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Le Hamas, ennemi familier d’Israël

Posted by dodzi sur janvier 15, 2009

L’Express

Par Vincent Hugeux, Benjamin Barthe, Tangi Salün

le Premier ministre, Ehud Olmert, et létat-major prônent lintensification de lassaut ; les ministres de la Défense, Ehud Barak, et des Affaires étrangères, Tzipi Livni, préconisent une pause, prélude à une hypothétique issue négociée. Des soldats israéliens pleurent lun des leurs.

Le 13 janvier, Israël semblait résolu à engager la troisième phase de l'offensive : déloger au coeur des villes et des camps de réfugiés les combattants du Hamas. Au sommet, les divergences persistent : le Premier ministre, Ehud Olmert, et l'état-major prônent l'intensification de l'assaut ; les ministres de la Défense, Ehud Barak, et des Affaires étrangères, Tzipi Livni, préconisent une pause, prélude à une hypothétique issue négociée. Des soldats israéliens pleurent l'un des leurs.

Face à l’OLP, l’Etat hébreu a un temps favorisé l’émergence du Mouvement de la résistance islamique. Et il n’a cessé de dialoguer avec celui dont il s’efforce à présent de briser les reins. Histoire d’un duo qui a viré au duel.

C’est l’inusable parabole de l’apprenti sorcier. L’étrange histoire d’un pacte tacite dont le fracas des raids et les cris de douleur dissipent le souvenir. Certes, le « Plomb durci » – nom de code de l’offensive lancée par Israël le 27 décembre dernier – déversé sur la bande de Gaza en étouffe le lointain écho, mais il n’abolit pas cette vérité paradoxale: voilà trente ans, l’Etat hébreu, tout à son désir de saper l’assise d’une Organisation de libération de la Palestine (OLP) réputée laïque, favorisa l’émergence de la mouvance islamiste qu’il s’est juré, en ce début d’hiver, sinon d’anéantir, du moins de mater pour de bon.

A l’époque, le Mouvement de la résistance islamique, dont l’acronyme arabe – Hamas – signifie « zèle », n’existe pas. En revanche, dans les universités, les militants de la Mujamaa Islamiya, le Bloc islamique du cheikh Ahmed Yassine, croisent volontiers le fer avec les « impies » du Fatah de Yasser Arafat ou les communistes. Quitte à donner l’assaut au siège du Croissant-Rouge palestinien pour tenter d’en déloger le directeur, suspecté de sympathies marxistes.

Dès 1978, l’armée israélienne, qui administre de facto les territoires occupés, octroie des locaux au Bloc, dûment enregistré. Mieux, Tsahal l’autorise à bâtir des mosquées, ferme les yeux sur l’afflux d’argent jordanien ou saoudien appelé à financer cliniques, écoles ou jardins d’enfants, voire alloue, de l’aveu même d’un ancien gouverneur militaire, « un peu d’aide en cash » aux rivaux des gauchistes de l’OLP. Il arrive même au Shin Bet, le contre-espionnage, de feindre d’ignorer la cache d’armes aménagée dans les sous-sols de tel campus.

Disciples des Frères musulmans égyptiens – confrérie fondée en 1928 par Hassan al-Banna, et dont le chapitre local voit le jour à Jérusalem dix-huit ans plus tard – les zélotes de la Mujamaa circulent, publient et prêchent sans entraves. Sans doute Israël espère-t-il dompter ainsi son cauchemar littoral, cette austère bande sableuse dont David Ben Gourion redoutait les fièvres, et que le futur Premier ministre Itzhak Rabin suggéra un jour de couler au large. Lekh le Azza ! – Va à Gaza ! – lance-t-on, en hébreu moderne, à celui que l’on envoie au diable. Funeste illusion: c’est là, dans le camp de réfugiés de Jabaliya, qu’éclate, le 7 décembre 1987, la première Intifada. Une semaine avant que le Hamas sorte de l’ombre.

Pour autant, Israël persiste à ménager un mouvement dont la charte, oeuvre d’un jeune religieux exalté truffée de fantasmes antisémites, prédit la disparition de l’Etat juif. Figure de proue de l’aile dure du Hamas, le pédiatre Mahmoud Zahar rencontre en mai 1988 Shimon Peres, alors ministre des Affaires étrangères, puis, l’année suivante, Itzhak Rabin. Dans les deux cas, il est question d’un « règlement permanent négocié » en contrepartie du retour d’Israël aux frontières de 1967, celles d’avant les conquêtes de la guerre des Six-Jours. Très vite, pourtant, le discret dialogue tourne court ; l’assassinat de deux soldats de Tsahal lui sera fatal. Du moins pour un temps.

