lui donner la stature d’homme d’Etat qu’il convoite depuis qu’il a mis ses pas dans ceux de Yasser Arafat. Quant au Fatah, s’il veut conserver sa position dominante dans l’Organisation de libération de Palestine, l’OLP, il va quand même devoir commencer à laver son linge sale sans trop d’éclaboussures, après les accusations de corruption voire de traîtrise lancées jusque dans ses rangs. Bethléem devrait donc connaître un certain ménage et même voir un rajeunissement des centres de commandement du Fatah.

Le Fatah devrait laisser une place de choix dans son comité central de 21 membres à des personnalités d’aura internationale comme son secrétaire général en Cisjordanie, Marwan Barghouthi, en prison en Israël où sa valeur de monnaie d’échange a beaucoup monté depuis l’enlèvement du soldat franco-israélien Gilad Shalit. Il est vrai qu’à l’appui de son programme politique rédigé derrière les barreaux israéliens où il purge une perpétuité pour avoir dirigé l’intifada, Marwan Barghouti est un concurrent sérieux à la succession de Mahmoud Abbas qui pour sa part ne semble pas du tout songer à passer la main.

Autre candidature au comité central, celle de l’ancien potentat du Fatah à Gaza, Mohammad Dahlane. Son élection serait un pied de nez au Hamas qui lui voue une haine tenace et frappe dans son entourage à défaut de pouvoir le faire passer de vie à trépas. C’est du Hamas que sont d’ailleurs venues les seules entraves à ce congrès de Bethléem où quelque 400 délégués du Fatah de Gaza ont été empêchés de franchir la « frontière » tandis que 500 autres délégués de la diaspora ont été autorisés par Israël à se rendre du Liban, de Syrie ou de Jordanie en Cisjordanie.

Mettre le Fatah en ordre de bataille électorale

Rien ne donne à penser que le Fatah pourrait, comme l’affirme sa direction, profiter de ce congrès pour « reprendre l’initiative afin de sortir les négociations de paix de l’impasse ». Dans l’immédiat en tout cas, on voit mal l’Autorité palestinienne emporter quoi que ce soit face au gouvernement israélien de droite du Premier ministre Benyamin Netanyahu. Quand à refaire l’unité, derrière les bonnes paroles de circonstances, l’objectif semble plutôt de tenter de faire passer le Hamas sous les fourches caudines du Fatah. Autant dire que personne n’y croit.

Mahmoud Abbas peut sans doute se targuer encore d’une confiance internationale d’autant plus intéressée qu’elle s’accompagnait d’un boycott des islamistes du Hamas. Mais la donne pourrait changer avec l’administration Obama qui a commencé à lever certains tabous vis-à-vis d’interlocuteurs jugés incontournables après avoir été frappés d’interdit pour leur capacité de nuisance. Celle du Hamas avait d’ailleurs justement servi d’argument à Mahmoud Abbas pour se maintenir à la présidence de l’Autorité palestinienne où son mandat électif de 2005 a expiré en janvier.

Au Caire, la médiation égyptienne n’est toujours pas parvenue à rapprocher les frères ennemis du Fatah et du Hamas. Et à l’issue du congrès de Bethléem, le Fatah n’aura sans doute pas mieux à revendiquer qu’une Autorité palestinienne en quelque sorte unijambiste. Mais pour Mahmoud Abbas, l’enjeu, c’est aussi de quitter la ville christique avec un programme politique suffisamment œcuménique pour élargir le front palestinien contre le Hamas. Pour lui, il s’agit donc de mettre le Fatah en ordre de bataille électorale pour tenter de consolider son fauteuil présidentiel dans l’Autorité palestinienne.

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