Mouvement pour le Liban

Représentant le Courant Patriotique Libre en Belgique

Rétrospective: Le 26 avril 2005, l’armée syrienne se retire officiellement du Liban

Posted by jeunempl sur avril 26, 2009

[A l’occasion du 4ème anniversaire du retrait de l’armée syrienne du Liban, le MPLBelgique.org vous propose de revivre cet évènement historique et pour lequel le CPL s’était battu pacifiquement depuis sa création]

Archives d’époque

Le crépuscule de l’ère syrienne

RFI – Paul Khalifeh

26 avril 2005 – Le dernier soldat syrien s’est retiré lundi après 30 ans de présence militaire et 15 années de règne sans partage au Liban. Ce que personne n’osait imaginer il y a deux mois s’est finalement produit: l’ère syrienne vient de s’achever au pays du Cèdre.

Pour la première fois depuis 30 ans, le Liban est vide de toute armée étrangère. Les derniers soldats syriens ont regagné leur pays lundi, achevant ainsi le retrait décidé le 5 mars par le président Bachar el-Assad sous la pression de la rue libanaise et de la communauté internationale.

Le redoutable chef des services de renseignements syriens, qui faisait la pluie et le beau temps au Liban il y a encore quelques semaines, a été parmi les derniers à s’en aller. Au volant d’une Mercedes noire et à la tête d’un convoi d’une vingtaine de voitures, le général Rostom Ghazalé a été escorté par des véhicules de l’armée libanaise jusqu’à la frontière.

Des scènes de réjouissance

Quelques heures plus tôt, des agents syriens en civil avaient achevé de détruire les archives du quartier général des services de renseignements dans la localité d’Anjar, non loin de la frontière. L’imposante villa, où la composition des gouvernements, des listes électorales et les nominations administratives étaient discutées, voire décidées ces 15 dernières années, a été remise à l’armée libanaise qui y a hissé le drapeau libanais. La troupe en a interdit l’accès aux journalistes avant de s’y déployer en force de peur que des troubles n’éclatent entre habitants arméniens et sunnites qui se disputent depuis longtemps la propriété de nombreux terrains.

La fin du retrait syrien a donné lieu à des scènes de réjouissances dans les localités à majorité chrétienne et sunnite. A Zahlé, chef-lieu de la plaine de la Békaa, des voitures, ornées de drapeaux libanais et klaxons bloqués ont sillonné les quartiers. A Chtaura, des gens sont descendus dans la rue, lançant des fleurs aux militaires libanais qui ont pris la place des Syriens. Des portraits du chef chrétien Samir Geagea, emprisonné depuis 11 ans au ministère de la Défense, côtoyaient ceux de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri (un sunnite), dont l’assassinat, le 14 février, a déclenché un vaste mouvement de protestation populaire qui a contraint la Syrie à retirer ses troupes.

Dans les villages où les chiites sont les plus nombreux, la foule regardait avec indifférence les derniers camions syriens remorquant des pièces d’artillerie se diriger vers la frontière.

L’ONU veut vérifier le retrait

Le général Ghazalé doit revenir ce mardi au Liban pour quelques heures seulement afin de participer à la cérémonie d’adieu officielle qui se déroulera à la base aérienne de Rayyak en présence d’officiers supérieurs des deux armées. Une commission des Nations unies est par ailleurs attendue dans les prochaines heures au Liban pour vérifier le retrait syrien. Les experts de l’ONU passeront d’abord par Damas où le commandement syrien leur remettra les cartes des positions évacuées. Ils seront suivis par d’autres experts Onusiens qui viendront préparer l’arrivée de la commission internationale chargée d’enquêter sur l’assassinat de Rafic Hariri, tué dans l’explosion d’une camionnette piégée dans le centre de Beyrouth.

Le départ des troupes syriennes marque la fin de l’influence sans partage exercée par la Syrie sur la vie politique libanaise avec l’accord tacite de l’Occident qui l’a récompensé pour le rôle qu’elle a joué aux côtés de la coalition internationale lors de la guerre du Golfe, en 1991. Cette influence a aujourd’hui reculé au profit d’une plus grande présence des Etats-Unis, de la France et de l’Arabie saoudite, qui ont appuyé la désignation de Najib Mikati au poste de Premier ministre, le 8 avril.

Prochaines élections en mai

Premier résultat concret de la baisse d’influence syrienne, la démission, lundi, du patron de la Sûreté générale libanaise. Longtemps considéré comme la pierre angulaire du dispositif politico-sécuritaire mis en place par la Syrie au Liban, le général Jamil al-Sayyed était dans le collimateur de l’opposition libanaise qui l’accusait, avec les chefs des autres services de sécurité, d’être responsable de l’assassinat de Hariri. Al-Sayyed a justifié sa démission du fait des « changements importants dans la politique » du pays.

Certes, la Syrie a retiré son armée mais elle maintient au Liban de solides amitiés avec des alliés puissants comme le Hezbollah, le mouvement Amal du président de la Chambre, et d’autres formations politiques plus ou moins importantes. Pendant des années, Damas a pu marginaliser ses détracteurs à coups de découpages électoraux taillés sur mesure. Toutefois, les prochaines élections, prévues en principe en mai, pourraient donner naissance à un nouveau paysage politique qui lui sera moins favorable. Tout ce que Damas aura construit pendant 30 pourrait alors été balayé par l’impitoyable verdict des urnes.