Prendre langue avec les cadres du Hamas

En avril 2005, un échange informel réunit à Genève un conseiller de Benyamin Netanyahu, super-faucon du Likoud (droite), et un émissaire du Hamas. Au menu, une éventuelle trêve des attentats, la sécurité des colonies juives et une ébauche de cogestion administrative à Gaza comme en Cisjordanie (1). Logique: à la faveur des élections locales, les islamistes prennent cette année-là le contrôle de maintes municipalités. Il faut bien discuter adduction d’eau et fourniture d’électricité…

Un Palestinien récupère des pages du Coran dans les ruines de la mosquée dal-Fadila.

Un Palestinien récupère des pages du Coran dans les ruines de la mosquée d'al-Fadila.

Impératifs d’intendance ? Pas seulement. Dès septembre 2007, une dizaine d’écrivains – David Grossman, Amos Oz et Abraham Yehoshua en tête – préconisent des négociations directes. Imités en cela par une poignée d’universitaires ou de vétérans des services de sécurité. L’opinion suit, comme l’atteste un sondage publié en février 2008 par le quotidien Haaretz. Deux mois plus tard, le vice-Premier ministre Eli Yishaï se dit prêt à prendre langue avec les cadres du Hamas, y compris les geôliers du caporal Gilad Shalit, enlevé en juin 2006. Des anciens du Shin Bet évoqueront d’ailleurs le sort du caporal franco-israélien avec une poignée d’islamistes détenus à la prison de Hadarim. Ce n’est pas tout: voilà six semaines, un envoyé de Tzipi Livni, la patronne de la diplomatie israélienne, faisait part à un éminent orientaliste français de son désir d’établir des contacts avec l’ennemi. Les messagers n’ont jamais manqué, qu’ils soient égyptiens, turcs, qataris, suisses, norvégiens ou italiens.

Il paraît loin, le temps où Israël jouait avec le feu islamiste. Mais, en croyant le museler, l’Etat hébreu aura donné au Hamas plus d’un coup de pouce involontaire. Pour preuve, le bannissement au Sud-Liban, en décembre 1992, de 415 activistes, aussitôt promus à la dignité de héros. Quant aux assassinats plus ou moins ciblés, tels ceux du cheikh Yassine ou d’Abdelaziz al-Rantissi en 2004, ils grossissent les rangs des candidats au martyre. De même, le retrait unilatéral de la bande de Gaza, ordonné en août 2005 par Ariel Sharon, a ouvert un boulevard aux boutefeux d’Allah, prompts à s’attribuer les mérites de cette « victoire ».

Il y a plus grave: l’impasse politique dope le radicalisme. L’enlisement du processus de paix et l’étranglement de la bande de Gaza, soumise à un blocus désespérant, achèvent de discréditer l’Autorité palestinienne, déjà plombée par ses vieux travers, incurie, clanisme et corruption. A l’inverse, ils élargissent l’audience de ceux qui dénoncent la vanité des tractations et prônent la lutte armée, terrorisme compris. Lorsque, quitte à bousculer un dogme jadis cher aux Frères musulmans et au terme d’âpres débats internes, le Hamas s’engage dans l’arène électorale, les rafles opérées par Tsahal amplifient l’aura de ses candidats.

Le « pur » et le « traître »

Dans les urnes, le « pur » soldat du Coran terrasse le « traître » du Fatah, nanti et impuissant. Tel est le cas en janvier 2006, lors d’un scrutin qui propulse au Conseil législatif une majorité absolue vert islam. Et ce mécanisme fonctionne dans les deux sens : les atroces attentats suicides perpétrés en 1996 ne sont pas étrangers au triomphe électoral inattendu de « Bibi » Netanyahu.

Faut-il parler avec le Hamas? Controverse caduque, vu d’Israël: le dialogue n’a jamais cessé, fût-ce par le biais de médiateurs. Reste qu’on peut recourir au même langage sans regarder la même horloge. Le temps d’Israël et de l’Occident n’est pas celui des islamistes. Pour ceux-ci, rien ne presse. Qu’importe si la libération de la « terre sacrée de Palestine » doit prendre un demi-siècle…

Dans l’immédiat, l’issue de l’offensive de Tsahal ne fait guère de doute: un succès militaire assorti d’une défaite morale. Mais elle peut avoir pour effet collatéral l’avortement d’une mutation. Celle qui conduit, en vertu du principe de réalité, du statut de milice terroriste à celui d’acteur politique. L’hiver 2009 pourrait hâter le glissement du centre de gravité du Hamas vers les nostalgiques du maquis, à commencer par les caïds des Brigades Ezzedine al-Qassam, aile armée du mouvement. Un glissement dont témoigne le verdict, l’été dernier, des élections du conseil consultatif, organe collégial de décision. Bâtir ou combattre? Ce dilemme-là n’est pas tranché.

(1) Le Canard enchaîné du 1er février 2006.

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