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Rétrospective: Le massacre de Sabra et Chatila

Posted by jeunempl sur janvier 21, 2009

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Le massacre de Sabra et Chatila est incontestablement une page noire de l’histoire du Liban. Celui-ci ne peut être perçu sans évoquer le contexte dans lequel il s’est déroulé. C’est ce que nous décrit clairement, et de manière concise mais non moins complète, Pierre Bachy (historien belge) dans l’article ci-dessous. Nous avons décidé ensuite de compléter cet écrit par un reportage vidéo expliquant les circonstances de ce massacre.

Pierre Bachy

En date du 6 juin 1982, l’armée israélienne a envahi le Liban, en réaction à une tentative d’assassinat de l’ambassadeur israélien Argov à Londres le 4 juin. La tentative d’assassinat avait été attribuée le jour même par les services secrets israéliens à une organisation palestinienne dissidente, et l’action commanditée par le gouvernement irakien, alors soucieux de détourner l’attention de ses revers récents sur le front de la guerre Iran-Irak [1]. L’opération israélienne, préparée de longue date, est baptisée « paix en Galilée ».
Initialement, le gouvernement israélien avait annoncé son intention de pénétrer sur 40 km dans le territoire libanais. Le commandement militaire, sous la direction du ministre de la défense, le général Ariel Sharon, a cependant décidé d’exécuter un projet plus ambitieux qu’il avait préparé depuis plusieurs mois.
Après avoir occupé le sud du pays, et y avoir détruit la résistance palestinienne et libanaise, tout en commettant déjà une série d’exactions contre la population civile [2], les troupes israéliennes ont effectué une percée jusqu’à Beyrouth, encerclant à partir du 18 juin 1982 les forces armées de l’Organisation pour la Libération de la Palestine, retranchées dans la partie ouest de la ville.
L’offensive israélienne, et notamment les bombardements intensifs sur Beyrouth, auraient occasionné, selon des statistiques libanaises, 18000 morts et 30000 blessés, en très grande majorité des civils.
Après deux mois de combat, un cessez-le-feu a été négocié par l’intermédiaire de l’émissaire des Etats-Unis, Philippe Habib. Il a été convenu que l’OLP évacuerait Beyrouth, sous la supervision d’une force multinationale qui se déploierait dans la partie évacuée de la ville. Les Accords Habib envisageaient que Beyrouth-Ouest soit éventuellement investi par l’armée libanaise, et des garanties américaines étaient données au leadership palestinien pour la sécurité des civils dans les camps après leur départ.

L’évacuation de l’OLP s’est terminée le 1er septembre 1982

Le 10 septembre 1982, les forces multinationales ont quitté Beyrouth. Le lendemain, Ariel Sharon annonçait que « deux mille terroristes » restaient encore dans les camps de réfugiés palestiniens autour de Beyrouth. Le mercredi 15 septembre, après l’assassinat la veille du président Bachir Gemayel, l’armée israélienne occupait Beyrouth-ouest et encerclait les camps de Sabra et de Chatila, habités uniquement par une population civile palestinienne et libanaise, l’entièreté des résistants armés (plus de 14000 personnes) ayant évacué Beyrouth et sa banlieue le 1er septembre [3].
Historiens et journalistes s’accordent pour admettre que c’est probablement lors d’une rencontre entre Sharon et Gemayel à Bikfaya le 12 septembre, qu’un accord a été conclu pour autoriser les forces libanaises à « nettoyer » ces camps palestiniens [4]. L’intention d’envoyer les forces phalangistes dans Beyrouth-ouest avait déjà été annoncée par Ariel Sharon le 9 juillet 1982 [5] et dans sa biographie, il confirme avoir négocié l’opération lors de la rencontre de Bikfaya. [6]
Selon les déclarations d’Ariel Sharon à la Knesset (parlement israélien) en date du 22 septembre 1982, l’entrée des Phalangistes dans les camps de réfugiés de Beyrouth fut décidée le mercredi 15 septembre 1982 à 15h30 [7]. Toujours selon le général Sharon, le commandant israélien avait reçu comme instruction : « Il est interdit aux forces de Tsahal [8] d’entrer dans les camps de réfugiés. Le ratissage et le nettoyage des camps seront effectués par les Phalanges [9] ».
Dès l’aube du 15 septembre 1982, des chasseurs bombardiers israéliens ont commencé à survoler Beyrouth-ouest à basse altitude et les troupes israéliennes ont entamé leur entrée dans Beyrouth-ouest. A partir de 9h du matin, le général Sharon a été lui-même sur place pour diriger personnellement la poursuite de la percée israélienne, et s’est installé au quartier général de l’armée au carrefour de l’ambassade du Koweit, situé à la limite de Chatila. Du toit de cet immeuble de 6 étages, on pouvait parfaitement observer la ville et les camps de Sabra et Chatila. Il était impossible à Sharon de ne pas voir ce qui s’y déroulait.

L’encerclement

Dès midi, les camps de Sabra et Chatila, qui forment en réalité une seule zone de camps de réfugiés au sud de Beyrouth-ouest, sont encerclés par des chars et par des soldats israéliens, qui installent tout autour des camps des points de contrôle permettant de surveiller les entrées et les sorties. Durant la fin de l’après-midi et la soirée, les camps sont bombardés au tir d’obus.