Retrait syrien total fin avril au plus tard

RFI – Paul Khalifeh

4 avril 2005 – La Syrie a remis à l’Onu un calendrier de retrait complet de ses troupes du Liban qui devrait s’achever le 30 avril au plus tard. Damas a également soutenu l’organisation des élections législatives libanaises à la date prévue. Il satisfait ainsi deux des principales revendications de l’opposition.

Pour la première fois depuis 30 ans, il n’y aura plus aucun soldat ou agent des services de renseignements syriens au Liban d’ici au 30 avril. L’annonce historique du retrait syrien total a été faite par l’envoyé spécial des Nations unies chargé de l’application de la résolution 1559, Terje Roed-Larsen, à l’issue d’un entretien dimanche à Damas avec le président syrien Bachar El Assad et son ministre des Affaires étrangères, Farouk Chareh.

L’émissaire de Kofi Annan a indiqué, lors d’une conférence de presse conjointe avec Chareh, que la Syrie ne s’opposait pas à la venue au Liban d’une équipe de l’Onu pour vérifier que le retrait des troupes syriennes est effectif. Il devrait tenter d’obtenir ce lundi à Beyrouth l’accord des autorités libanaises pour l’envoi de cette mission.

Le chef de la diplomatie syrienne a quand à lui déclaré qu’« en se retirant totalement du Liban, la Syrie aura appliqué la partie la concernant de la 1559 », une résolution du Conseil de sécurité votée le 2 septembre 2004 à l’initiative de la France et des États-Unis pour tenter d’empêcher la prorogation du mandat d’Emile Lahoud, voulue et obtenue par la Syrie. Mais il a ajouté que le retrait ne signifie pas nécessairement la fin des relations entre les deux pays. « Les rapports entre la Syrie et le Liban sont bâties sur des bases nationales solides qui ne peuvent être annulées par le retrait des forces militaires », a-t-il dit, précisant que « la sécurité des deux pays est liée ». Il a rappelé à cet égard que l’accord de Taëf qui a mis fin à la guerre civile au pays du cèdre, en 1990, stipule que le Liban ne sera pas utilisé pour déstabiliser la Syrie, et vice-versa.

L’armée syrienne avait achevé, le 17 mars dernier, la première phase de son retrait décidé le 5 mars. Quelque 6 000 officiers et soldats et plusieurs centaines d’agents des services de renseignements militaires avaient évacué le Liban-Nord et la montagne surplombant Beyrouth. Entre 4 000 et 5 000 militaires s’étaient alors retirés en Syrie alors que les autres s’étaient repliés sur la Bekaa. Les 8 000 hommes déployés dans cette vaste plaine avaient commencé à se retirer avant l’annonce du calendrier. Plusieurs positions stratégiques de défense anti-aérienne ont été démantelées et des dizaines de camions ont été vus se diriger vers le territoire syrien.

Les élections, enjeu central

Malgré ce progrès significatif accompli sur la voie de la normalisation de la situation au Liban, Terje Roed-Larsen a souligné qu’il y avait des « inquiétudes concernant la souveraineté de ce pays, et qu’il y avait intérêt à désarmer les milices libanaises » (en allusion au Hezbollah), comme l’exige la résolution 1559. Mais aussi bien les loyalistes que la majeure partie de l’opposition libanaise ne veulent pas entendre parler, dans les circonstances actuelles, d’un tel désarmement. Pour eux, il s’agit là «d’une question interne qui doit être discutée entre Libanais sans ingérences étrangères».

L’émissaire de Kofi Annan a d’autre part exprimé l’espoir que les élections législatives au Liban, prévues en mai, « seront organisées rapidement et d’une manière libre ». Farouh Chareh a assuré également que son pays soutenait « la tenue des élections à la date prévue ». Cette question est au centre du débat politique libanais et l’opposition soupçonne le pouvoir allié de la Syrie de manoeuvrer dans le but de reporter le scrutin. Les États-Unis, la France et l’ensemble de la communauté internationale insistent sur la nécessité de tenir les élections à la date prévue.

Sur ce front, un certain déblocage s’est produit vendredi dernier. Après avoir exprimé son intention de se récuser, le Premier ministre désigné Omar Karamé a accepté, sous la pression de ses alliés, de former un gouvernement dont la principale tâche sera d’organiser les élections.

Contraint de démissionner sous la pression de l’opposition et de la rue le 28 février, Karamé avait été reconduit par une majorité parlementaire, le 10 mars. Mais il avait juré que s’il ne réussissait pas à former un cabinet d’union nationale, il rendrait son tablier. Devant le refus catégorique de l’opposition de partager le pouvoir avec « un régime en déliquescence », qu’elle accuse de surcroît d’être responsable de l’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri, Karamé avait publiquement annoncé son intention de jeter l’éponge. Coup de théâtre deux jours plus tard: à l’issue d’une réunion marathon des forces et partis loyalistes, il revient sur sa décision. En l’espace d’un mois, il aura changé d’avis quatre fois.

La décision d’Omar Karamé de former un nouveau gouvernement sans l’opposition devrait permettre la tenue des élections à la date prévue ou avec un petit retard (un ou deux mois) justifié par des raisons techniques que l’opposition pourrait tolérer. Mais pour concession faite, concession reprise. Car en acceptant de débloquer la situation gouvernementale, les loyalistes ont décidé de remplacer la loi électorale, basée sur la petite circonscription, comme le souhaitait le Patriarche maronite Nasrallah Sfeir (considéré comme le chef spirituel de l’opposition), par une autre législation basée sur des circonscriptions plus larges. Ce découpage électoral est accepté par les composantes sunnite et druze de l’opposition mais il est rejeté par les chrétiens. Un nouveau sujet de discorde se profile à l’horizon.

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