Mouvement pour le Liban

Représentant le Courant Patriotique Libre en Belgique

1990 – Devoir de mémoire: La population libanaise témoigne (Chapitre 2)

Posted by jeunempl sur avril 11, 2009

(Livre Blanc du conflit Armée Libanaise – Forces Libanaises)

Ce texte entre dans le cadre plus large de la publication du Livre Blanc, regroupant les témoignages de la population lors de la guerre civile libanaise en 1990. Vous pouvez suivre l’intégralité de ce document sur cette page:
1990 – Devoir de mémoire: La population libanaise témoigne

– Parce que les politiques ont voulu effacer de notre mémoire, à travers une loi d’amnistie, toutes les exactions qu’ils ont commises durant la guerre civile,
– Parce que les médias n’assurent pas leur rôle de conscientisation de la population,

Le Livre Blanc reste encore aujourd’hui une référence pour rappeler à la population, de tous ages, les malheurs que peuvent engendrer tout conflit opposant un Libanais à son propre frère libanais. En attendant que l’état assure un jour pleinement ce rôle de mémoire au niveau de ses institutions, nous vous publions en plusieurs parties le Livre Blanc, rédigé à la fin de la guerre civile par de jeunes étudiants français, extérieurs au conflit, venus au Liban dans le seul but de comprendre. Pour cela, ils partent à la rencontre de la population témoin des exactions de la milice des Forces Libanaises dans le conflit l’opposant à l’Armée Libanaise.

Chapitre 2 : La Drogue

Le Liban est le pays des rumeurs. L’une d’elle concerne la drogue : on conditionnerait les miliciens en les droguant ce qui expliquerait leur comportement bestial pendant les combats. En revanche aucune rumeur de ce genre ne court sur l’Armée. Nous avons cherché à démêler le vrai du faux. Mais des conclusions définitives sont très difficiles à tirer puisque nous n’avons aucun chiffre. Après réflexion, nous avons décidé de publier ce que nous savons en restant très prudents sur certaines hypothèses.

Mais avant d’aborder la question de la consommation de drogue, nous avons voulu en savoir un peu plus sur sa production.

La plantation

Selon un rapport du Père Benoît Succar (grand spécialiste du problème de la drogue au Liban et responsable du Centre de Prévention de la Drogue), les 42.000 hectares plantés en haschich, en marijuana et en opium produisent 890 tonnes de haschich et 684 Kg. d’héroïne.

En 1988, 7 à 8% des plantations était situé dans la région contrôlée par les Forces Libanaises : Jbeil, Kesrouan, Beyrouth, Metn. A cette même date, les Forces Libanaises ont lancé une campagne contre la drogue, détruit les plants et arrêté les commerçants. L’Agence Américaine de lutte contre la Drogue (D.E.A.) les en avait d’ailleurs félicitées. Mais comment croire que dans une région aussi contrôlée et quadrillée, les Forces Libanaises n’aient appris qu’en 1988 l’existence de ces plants ? Et pourquoi dans ce cas n’avoir pas agi plus tôt ? Où se situent les complicités, si, comme l’affirme le Père Benoît Succar (et on veut bien le croire) il y a à la tête des Forces Libanaises une ferme volonté de lutter contre ce fléau. Nous avons des éléments de réponse mais pas de preuve.

La consommation des miliciens

Il est difficile de se faire une idée sur l’ampleur exacte de ce phénomène au sein des Forces Libanaises. Le Père Benoît Succar nous a affirmé que les hauts responsables des Forces Libanaises lui ont donné carte blanche pour lutter contre la drogue dans les casernes. Ce même Père explique qu’une partie des consommateurs de drogue douce passent un jour à la drogue dure. Compte tenu du pouvoir de destruction de ces drogues dures, leur usage est suicidaire pour les combattants. Il n’en reste pas moins que selon tous les témoignages, les cas de drogue se sont multipliés pendant ces derniers événements, surtout chez les miliciens qui devenaient incontrôlables.

Témoignages de médecins

Les médecins de divers hôpitaux, tant dans les régions contrôlées par l’Armée que dans celles qui sont contrôlées par les Forces Libanaises, nous ont confirmé.
–    qu’ils trouvaient fréquemment une poudre dans la poche des miliciens blessés, (héroïne ou cocaïne sans qu’ils puissent nous le préciser) ;
–    que bon nombre de blessés étaient drogués et qu’ils n’avaient donc pas pu être anesthésiés. Ils faisaient des crises violentes.
La proportion des drogués varie d’une région à l’autre. Les pourcentages les plus élevés sont parmi les blessés d’Ain-el-Remaneh.