Le jeudi 16 septembre 1982, l’armée israélienne contrôle l’ensemble de Beyrouth-ouest. Dans un communiqué, le porte-parole militaire déclare:  » Tsahal contrôle tous les points stratégiques de Beyrouth. Les camps de réfugiés, incluant les concentrations de terroristes, sont encerclés et fermés « . Au matin du 16 septembre, l’ordre est donné par le haut commandement de l’armée: « Searching and mopping up of the camps will be done by the Phalangists » [10]
Pendant la matinée, des obus sont tirés vers les camps depuis les hauteurs environnantes et des tireurs d’élite israéliens postés autour, tirent sans discrimation sur tous les civils se trouvant dans les rues. Vers midi, le commandement militaire israélien donne aux milices phalangistes le feu vert pour l’entrée dans les camps de réfugiés. Peu après 17h, une unité d’environ 150 Phalangistes entre par le sud et le sud-ouest dans le camp de Chatila.

Lorsque le général Drori appelle par téléphone Ariel Sharon et lui annonce: « Nos amis avancent dans les camps. Nous avons coordonné leur entrée. » Ce dernier répond « Félicitations!, l’opération de nos amis est approuvée. » [11]
Pendant 40 heures, dans les camps « encerclées et bouclés », les miliciens phalangistes vont violer, tuer ou mutiler un grand nombre de civils non armés, en majorité des enfants, des femmes et des vieillards. Ces actions sont accompagnées ou suivies de rafles systématiques, avalisées ou renforcées par l’armée israélienne.

Jusqu’au matin du samedi 18 septembre 1982, l’armée israélienne, qui savait parfaitement ce qui se passait dans les camps, et dont les dirigeants étaient en contact permanent avec les dirigeants des milices qui perpétraient le massacre, s’est non seulement abstenue de toute intervention, mais a pris une part active au massacre en empêchant des civils de fuir les camps et en organisant un éclairage constant des camps durant la nuit, moyennant des fusées éclairantes, lancées par des hélicoptères et des mortiers.

Les chiffres des victimes varieront entre 700 (chiffre officiel israélien) et 3500 (notamment l’enquête précitée du journaliste israélien Kapeliouk). Le chiffre exact ne pourra jamais être déterminé parce que, outre environ 1000 personnes qui ont été enterrées dans des fosses communes par le CICR ou enterrées dans des cimetières de Beyrouth par des membres de leur famille, un grand nombre de cadavres ont été enterrés par les miliciens eux-mêmes, qui les ont ensevelis sous des immeubles qu’ils ont détruits avec des bulldozers. Par ailleurs, surtout les 17 et 18 septembre, des centaines de personnes avaient été emmenées vivantes dans des camions vers des destinations inconnues et ont disparu.

Depuis le massacre, les victimes et survivants des massacres n’ont bénéficié d’aucune instruction judiciaire, ni au Liban, ni en Israël, ni ailleurs. Sous la pression d’une manifestation de 400000 participants, le parlement israélien (Knesset) a nommé une commission d’enquête sous la présidence de Monsieur Yitzhak Kahan en septembre 1982. Malgré les limitations résultant tant du mandat de la Commission (un mandat politique et non judiciaire) que de son ignorance totale des voix et demandes des victimes, la Commission Kahan a conclu que « Le Ministre de la Défense Ariel Sharon était personnellement responsable » des massacres. [12]

Démission de Sharon

Sur l’insistance de la Commission, et des manifestations qui ont suivi son rapport, Sharon se voit contraint de démissionner de son poste de Ministre de la Défense, tout en gardant son poste comme ministre sans portefeuille. Il est à noter que la manifestation du mouvement « Paix Maintenant », qui a immédiatement précédé sa « démission », avait donné lieu à une attaque à la grenade contre les manifestants, résultant dans la mort d’un jeune manifestant [13].
Par ailleurs, plusieurs enquêtes non officielles et rapports basés sur des témoignages surtout occidentaux, dont celle de MacBride et de la Nordic Commission, ainsi que des rapports journalistiques et historiques fouillés, ont réuni des informations précieuses [14].

Malgré toutes les preuves réunies sur les massacres de Sabra et Chatila, le  » responsable personnel  » de ces massacres, ses acolytes, et les exécutants, n’ont jamais été poursuivis en justice ou punis. Les journalistes israéliens Schiff et Yaari avaient conclu, en 1984, leur chapitre sur le massacre par cette réflexion: « If there is a moral to the painful episode of Sabra and Shatila, it has yet to be acknowledged » [15]. Cette réalité de l’impunité est tout aussi vraie aujourd’hui.
Le Conseil de Sécurité des Nations Unies a condamné le massacre par la résolution 521 (1982) du 19 septembre 1982. Cette condamnation a été suivie par une résolution de l’Assemblée Générale du 16 décembre 1982 qui a qualifié le massacre d’ « acte de génocide ».

Illustration à travers une analyse contextuelle du politologue Joseph Bahout

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