Mouvement pour le Liban

Représentant le Courant Patriotique Libre en Belgique

1990 – Devoir de mémoire: La population libanaise témoigne (Avant-Propos)

Posted by jeunempl sur avril 9, 2009

(Livre Blanc du conflit Armée Libanaise – Forces Libanaises)

Ce texte entre dans le cadre plus large de la publication du Livre Blanc, regroupant les témoignages de la population lors de la guerre civile libanaise en 1990. Vous pouvez suivre l’intégralité de ce document sur cette page:
1990 – Devoir de mémoire: La population libanaise témoigne

– Parce que les politiques ont voulu effacer de notre mémoire, à travers une loi d’amnistie, toutes les exactions qu’ils ont commises durant la guerre civile,
– Parce que les médias n’assurent pas leur rôle de conscientisation de la population,

Le Livre Blanc reste encore aujourd’hui une référence pour rappeler à la population, de tous ages, les malheurs que peuvent engendrer tout conflit opposant un Libanais à son propre frère libanais. En attendant que l’état assure un jour pleinement ce rôle de mémoire au niveau de ses institutions, nous vous publions en plusieurs parties le Livre Blanc, rédigé à la fin de la guerre civile par de jeunes étudiants français, extérieurs au conflit, venus au Liban dans le seul but de comprendre. Pour cela, ils partent à la rencontre de la population, témoin des exactions de la milice des Forces Libanaises dans le conflit l’opposant à l’Armée Libanaise.

Avant-Propos par Patrick Karam

patrick-karamToute guerre est atroce, surtout quand ce sont des frères qui s’affrontent. Lorsque les combats se déroulent entre voisins d’un immeuble à l’autre, d’une rue à l’autre, la lutte n’en devient que plus féroce. Mais selon les témoignages, celle-ci dépasse en horreur, tout ce que les malheureux libanais ont connu et vécu en 15 ans de guerre. L’odieux est le quotidien. Nous avons enquêté partout, vérifié toutes les rumeurs, tous les bruits qui courent, les vrais, les faux, recueilli les témoignages de la population, de médecins, interrogé les organismes caritatifs et les institutions religieuses. Nous n’avons négligé aucune piste, en essayant de travailler dans la plus grande discrétion pour ne pas nuire aux uns et aux autres, surtout pour ne pas mettre leur vie en danger. Partout la même impression, surprenante quand on débarque de Paris avec les idées récoltées ça et là dans les médias.

Du côté de l’armée régulière du Général Aoun, les gens se sentent plus libres, plus en sécurité, il y a une véritable symbiose entre elle et la population. Les commerçants viennent nous raconter comment les soldats ont protégé des pillards leurs boutiques éventrées, comment leurs filles peuvent circuler la nuit seules et sans crainte.
Dans les régions contrôlées par les Forces Libanaises, la milice de Samir Geagea, l’ambiance change, l’atmosphère est tendue, les gens ont peur. C’est visible. On se croirait dans la zone occupée par les Syriens. Quelques jeunes miliciens s’interrogent: « On sait qu’ils ont peur de nous, mais on ne comprend pas pourquoi ». Oui pourquoi ? Pourquoi ont-ils peur ? Hommes et femmes, riches et pauvres, jeunes et vieux nous l’avouent simplement : ils ont peur. Tous pris dans le même piège, à la merci du moindre milicien. Et lorsqu’ils parlent, c’est dans le secret de leur appartement. A voix basse car mêmes les murs ont des oreilles. On se méfie de tout et de tous. On chuchote. On a peur. Pour soi ou pour ses proches. Peur de la vengeance des Forces Libanaises si elles savaient qu’on a parlé.

Les ordres religieux, les organismes humanitaires ne veulent pas être nommés : « Ce n’est pas de la lâcheté. Nous n’avons pas peur pour nos vies, mais pour la suite de notre mission ». Tel ecclésiastique qui est responsable d’une école nous supplie : « Surtout ne me citez pas, je n’ai pas peur de mourir, mais c’est toute notre institution qui sera attaquée, c’est notre œuvre qui sera compromise ». Les Forces Libanaises n’ont pas pardonné aux Jésuites un article paru dans la Croix signé du père Dalmais, Recteur d’un collège catholique à Beyrouth, critiquant les miliciens. Les prêtres, les moines, les religieuses ouvrent leur coeur, mais nous demandent le même secret que pour la confession. Peu osent dire tout haut ce que tous ou presque pensent tout bas. Le Vatican est alerté, nous affirment-ils.

Des rapports, des films, des photos sur les pratiques des miliciens ont été adressés au Pape. De nombreux prêtres sont à Rome pour rendre compte et soulager leur conscience devant le silence qui leur est imposé.