Par exemple, les deux tiers des blessés des Forces Libanaises qui ont été traités à l’hôpital militaire central étaient drogués, piqués au bras ou sous la langue pour augmenter l’intensité des effets de la drogue. D’autres hôpitaux dont le sérieux est connu nous l’ont confirmé.

Certains miliciens se sont retrouvés en état de manque après quelques jours.

La Drogue au Liban

Par le professeur Antoine Boustany
Médecin-Psychiatre à l’Hôtel-Dieu de Beyrouth
(Extrait de la conférence du professeur Boustany à l’Assemblée Nationale à Paris, en mai 1990)

…Une guerre qui inaugure sa seizième année de surcroît innommable et inqualifiable, ne pouvait, comme on peut le supposer, échapper à cet état de choses, ou, à la limite, à cette coutume. Et parmi les multiples traumatismes psychiques qu’elle a engendrés au sein de la population libanaise la toxicomanie est l’un des plus importants en nombre de sujets atteints, et des plus graves en évolution.

Jusqu’à l’avènement de la guerre en 1975, le Liban était l’un des rares pays au monde, sinon l’unique exemple ans l’histoire, producteur de drogues et non consommateur. Des estimations du milieu médico-social du début des années 70, s’accordaient autour d’une proportion de 0,5 pour mille environ, dont une bonne partie d’étrangers travaillant dans le milieu artistique nocturne si florissant à l’époque. Quelques mois après le début des hostilités, la drogue fit son apparition dans les rangs des miliciens de tous bords, propagée semble-t-il, par d’anciens repris de justice, caïds et trafiquants qui trouvaient dans les combats un défoulement à leur agressivité, et parmi les jeunes miliciens un champ propice au prolésytisme et à leur commerce. Le haschisch, seule production locale à l’époque et donc à portée de main, était la drogue la plus largement utilisée, suivie par les psychotoniques et les amphétamines avec toutefois des réacerbations importantes et significatives au plus fort des combats, puis par l’héroïne. La cocaïne, en raison de son prix élevé, était réservée aux plus nantis financièrement et hiérarchiquement.

Avec la chronicisation de l’état de guerre, l’effritement de la loi groupe au profit de la loi de l’individu, la transgression de l’interdit puis sa tolérance, il s’est produit une banalisation de la drogue qui a contribué à son extension et à l’aggravation du phénomène par l’escalade qui a conduit à une facilitation de l’usage de l’héroïne et à une augmentation patente et notoire des héroïnomanes.

Dans ce cadre de la loi, un fait particulièrement intéressant est à relever. Dans le Service de Consultation de psychiatrie à l’Hôpital militaire central de Beyrouth où nous exerçons, et où sont orientés de la plupart des régions du pays les militaires présentant des troubles psychiques, nous n’avons décelé les cinq dernières années qu’un nombre quasi insignifiant de soldats toxicomanes nécessitait une prise en charge hospitalière : six addictions à l’héroïne, deux au soségon, trois aux barbituriques et cinq à l’alcool. La discipline assez rigoureuse qui n’a jamais fait défaut au sein de la troupe régulière, et les efforts de prévention et de sensibilisation entrepris par les responsables, ainsi que l’épuration systématique des agents contaminants, expliqueraient en grande partie cette imperméabilité à la drogue.

Témoignage de la Population

Les exemples abondent, nous en relevons deux : Pendant la bataille d’Adma, l’immeuble de Gabriel a été occupé par les francs-tireurs des Forces Libanaises : « Ils se roulaient par terre, sans raison, nous confie-t-il, ils étaient devenus complètement hystériques et tiraient n’importe où ».
Pendant la bataille d’Ain-el-Remaneh, près de la boulangerie d’Obeid, des miliciens ont défoncé les portes du domicile d’une femme de soixante-dix ans, pour s’installer aux fenêtres et tirer sur l’Armée; ils se sont drogués devant elle par injection.

Témoignages de religieux

Nous publions les extraits d’une lettre adressée à un très haut responsable du Vatican par une instance ecclésiastique qui n’a pas voulu être citée. Nombreux sont les religieux qui apportent des témoignages comparables.

