Mouvement pour le Liban

Représentant le Courant Patriotique Libre en Belgique

1990 – Devoir de mémoire: La population libanaise témoigne (Chapitre 5)

Posted by jeunempl sur avril 14, 2009

(Livre Blanc du conflit Armée Libanaise – Forces Libanaises)

Ce texte entre dans le cadre plus large de la publication du Livre Blanc, regroupant les témoignages de la population lors de la guerre civile libanaise en 1990. Vous pouvez suivre l’intégralité de ce document sur cette page:
1990 – Devoir de mémoire: La population libanaise témoigne

– Parce que les politiques ont voulu effacer de notre mémoire, à travers une loi d’amnistie, toutes les exactions qu’ils ont commises durant la guerre civile,
– Parce que les médias n’assurent pas leur rôle de conscientisation de la population,

Le Livre Blanc reste encore aujourd’hui une référence pour rappeler à la population, de tous ages, les malheurs que peuvent engendrer tout conflit opposant un Libanais à son propre frère libanais. En attendant que l’état assure un jour pleinement ce rôle de mémoire au niveau de ses institutions, nous vous publions en plusieurs parties le Livre Blanc, rédigé à la fin de la guerre civile par de jeunes étudiants français, extérieurs au conflit, venus au Liban dans le seul but de comprendre. Pour cela, ils partent à la rencontre de la population témoin des exactions de la milice des Forces Libanaises dans le conflit l’opposant à l’Armée Libanaise.

Chapitre 5 : Les prisonniers

Exécution sommaire de prisonniers

Les Forces Libanaises se sont livrées, contre toutes les lois de la guerre, à des exécutions sommaires de prisonniers à Amchit. La nouvelle s’est répandue dans tout le Liban.

Image 1: Les capitaines Georges Kiwan et Milad Azar, dans l’Ecole où sont enfermés les officiers de l’Armée, prisonniers des F.L.
4-livre-blanc_prisonniersDeux capitaines, qui avaient été faits prisonniers à Amchit par les Forces Libanaises et qui se sont évadés par la suite, ont témoigné : « A un moment de la bataille, les soldats de 1’Armée ont dû fuir vers les bois avec leurs blessés. Ils ont demandé à un civil de prendre dans sa voiture un de leurs blessés, Elie Hallak, et un de leurs tués. Les Forces Libanaises ont poursuivi le chauffeur et l’ont arrêté en lui disant : « au lieu d’un tué et d’un blessé, tu auras deux tués » et ils ont alors achevé Elie ».
Ces deux capitaines ont poursuivi : « L’un des chefs des Forces Libanaises a été tué pendant les combats et son frère, qui détenait des prisonniers de l’Armée, a donné l’ordre de les exécuter, ce qui a été fait sur le champ, soit d’une balle dans la tête, soit à coup de hache. Par la suite, d’autres prisonniers ont été exécutés sommairement ».

Un médecin de l’Hôpital Militaire Central a reçu dans son service cette quinzaine de cadavres portant des blessures causées par des haches. Plusieurs morts avaient une balle au front et une balle de chaque côté des mâchoires de façon à former un delta, emblème des Forces Libanaises.

Traitement des prisonniers

Des deux côtés, Armée et Forces Libanaises, tous les moyens sont bons pour rallier les prisonniers, ou en tout cas les neutraliser.

Image 2: Le Colonel Paul Fares

Paul Fares-FLLes Forces Libanaises utilisent Paul Farès, colonel, qui a pris ses distances avec l’Armée du Général Aoun. Le colonel Farès déclare avoir sous ses ordres mille six cents soldats, dont quatre-vingt dix officiers.

D’anciens responsables des Forces Libanaises travaillent, eux, pour l’Armée. Mais pour les deux parties, les méthodes se ressemblent : guerre psychologique, lavage de cerveau, et traitement de faveur pour ceux qui coopèrent.

