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Proche-Orient : Paris pousse l’Europe à avoir une attitude plus souple avec le Hamas

Posted by jeunempl sur janvier 26, 2009

Le Monde – Natalie Nougayrède et Philippe Ricard

mechaal-khaled-hamasEstimant que la guerre de Gaza a imposé de nouvelles priorités et que l’administration du nouveau président américain, Barack Obama, pourrait rompre avec la ligne de soutien inconditionnel à Israël, la diplomatie française tente d’imprimer, au niveau européen, un changement de ton à l’égard du Hamas.

Alors que les ministres des affaires étrangères de l’Union européenne (UE) devaient se réunir, lundi 26 janvier à Bruxelles, pour discuter d’un plan d’action européen pour le Proche-Orient, Paris s’est mis à plaider discrètement pour une forme d’ouverture en direction du mouvement islamiste. « Mais en prenant soin de ne pas affaiblir Mahmoud Abbas », le président de l’Autorité palestinienne, souligne-t-on côté français.

L’idée est de rompre avec l’ostracisme dans lequel le Hamas est tenu officiellement, et de l’inciter à adopter une attitude constructive qui permettrait un processus de réconciliation interpalestinienne, souhaité par les Européens.

Les Vingt-Sept devaient lancer, lundi, un appel à la formation d’un gouvernement palestinien « de consensus », qui aurait le soutien à la fois du Fatah et du Hamas, et pourrait servir d’interlocuteur à l’UE, à l’Egypte et à Israël.

Officiellement, l’ouverture d’un dialogue avec le Hamas, qui est placé sur la liste européenne des organisations terroristes, reste une question taboue au sein de l’UE. Celle-ci avait suspendu en 2006 ses versements financiers directs à l’Autorité palestinienne, après la victoire électorale du Hamas.

Aujourd’hui « beaucoup de capitales ne veulent pas répéter la politique d’isolement du Hamas menée après sa victoire électorale car elle a été jugée contre-productive », analyse un diplomate européen. Paris apparaît en pointe sur le sujet.

Un glissement a eu lieu dans le vocabulaire officiel français. Le Hamas est désormais qualifié d' »interlocuteur », terme employé par le ministre des affaires étrangères, Bernard Kouchner. Le Quai d’Orsay met en outre l’accent, depuis plusieurs jours, sur l’une des trois conditions fixées au Hamas pour qu’un dialogue puisse s’enclencher : la renonciation à la violence. Celle-ci est décrite comme « l’élément fondamental ».

SUJET POTENTIELLEMENT EXPLOSIF

Cependant un éventuel rapprochement avec le Hamas est un sujet potentiellement explosif entre les pays de l’UE. Les pays nordiques et d’Europe centrale s’y opposent, tandis que ceux de la bordure méditerranéenne, à l’exception notable de l’Italie, y seraient prêts.

Les Pays-Bas refusent toute inflexion. L’Allemagne, traditionnellement proche des positions d’Israël, est partagée. « Ce n’est sans doute pas le bon moment pour obtenir un consensus sur le sujet », remarque un diplomate scandinave. « Si le Hamas change, ce sera une opportunité. Mais si le Hamas vise la destruction d’Israël, il est difficile de le considérer comme un partenaire », commente le ministre tchèque des affaires étrangères, Karel Schwarzenberg, dont le pays assure la présidence du conseil européen.

Dimanche 25 janvier, lors d’un dîner organisé par les Européens à Bruxelles avec des représentants de l’Autorité palestinienne, de l’Egypte, de la Turquie et de la Jordanie, les Pays-Bas ont souligné que le Hamas devait remplir les conditions posées par l’UE et le Quartet (Etats-Unis, UE, ONU et Russie), avant toute initiative d’ouverture : outre la renonciation à la violence, l’acceptation des accords de paix passés, et la reconnaissance de l’Etat d’Israël.

Côté français, on estime cependant que si le Hamas acceptait « le processus de paix » cela équivaudrait à une forme de reconnaissance d’Israël. Du moins faudrait-il « faire preuve de créativité », en jouant sur les flous, dit un diplomate.

« Les Américains vont évoluer d’une position de soutien inconditionnel à Israël à une position de soutien fort, mais plus nuancé », commente-t-on dans l’entourage de Nicolas Sarkozy. L’UE veut jouer sa carte dans ce contexte.

Dans un document commun, cinq pays (Allemagne, France, Royaume-Uni, Italie, Espagne) ont suggéré un « plan d’action » en vue de la mise en place d’un cessez-le-feu durable dans la bande de Gaza. Ce « non-papier », qui devait être mis sur la table des discussions lundi, évoque, sans plus de précisions, « d’éventuelles mesures d’accompagnement » des Européens en vue de la mise en place d’un gouvernement palestinien « de consensus ».

L’Europe est prête à déployer des observateurs aux points d’entrée de Gaza. Non seulement en reprenant la mission EUBAM (Mission européenne d’assistance à la frontière) de 2005 qui existait à Rafah, à la frontière égyptienne, mais en élargissant ce dispositif aux points de passage entre Gaza et Israël. Les Israéliens sont très réservés sur un tel élargissement.

Les Européens réfléchissent, en outre, à la manière dont ils pourraient contribuer concrètement à la lutte contre la contrebande et le trafic d’armes vers Gaza, un point sur lequel Israël insiste fortement. Cela se ferait, selon le « plan d’action », en coordination avec les Etats-Unis. Des discussions ont lieu sur un apport de technologie pour un dispositif sécuritaire à la frontière égypto-gazouie, et aussi sur un éventuel projet de surveillance maritime.

Celui-ci pourrait mobiliser des bateaux actuellement déployés au large du Liban, dans le cadre de participation européenne à la force FINUL. La France a pris les devants en annonçant vendredi l’envoi d’une frégate au large de Gaza.

Les Européens estiment que la réouverture des points de passage entre Gaza et Israël, pour acheminer toutes formes marchandises et pas seulement des vivres et des médicaments, serait également un argument contre la contrebande. Les responsables français rappellent enfin que l’UE est le principal bailleur de fonds de l’Autorité palestinienne, et que le Hamas a tout intérêt, s’il veut des aides à la reconstruction, à trouver un accord avec cette Autorité.

Intensifiant la diplomatie sur le dossier du Proche-Orient, l’UE et les Etats-Unis ont décidé de dépêcher lundi dans la région leurs émissaires respectifs, Javier Solana et George Mitchell.

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