« J’ai pu me dégager de la banlieue de Beyrouth, pour visiter plusieurs places et locaux dans la région de Kesrouan, actuellement contrôlée par les seules Forces Libanaises. J’ai constaté, à travers un dialogue loyal avec des personnalités laïques, des prêtres, des religieuses et des infirmières que l’usage de la drogue est généralisé et même imposé, par des piqûres à tous les combattants des Forces Libanaises… ».

« Une infirmière, qui protestait de l’influence abusive de la drogue, en voyant arriver sur le front de Ouyoun el Siman (Kesrouan), avec les munitions d’armes, une énorme quantité de stupéfiants et de stocks de whisky et autres produits alcooliques, a obtenu cette réponse froide de la part du principal chef milicien : « Sans la drogue, les miliciens s’abstiennent de combattre ».

« A Zouk-Mikaël, des témoins oculaires m’ont rapporté qu’avant chaque « séance » destructrice en bombardements canonniers de gros calibres, les jeunes manipulateurs qui étaient d’ordinaire cannes et compréhensifs, se transformaient vite sous l’effet de la drogue en « bêtes féroces », criant et vociférant; et puis ils se déchaînaient, complètement furieux et sans contrôle sur leurs canons, en ne retrouvant le calme qu’à la suite de quelques milliers d’obus, lancés sans interruption durant trois ou quatre heures. A la fin de chaque séance destructrice, ces mêmes jeunes, reprenant haleine, ne se parlaient plus, en se regardant ahuris, comme s’ils ignoraient ce qu’ils venaient d’accomplir. Les canons sont placés parmi les habitations el les domiciles. Les voisins vous rapportent les mêmes phénomènes de la part des drogués. Toutefois, les habitants qui ont eu des vitres cassées et des portes démantelées, à cause des détonations des départs des canons, ont la certitude que l’Armée régulière ne ripostera pas et évitera d’attaquer les milieux habités pour ne pas aggraver la situation des civils ».

« Telle autre jeune fille d’une paroisse près de Nahr Ibrahim a raconté devant la communauté religieuse que ses quatre frères et d’autres jeunes gens avaient quitté le village pour ne pas être poursuivis par les miliciens à la recherche de jeunes qu’ils obligeraient à porter les armes. Les miliciens, après avoir été drogués, font irruption vers minuit, dans les maisons, affolant les habitants et volant des objets précieux, sans aucun égard ou respect, surtout vis-à-vis des femmes et des jeunes filles. Cette jeune fille a porté plainte, avec ses soeurs, auprès du chef milicien de cet endroit où des canons à gros calibre ont été installés : le lendemain de la même irruption, vers midi, les mêmes miliciens, avec une infinie politesse, sont venus s’excuser et demander pardon avec des termes qui ont étonné. Mais la nuit suivante, la même séance affolante s’est répétée avec les mêmes miliciens, cette fois sous l’effet de la drogue.
« On est aussi écoeuré que surpris en écoutant de tels faits « abusifs », qui confirment la perte d’équilibre chez les miliciens ».

« Près de Jounieh, avant la bataille d’Adma, un milicien drogué ayant subi un inhumain lavage de cerveau, ne pouvait plus supporter de rencontrer son propre frère, militaire de l’armée officielle à l’intérieur du même foyer sous le regard de leur père. Ce pauvre père a essayé de faire raisonner son fils milicien ; mais ce dernier a eu la vive réaction d’attaquer son frère par une balle au front. C’est lui-même qui a transporté son frère à l’hôpital voisin et, constatant que son frère était déjà mort, il s’est donné la mort ».
Sans commentaire.

Les militaires de l’armée du Général Aoun

Nous avons cherché à savoir si le problème de la drogue se posait dans les mêmes proportions pour les militaires de l’armée régulière.
Notre enquête sur le terrain n’ayant rien donné, nous avons interrogé un certain nombre de médecins dont un proche des F.L. à l’hôpital Notre Dame de Jounieh. Ils n’avaient rien remarqué de pareil chez les blessés de l’Armée. Pour le colonel Paul Farès qui collabore avec les Forces Libanaises le problème de la drogue ne se pose pas ou peu dans les casernes de l’Armée.
De hauts responsables des F.L., notamment en charge de l’information et de la communication, à qui la question était posée n’en savaient rien.
Il faut donc croire que les militaires qui ont combattu sous l’emprise de la drogue sont, s’ils existent, une petite minorité.

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