Les responsables des Forces Libanaises nous ont communiqué trois noms de prisonniers qui seraient maltraités par l’Armée : le colonel Youssef Tahan, le capitaine Antoine Saad (officiers de l’Armée emprisonnés depuis cinq à six mois), et Pierre Zaccour (F.L.).
L’Armée n’a pas accédé à notre demande de les voir et nous le regrettons, car nous n’avons pu vérifier l’affirmation du colonel Paul Farès, selon lequel ceux-ci sont battus et subissent des traitements à l’électrochoc.

Par contre, l’Armée nous a communiqué deux noms d’officiers prisonniers des Forces Libanaises : le capitaine Georges Kiwane et le capitaine Milad Azar, dont elle craignait qu’ils ne fussent maltraités, et les Forces Libanaises nous ont permis de les rencontrer. Ils étaient enfermés dans une pièce d’une école avec une dizaine d’autres officiers.

Deux autres officiers et un sous-officier étaient enfermés dans une autre pièce. Les deux capitaines se sont déclarés en bonne santé. Nous avons interrogé le capitaine Milad Azar, car nous avions des informations selon lesquelles il avait perdu sa prothèse à l’oeil pendant une bataille, qu’il l’avait remise en place lui-même et que son oeil s’était infecté. Le capitaine nous a indiqué que son oeil ne s’était pas infecté, mais nous regrettons qu’aucun médecin n’ait pu l’examiner. Nous avons pu visiter les prisons de Fayadieh, où l’armée enferme des prisonniers F.L., leurs sympathisants, ou du moins ceux prétendus tels.

Au premier sous-sol, cent vingt personnes à peu près sont entassées dans une pièce d’environ 140 m², deux autres pièces de la même superficie accueillent chacune cent quatre vingt à deux cents prisonniers qui dorment sur un matelas ou sur une simple couverture à même le sol, sans aération.

Image 3: Éléments des Forces Libanaises prisonniers de l’Armée
4-livre-blanc_prisonniers-2Des bombardements ont bouleversé notre emploi du temps et nous n’avons pu visiter la prison où les Forces Libanaises gardaient les simples soldats, mais les informations que nous avons nous permettent d’affirmer que les conditions de détention pour l’Armée et les Forces Libanaises sont à peu près les mêmes, épouvantables du début des conflits jusqu’au 25-28 février. Pas d’eau pour se laver, juste un seau pour boire, nourriture très insuffisante, (un quart de pain par jour, avec un peu de céréales à l’intérieur – riz, lentilles, blé concassé, etc.).
Les sorties s’effectuaient une fois par jour pour aller aux toilettes et les visites n’étaient pas autorisées pour les familles.

N’oublions pas qu’à cette époque la population connaissait elle aussi de semblables privations.

Image 4: Prisonnier F.L. avec sa famille
4-livre-blanc_prisonniers-3Depuis, les conditions se sont améliorées pour les deux
parties : les prisonniers peuvent se dégourdir les jambes hors de leur cellule et les parents peuvent leur apporter de la nourriture, de l’eau et des cigarettes, les dimanches entre huit et seize heures, à travers les barreaux et à tour de rôle (durée cinq à dix minutes).

Images 5 et 6: Les conditions d’hygiène
4-livre-blanc_prisonniers-44-livre-blanc_prisonniers-5

La Croix-Rouge Internationale a pu à la date du 26 mars passer deux fois dans les prisons, ce qui oblige les geôliers à faire des efforts. Ainsi, du côté des Forces Libanaises, les prisonniers peuvent se laver et se raser avant chaque visite.

Les prisonniers de l’armée sont battus quand ils se battent entre eux. Des cas de torture nous ont été signalés dans les prisons des Forces Libanaises, surtout à l’encontre des militaires supposés appartenir au service de renseignements. Les prisonniers militaires qui ont refusé de rejoindre le colonel Paul Farès ont été battus et des pressions psychologiques sont constamment exercées sur eux.

Les interrogatoires des deux côtés (Forces Libanaises et Armée) commençaient de la même façon : le prisonnier, les yeux bandés, est amené dans une pièce où il est interrogé.

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