Mouvement pour le Liban

Représentant le Courant Patriotique Libre en Belgique

1990 – Devoir de mémoire: La population libanaise témoigne (Chapitre 4)

Posted by jeunempl sur avril 13, 2009

(Livre Blanc du conflit Armée Libanaise – Forces Libanaises)

Ce texte entre dans le cadre plus large de la publication du Livre Blanc, regroupant les témoignages de la population lors de la guerre civile libanaise en 1990. Vous pouvez suivre l’intégralité de ce document sur cette page:
1990 – Devoir de mémoire: La population libanaise témoigne

– Parce que les politiques ont voulu effacer de notre mémoire, à travers une loi d’amnistie, toutes les exactions qu’ils ont commises durant la guerre civile,
– Parce que les médias n’assurent pas leur rôle de conscientisation de la population,

3-livre-blanc_civils-otages-flLe Livre Blanc reste encore aujourd’hui une référence pour rappeler à la population, de tous ages, les malheurs que peuvent engendrer tout conflit opposant un Libanais à son propre frère libanais. En attendant que l’état assure un jour pleinement ce rôle de mémoire au niveau de ses institutions, nous vous publions en plusieurs parties le Livre Blanc, rédigé à la fin de la guerre civile par de jeunes étudiants français, extérieurs au conflit, venus au Liban dans le seul but de comprendre. Pour cela, ils partent à la rencontre de la population témoin des exactions de la milice des Forces Libanaises dans le conflit l’opposant à l’Armée Libanaise.

Chapitre 4 : Population civile prise en otage

Les cruautés particulières de cette guerre sont liées à la disparition du sens hiérarchique chez les Forces Libanaises. Au bout de quelques jours, beaucoup d’officiers ont été remplacés par des hommes plus jeunes et inexpérimentés. Grisés par leur pouvoir nouveau, ils n’ont pas hésité à faire peser tout le poids de la guerre sur les civils et à multiplier les destructions. Mais cela n’explique pas tout.

Dans la forme de guerre choisie par les Forces Libanaises, les populations civiles jouent – malgré elles – un rôle essentiel. Elles ont d’une part, été utilisées comme otage. Les miliciens ont installé leur artillerie au milieu des habitations et sur les lieux publics, écoles, hôpitaux, couvents et asiles, utilisant enfants, malades, blessés, vieillards, comme boucliers. Ils bombardent les positions adverses sachant que l’Armée hésitera à tirer sur des civils, et surtout à les attaquer puisque le prix à payer sera trop élevé en terme de vies humaines et que les destructions et les morts lui seront imputés.

Plus largement, il s’agit, par une politique de terreur étudiée, de décourager les populations dans un double but :
– les amener à faire rapidement pression pour l’arrêt des combats, en les lassant par les difficultés matérielles et le climat d’insécurité ;
– et d’empêcher d’autre part toute action de résistance en se montrant impitoyable.

Dans les régions contrôlées par l’Armée, on ne peut parler d’utilisation des civils à quelque titre que ce soit, la population se sentant et s’affirmant solidaire des soldats.
Dans les secteurs sous contrôle des Forces Libanaises, nombreuses sont les familles qui appellent de leurs vœux l’intervention rapide des militaires «pour en finir».
Dans ce climat passionnel, tout laisse croire que le pourrissement de la situation pourrait se retourner contre Aoun, si celui-ci ne répondait à l’attente des gens.

La population : otage des forces libanaises

Les Forces Libanaises ont placé leurs chars et leurs canons dans des lieux publics encore habités, malgré l’opposition des responsables de ces institutions. Pourquoi n’avoir pas évacué les lieux avant de tirer sur l’Armée ? On comprendrait qu’une école ou qu’un couvent occupant une position stratégique soit momentanément utilisés à des fins militaires. Mais qu’est-ce qui justifie que l’on bombarde l’armée alors que les enfants ou les moines sont toujours bloqués à l’intérieur ? Et pourquoi installer des engins de guerre dans les hôpitaux et harceler l’Armée, alors que tous les lits sont occupés au point qu’il faille loger les malades et les blessés dans les couloirs ?
L’Armée s’est elle aussi installée dans des couvents. Mais ceux-ci étaient vides et le plus souvent repris aux Forces Libanaises. Nous avons cherché à savoir si elle s’était servie des civils à l’instar des Forces Libanaises. Notre enquête s’est révélée négative, ce qui n’est pas surprenant en soi puisque l’Armée est populaire et en position de force sur le terrain.
Sans donner de liste exhaustive, signalons quelques cas.

