Mouvement pour le Liban

Représentant le Courant Patriotique Libre en Belgique

Pourquoi Hariri ne doit pas perdre les législatives

Posted by dodzi sur avril 8, 2009

Dr. Elie Haddad

saad-hariri-libanMalgré les changements stratégiques profonds survenus au niveau régional et international,  malgré l’ouverture américaine et européenne vers l’Iran et la Syrie, malgré les plans de retrait militaire  de l’Irak, malgré les prémices de  rapprochement syro-saoudien, la majorité au pouvoir actuellement au Liban ne peut pas se résigner à perdre les élections législatives ni à trouver des terrains d’entente avec l’opposition.

Les raisons sont beaucoup plus profondes et en étroite liaison avec les rapports de force internes et avec l’historique de cette majorité au Liban.

En effet, la défaite aux législatives sonnera le glas d’une hégémonie politique quasi totale et presque ininterrompue sur l’échiquier national. La coalition actuelle au pouvoir dirige le pays depuis pratiquement deux décennies, portée aux affaires par les accords de Taëf. Depuis, les mêmes responsables se sont accommodés des différents changements locaux et régionaux. Ils étaient en effet les collaborateurs directs du régime syrien durant son occupation du Liban ainsi que les alliés les plus fidèles des iraniens ou autres révolutionnaires de la région. Avec le changement de la direction du vent et le retrait de l’armée syrienne, ils ont revu radicalement leurs choix et se sont affichés dans un antisyrianisme des plus farouches, osant même défier le Général Aoun sur ce terrain, lui qui était exilé par la Syrie et ses acolytes et qui a œuvré sans cesse pour la libération du Liban et jusqu’à son obtention en 2005.

Cette coalition a profondément abusé de son pouvoir, tout au long de ces deux décennies, afin de remodeler le paysage politique à sa façon et d’éliminer toute concurrence éventuelle. C’est ainsi qu’ils ont conçu, avec les syriens, les différentes lois électorales afin de diluer le vote protestataire et limiter le risque de voir des opposants accéder au pouvoir. C’est ainsi aussi qu’ils ont voulu retarder, voire interdire, le retour du Général Aoun au Liban, en 2005, pour continuer à occuper l’espace politique qui lui est dû.

Par ailleurs, bien que Taëf était leur invention, les dirigeants de la coalition ont entrepris  une application sélective et arbitraire de cet accord, le vidant ainsi de son contenu et aggravant du coup les inégalités et le manque de représentativité au profit de cette coalition.

La défaite permettra aussi la mise à nu du système de corruption actuel. Le pouvoir était principalement une source d’enrichissement personnel et familial. Les magazines spécialisés (comme Forbes) sont là pour témoigner de l’accroissement exceptionnel des fortunes de quelques uns des ténors de cette majorité. D’ailleurs, le système de corruption  a été bien développé, de sorte à faire profiter toute la cour, ce qui a permis d’éviter les rebellions et les convoitises.

Le chef d’orchestre de ce système, feu le premier ministre Rafic Hariri, a dirigé le pays comme il le faisait pour ses sociétés privées. Ses proches collaborateurs personnels ont hérité de tous les postes de responsabilité gouvernementaux et les biens de l’état ont été confondus avec ses biens personnels. Ainsi, par exemple, en tant que premier ministre, il a décidé d’exproprier les propriétaires de leurs biens au centre ville de Beyrouth, au profit d’une société privée (et non de l’état) qui s’est avérée être la sienne (SOLIDERE), s’accaparant ainsi ce centre ville. Les pauvres propriétaires ont été contraints d’accepter de devenir des actionnaires dans cette société.

Les exemples de cette corruption systématique et organisée ne manquent pas.. Le drame est que cette corruption a été si bien organisée qu’elle a survécu à l’assassinat de Mr Hariri et continue de plus belle aujourd’hui, appauvrissant encore plus la société libanaise et aggravant les problèmes économiques et sociaux (48% de la population libanaise se situe en dessous du seuil de la pauvreté).

La défaite apportera par ailleurs un coup d’arrêt décisif au projet d’implantation des palestiniens au Liban. Il est clair que le projet de l’implantation des palestiniens de la diaspora dans leur pays d’accueil et surtout au Liban est toujours d’actualité. Ce projet qui a commencé depuis plus de 35 ans avec le plan Kissinger reste actif, les mêmes raisons qui ont assisté à son élaboration étant toujours présentes. Parmi ces raisons citons le problème démographique en Israël, qui est de plus en plus pesant et qui rend tout retour supplémentaire de palestiniens en Palestine tout simplement inimaginable.

L’implantation de cette population au Liban, d’obédience sunnite, ne peut se faire qu’au détriment des chrétiens et des chiites. Or ces deux dernières communautés représentent le fer de lance de l’opposition actuelle et leur accession au pouvoir rendra beaucoup plus difficile, voire impossible, toute action facilitant cette implantation.