Dilemme des O.N.G. (Organisation Non Gouvernementale) : faut-il témoigner et risquer de ne plus pouvoir travailler. Ils ont choisi pour l’instant de se taire, officiellement du moins, car dans le privé les langues se délient. A ma question : « Avez-vous peur de la vérité ? », un responsable des Forces Libanaises me déclare : « Non, mais ça peut être très gênant pour nous ». GENANT !… Alors que l’on parle de VIES, alors que l’on tue ceux que l’on était censé défendre, alors que la souffrance et le deuil atteignent des proportions insensées par leur faute. Gênant ! « Même les Palestiniens n’avaient pas fait ça » nous répète-t-on partout et c’est tout dire… Les milices qui se battent depuis 15 ans pour la défense de la chrétienté se sentent frustrées de ce qu’elles considèrent comme un lâchage de la population, et veulent la punir dans une dérisoire tentative pour s’imposer comme le Sauveur. Pendant tout ce temps, ils n’ont pu, ils n’ont su gagner le respect, même si parfois comme sous Bachir Gémayel, ils étaient en état de grâce. Ressentis comme un mal nécessaire, les voilà brusquement devenus des parias. La peur refoulée, parfois la haine s’extériorisait. Un homme attirait tous les regards, soulevait le peuple qui se reconnaissait en lui: Aoun.

Qu’avait-il de plus qu’eux ? Tout ce qu’il disait : « Libération Totale, Unité Nationale », c’était leurs revendications. Et pourtant les gens se détournaient d’eux. Aoun est devenu populaire en Février 1989 en mettant les Forces Libanaises au pas. Et maintenant, même dans les parties qu’elles contrôlent, le Kesrouan, Jbeil et Achrafieh, une impressionnante majorité ne jure en privé que par le Général. Le Secrétaire d’Etat Français aux Droits de l’Homme, Bernard Kouchner, le reconnaît qui, à France-Info, le dimanche 11 Février 1990, après avoir laissé entendre que les Miliciens seraient à l’origine d’excès contre la population civile, et que l’Armée était « plus disciplinée que l’on croit », déclare : « J’ai le sentiment, honnêtement, que les chrétiens, ceux que j’ai rencontrés, d’une certaine manière, soutiennent le Général Aoun ».

Alors, on veut bien croire que ces exactions soient le fait d’une poignée d’individus plus que d’une volonté collective comme le laissent entendre, pour justifier, les responsables des Forces Libanaises; mais leur ampleur et leur barbarie, ainsi que certaines méthodes empruntées aux Palestiniens laissent comme un goût amer dans la bouche. Le père Naoum Atallah, Directeur pour la Province d’Orient des Filles de la Charité, dénonce courageusement : « On a réussi à infiltrer parmi les Chrétiens, surtout parmi les Forces Libanaises, des éléments perturbateurs et criminels, sans parler des Syriens, qui ont réussi non seulement à diviser les Chrétiens, mais surtout à entacher leur bonne renommée en commettant en leur nom des actes barbares jamais vus au Liban : tuer des innocents, des prisonniers, voler, violer, casser, attaquer et détruire les lieux de culte, les écoles et autres institutions chrétiennes ». Depuis 1986, les efforts de la Milice pour encadrer les hommes et réduire les éléments incontrôlés, notamment avec la création d’une école d’officiers semblent n’avoir servi à rien. Pendant les premières semaines de la bataille, les loups étaient lâchés. Aujourd’hui, les pauvres Libanais subissent doublement le conflit, ceux qui s’étaient pendant tant d’années imposés comme leurs protecteurs se retournent contre eux.

L’ennemi n’est plus dehors comme pendant la guerre contre les Syriens mais là, chez eux, dans les maisons, les hôpitaux, les écoles, les églises : ils sont devenus des otages.

Patrick KARAM
Président
de l’Union des Jeunes Européens

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3 Réponses to “1990 – Devoir de mémoire: La population libanaise témoigne (Avant-Propos)”

  1. bouchrieh said

    Vous savez pas quoi inventer, vous cracher sur l’église le patriarche et les prêtes parce en majorité ils sont avec les FL

    • jeunempl said

      L’Eglise, le patriarche et les prêtres, ce sont 3 choses différentes.

      Il est vrai que le patriarche Sfeir et l’Eglise qu’il dirige sont politisées en faveur des Forces Libanaises de Geagea (FL comme vous dites). Ceci est connu depuis leur soutien à l’invasion syrienne des dernières régions libres du Liban le 13 octobre 1990.

      Par contre, la situation des prêtres est bien différente. Bien qu’ayant leur propre opinion, ils tiennent une attitude plus responsable, éloignant les fidèles des conflits intercommunautaires et intracommunautaires dans lesquelles le patriarche et son église les emmène.

      Lors de l’invasion syrienne soutenue par le patriarche Sfeir ainsi que par la milice des Forces Libanaises de Geagea, les prêtres avaient sauvé beaucoup de résistants, certains au prix de leur vie.

      Cette situation est malheureuse et il serait temps de séparer la politique de la religion dans ce pays, car au final, ce sont les citoyens qui en souffrent le plus.

  2. bouchrieh said

    KARAM c’est un nom français cela?mort de rire

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