Dans les couvents

Pour la bataille d’Adma, les Forces Libanaises se sont ainsi installées au couvent de Khochban à Ghazir, jusqu’à sa chute. Les moines ont refusé de partir pour ne pas quitter leur Maison Centrale, et l’un d’eux a été grièvement blessé.

A Dbayé, dans le Metn, les Forces Libanaises ont tiré en l’air en pénétrant dans le couvent; elles ont alors installé leurs chars, dont les tirs ont fait tomber toutes les vitres.
Les Forces Libanaises ont installé un canon à côté du couvent de Ghosta, Notre Dame de la Délivrance, au-dessus de Harissa, obligeant ainsi les religieux à partir.

Dans les écoles

3-livre-blanc_civils-otages-flDans un collège, près de Jounieh, les F.L. ont placé deux blindés dès le 31 janvier à dix heures du matin. Le Recteur a demandé aux miliciens de s’éloigner des bâtiments pour ne pas effrayer les enfants. La plupart des élèves sont alors rentrés chez eux; il en restait une centaine de tous âges, rassemblés dans la cour, que leurs parents ne pouvaient chercher; les fils de téléphone étant coupés; il était impossible de les prévenir. Le Supérieur du couvent, responsable de l’école, a demandé aux F.L. de ne pas tirer car si l’Armée répliquait, cela risquait de tourner au carnage; leur chef a répondu : «Moi aussi j’ai des enfants. S’ils doivent mourir, qu’ils meurent». Un père a été frappé et a été obligé de quitter la région. Lorsque l’Armée a répliqué trois jours plus tard, il ne restait presque plus d’enfants.

A Achrafieh, les Forces Libanaises se sont installées dans une école alors qu’il y avait une soixantaine d’enfants qui n’avaient pas pu en partir. La mère supérieure a bien essayé de s’opposer à leur entrée, mais sans résultat; les miliciens ont installé leurs canons dans le jardin et ont commencé à attaquer l’Armée. Certains ont même défoncé des armoires croyant peut-être y trouver des militaires.

Dans les hôpitaux

Les miliciens sont entrés dans un hôpital d’Achrafieh en cassant la vitre de la porte d’entrée et ont mis en joue ceux qui accouraient voir ce qui se passait. «Si vous bougez, on vous descend», menaçaient-ils avec des kalachnikov. Puis ils ont cassé l’ascenseur et la porte du dernier étage pour installer des missiles sur la terrasse. Mais comme cette terrasse était entourée d’un mur de trois mètres de haut, et qu’ils ne pouvaient tirer sur l’Armée, les miliciens sont partis une heure plus tard.

A Achrafieh, l’hôpital Hôtel-Dieu ressemble plus à une caserne qu’à un centre médical. Il y a plus de miliciens que de médecins et parmi les malades, sont restés ceux du quartier qui ne pouvaient pas faire autrement.

Dans les maisons

Dès les premiers jours des combats, les miliciens sont entrés par force dans tous les immeubles pour tirer sur l’Armée.

Écoutons le témoignage d’un prêtre : «A Ajaltoun, vers le 8 février, une dizaine de chars se sont installés sur la place publique au milieu de la localité. Les habitants sont venus supplier les miliciens de partir pour épargner leur maison, sans aucun résultat. Ces derniers se sont positionnés autour de l’hôpital Saint-Georges qui appartient aux soeurs de Sainte
Thérèse de l’Enfant Jésus et ont tiré sur 1’Amée qui a répliqué».