Enfin, la défaite annoncera certainement l’éclatement de cette coalition hétéroclite dite «du 14 mars». La coalition au pouvoir actuellement est composée de personnes et de partis qui représentent des poids politiques différents et, surtout, des intérêts bien divergents. A plusieurs reprises, cette coalition a battu de l’aile contraignant son chef, le jeune Saad Hariri à mettre le paquet (c’est le cas de le dire) pour assurer sa pérennité et garder sa cohésion.

Les élections législatives seront un moment de compétition par excellence où les divergences vont certainement éclater au grand jour, en particulier parmi les soutiens chrétiens de cette coalition. Ceci aura pour conséquence directe l’ébranlement du groupe, la perte de sa couverture chrétienne et même son implosion pure et simple.

A ce jour, nous constatons les difficultés internes de cette coalition, traduites par des candidatures multiples et incoordonnées, ainsi que par des confrontations sur les mêmes sièges et dans les mêmes régions (Zahlé, Batroun, Koura, ..).

Pour éviter la débâcle, la majorité actuelle tente de bien fixer ses cibles et aiguiser ses moyens.

La première cible est certainement le Général Aoun et son parti, le CPL. Il est évident que le premier «danger» est représenté par le Général Michel Aoun, ce leader qui a su renverser la table en 2005 en gagnant tous les sièges de la montagne chrétienne et en s’imposant comme chef incontournable sur l’échiquier, déjouant ainsi le scénario écrit par la majorité et ses mentors régionaux et internationaux. En effet, il est indispensable de battre le Général et son parti afin de:
• lui ôter la légitimité de son leadership chrétien et réduire à nouveau le poids politique de cette communauté que le Général a su rétablir, en particulier à travers la nouvelle loi électorale.
• remettre en cause sa politique d’entente nationale qu’il a entamé, en particulier avec le parti du Hezbollah.
• Ceci remettra en question cette entente et rouvrira les portes vers de nouvelles escalades militaires  hautement dangereuses visant à tenter un nouveau désarmement par la force de ce parti.

La deuxième cible est bien sûr le Hezbollah, le parti dont les armes ont infligé à Israël et son armée une défaite historique, l’obligeant ainsi à revoir ses plans concernant le Liban.

Avec le CPL, le parti de Dieu  a constitué une opposition qui s’est avérée inaliénable et a constitué un bouclier ayant pu protéger le pays à deux niveaux:
 militaire: à travers une résistance qui a fait ses preuves en juillet 2006 en tenant tête à l’une des armées les plus puissantes sur terre,
 politique: car à travers le document d’entente nationale établi, le conflit a été déplacé vers le terrain politique (conflit majorité – opposition) alors que l’escalade devait se diriger progressivement vers une confrontation sunnite – chiite semblable au scénario  irakien.

Il sera  extrêmement difficile, voire impossible, à cette majorité de casser la dominance de ce parti dans sa communauté. Cependant, ils ne manqueront pas de tenter de réduire sa représentativité, ou, pourquoi pas, réussir l’exploit de gagner un siège, ce qui leur sera suffisant pour marquer un point et délégitimer le parti en question.

Face au risque réel de défaite, avec un bilan de gouvernement catastrophique établi sur une expérience de près de vingt ans au pouvoir, les moyens de la majorité actuelle sont limités pour tenter de renverser la tendance.

A ce jour, la seule action de la majorité sortante est résumée en trois points:
• La peur: menacer les libanais de conséquences «désastreuses» au cas où l’actuelle opposition prenait le pouvoir, sans pour autant apporter les preuves de ce qu’ils avancent,
• Les attaques personnelles: c’est ce que nous constatons à travers des attaques régulières et systématiques du Général Aoun concernant sa personne et son action, sans pour autant apporter des preuves de faillite ou des alternatives crédibles,
• Les manipulations auxquelles nous assistons: manipulations médiatiques (photos falsifiées,..), politiques (création de candidats «centristes» anti-aounistes et uniquement dans les régions chrétiennes), religieuses (à travers l’instrumentation de l’église), électorale (l’achat de voix, l’achat de billets d’avion pour gagner le vote de la diaspora, les falsifications administratives,..).

Nous reviendrons dans d’autres dossiers et dans les détails sur ces types de manipulations et sur d’autres pour alerter l’opinion publique internationale et demander son intervention si besoin.

Il est clair que la majorité au pouvoir actuellement ne peut pas se permettre de perdre les élections. Tout laisse penser que la bataille démocratique sera rude et les résultats sont loin d’être connus à l’avance.

Cette majorité n’hésitera certainement pas à user de tout son poids, y compris et surtout financier, afin d’influer sur les résultats du vote. Le dernier exemple en date est celui de la communauté arménienne et du parti Tachnag, à qui Monsieur Saad Hariri aurait proposé six millions de dollars pour gagner son soutien
.
L’opposition en général et le CPL en particulier sont mobilisés afin de faire face à toute cette manipulation et la dénoncer haut et fort. L’opposition est surtout prête au niveau de ses bases populaires, au Liban et à l’étranger, afin de gagner ces élections et commencer à bâtir le Liban de demain loin des magouilles et de la corruption.

Dr Elie HADDAD
Président
RPL/France

elie.haddad@rplfrance.org

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