A Ain el Remaneh, dans l’immeuble de neuf étages à côté de la caserne Paul Ghanem, les miliciens ont forcé les habitants réfugiés dans les abris à monter au dernier étage. Ils ont ensuite fait sauter les escaliers pour les empêcher de descendre et ont commencé à tirer sur l’Armée. Evidemment en cas de réplique de l’Armée, les plus exposés sont ceux qui occupent les étages supérieurs. Cela explique qu’il y ait dans ce conflit un nombre impressionnant de vieillards morts, car généralement, ils n’ont pas la force de faire le va-et-vient entre leurs appartements et l’abri et restent chez eux, priant le ciel qu’aucune bombe ne les atteigne.

3-livre-blanc_civils-otages-fl-2A Achrafieh, Katia était chez elle quand les miliciens sont entrés dans son immeuble en défonçant la porte. «Ils se sont installés au dernier étage. Ils ont installé leurs roquettes pour tirer sur l’Armée. Je suis allée dans l’abri, mais mon voisin qui était resté m’a raconté qu’ils sont ensuite descendus deux étages plus bas pour éviter d’être touchés par les tirs. Et à chaque fois, ils redescendaient tout de suite».
Parfois, les miliciens finissent par se retrouver dans les abris avec les habitants. La cohabitation est souvent difficile comme le témoigne un habitant d’un immeuble, rue Ghanoum à Ain-el-Remaneh : «Quand les femmes ont voulu les empêcher d’entrer, ils les ont injuriées et menacées avec leurs kalach ».

Selon plusieurs témoignages, les Forces Libanaises ont utilisé des pères de famille comme chauffeur, un pistolet pointé sur la tempe, pris en otage pour éviter les tirs de l’Armée.

Qui a bombardé l’asile de vieillards des soeurs rnaronites de Sainte Thérèse pendant la bataille d’Aïn-el-Remaneh ? L’Armée et les Forces Libanaises se rejettent mutuellement la responsabilité du très lourd bilan. Selon divers témoignages, l’Armée appelait souvent par hauts-parleurs, les Forces Libanaises à 50 m. dans les immeubles en face à ne pas tirer pour épargner les civils.
Des cent vingt-deux malades, vingt-six sont morts. Tous les étages ont été touchés. Trois cent personnes sont restées cloîtrées dans un abri pendant quinze jours, en supportant la promiscuité avec les cadavres.

Politique de la terre brûlée

Des destructions inutiles, sans rapport avec des objectifs militaires sont perpétrées par les Forces Libanaises, par ressentiment, pour impressionner les populations ou encore pour faire payer le prix de la guerre à l’ennemi.

Cette politique de la terre brûlée, est attestée notamment par les armes utilisées qui témoignent d’une volonté de destruction plus que de l’efficacité militaire. Les Forces Libanaises ont ainsi mis en oeuvre des orgues de Staline, dont l’un près de l’Université du Saint-Esprit à Kaslik; ces armes ne permettent aucune précision dans les tirs, et dans des régions surpeuplées elles sont particulièrement meurtrières.

Terrorisme encore que l’utilisation d’une puissance de feu démesurée par rapport aux objectifs. Pourquoi par exemple après avoir perdu Dbayé, le 6 février, les Forces Libanaises ont-elles bombardé intensivement la ville pendant deux jours entiers, touchant presque toutes les maisons, alors qu’il n’y avait aucune chance de reprendre la position ?

Les miliciens ne prennent parfois même pas la peine de masquer leur intention meurtrière dans cette guerre où tout leur est permis. Le responsable d’un organisme humanitaire avait demandé à un officier des Forces Libanaises l’autorisation d’apporter des vivres et des médicaments aux enfants d’un abri voisin et un capitaine, son ami de longue date, avait donné son accord. Mais lorsque ce responsable est revenu le voir plusieurs heures plus tard, son ami avait été remplacé par un officier, beaucoup plus jeune, qui l’a à peine écouté et qui a refusé de donner cette autorisation en ajoutant: « Je vais détruire vos locaux ». Peu de temps après, un char était installé devant les bâtiments, des obus étaient tirés dont l’un dans le bureau du responsable, qui n’a eu la vie sauve que parce qu’il était passé quelques secondes auparavant à la cuisine. Toute la pharmacie de l’hôpital a été détruite.

Les Forces Libanaises allument elles-mêmes les incendies, et ce, pour deux raisons:
1) ne pas laisser de traces d’un vol.
2) en mettant le feu à un immeuble et en allant se réfugier dans l’immeuble voisin, les miliciens peuvent voir, en pleine nuit, les mouvements de l’Armée.

Leur objectif est donc aussi «militaire» mais que dire des malheureux propriétaires, et de ceux qui sont prisonniers dans l’abri d’un immeuble en flamme.

Une religieuse d’Aïn-el-Remaneh témoigne : « Une fois que les miliciens ont tout pillé, détruit ou cassé, ils brûlent pour faire croire que c’est l’Armée qui a bombardé ». Elle ajoute: «On ne pouvait pas s’imaginer qu’on serait tombé si bas et que ceux (i. e. les Forces Libanaises) qui étaient sortis de notre bergerie deviendraient des loups si féroces, qu’ils ne sont jamais rassasiés de pillage, de destructions et d’incendies ».
A Aïn-el-Remaneh, une femme dans un abri près de la boulangerie témoigne: « On a entendu un chef des F.L. lancer à ses hommes par haut-parleur: « partez et brûlez tout ce que vous pouvez ».

Les Forces Libanaises empêchent les pompiers d’éteindre les incendies en volant leurs voitures pour s’approvisionner en eau ou, comme à Tabarja, en leur interdisant d’intervenir alors qu’un immeuble qui loge quarante personnes brûle. D’autres habitants comme Tony n’ont pas pu intervenir pour circonscrire un feu.

3-livre-blanc_civils-otages-fl-3Les Forces Libanaises ont miné tous les bâtiments avoisinant les positions de l’Armée et certains centres économiques vitaux pour la région libre comme la centrale d’électricité de Zouk. Il semble qu’elles n’aient cure de détruire toute l’infrastructure du pays. Nul ne peut croire que les Forces Libanaises aient fait sauter, pour des raisons militaires, des immeubles à Ain-el-Remaneh, dont la destruction ne gênait pas l’Armée. Le message dès lors était clair : toute victoire de l’Armée sera une victoire à la Pyrrhus et le Général Aoun s’il venait à gagner hériterait d’un pays complètement dévasté et ruiné : voilà qui peut faire réfléchir Aoun, et l’empêcher de se lancer dans une autre attaque, doit penser Samir Geagea.

Si par exemple la brasserie et malterie Almaza à Dora qui a été minée saute, 300 ouvriers se retrouveront au chômage. Lorsque les miliciens avaient plastiqué trois arbres qui bouchaient la vue dans la rue devant cette brasserie, le souffle de l’explosion en avait détruit la façade et les vitres et endommagé la chaîne de montage occasionnant une perte estimée à un million de dollars.

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(L’Hôtel Holiday Beach miné par les F.L)

Les explosifs sont aussi utilisés à d’autres fins : punir et terroriser les gens, comme si ceux-ci ne l’étaient pas suffisamment. Ainsi, un immeuble situé dans une rue perpendiculaire à celle de la boulangerie Obeid, et à environ 50 mètres d’elle a été miné et entièrement détruit pour l’unique raison que le fils du propriétaire était volontaire dans l’Armée : Tous les étages se sont effondrés.

L’Armée, du témoignage de toutes les personnes interrogées, quand elle manie son artillerie, essaye d’atteindre des cibles repérées. On nous dit qu’elle tente d’éviter les destructions inutiles comme celles des maisons d’habitation. S’agit-il d’un mouvement de solidarité en faveur de l’Armée ou d’une réalité?

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