Mouvement pour le Liban

Représentant le Courant Patriotique Libre en Belgique

Réponse à l’analyse de Elie Fayad parue dans l’Orient le Jour du 30/10/2008 : « Batailler en silence »

Posted by jeunempl sur novembre 1, 2008

Bruno Géara

lorient-le-jourPersonne ne reproche à la presse sa capacité d’analyse des situations, aspect qui la rend d’autant plus intéressante. Ce qui est gênant, c’est la combinaison de trois ingrédients détonants : un positionnement déclaré « neutre » et « objectif », des articles relatant des « faits » déformés par une approche analytique qui ne dit pas son nom, et des analyses orientées, voire contradictoires selon les personnes ou parties visées.

Si L’Orient Le Jour admettait être une sorte d’organe de propagande pour l’un ou l’autre des camps, personne ne songerait même à lui reprocher ses analyses. Si l’Orient le Jour ne publiait pas des articles qui ont l’air de rapporter de simples faits ou déclarations, mais qui en fait, en dénature la substance, voire la déforme, et au besoin, l’interprète de façon biaisée et sournoise, alors personne n’aurait rien à redire.

Souvenez-vous du « La illah illa allah » Si le titre s’arrête à : « La illah », pour ensuite préciser dans l’article « illa allah », alors on cherche à biaiser la déclaration d’une personne sans en avoir l’air. Titrer sur quelque chose qui se voudrait choquant comme en substance : « Michel Aoun tire à boulets rouge sur la proposition de Sleiman » (citée de mémoire) pour ensuite relater la déclaration exacte dans laquelle nul n’a précisément critiqué le président ni sa proposition, revient à faire de la propagande déguisée. Ne sous estimez pas l’impact d’un titre (souvent les gens ne lisent pas l’article en entier ou le parcourent vite fait, sans y chercher la nuance). Un article qui relate une déclaration ou un discours d’un homme politique ne peut être considéré comme une analyse. Y mettre un titre comportant une interprétation douteuse ou en tous cas très personnelle, relève de la manipulation du lecteur.

Mais mieux encore, dans l’Orient le Jour , la thèse tant défendue qui voulait qu’un président Libanais doit être un arbitre s’opposait allègrement à celle du Général Aoun qui, défendant alors sa propre candidature, expliquait que son groupe parlementaire lui donnerait en tant que président, les moyens d’agir. Que n’avait-il dit !? Il fallait un président neutre, conciliateur, qui soit l’arbitre entre les courants opposés. Et aujourd’hui, vous déclarez que « Quant au chef de l’État, sa position lui impose de rechercher ce bloc du « centre ». Dès lors qu’il a été choisi comme arbitre entre les deux camps en présence, quoi de plus naturel pour lui que de chercher à conforter ce rôle en disposant, même indirectement, d’une présence plus ou moins importante dans la prochaine législature ? » Mais simplement parce que dès lors qu’il aurait un bloc propre, il ne serait plus un arbitre mais un troisième courant. Les arbitres ne participent pas aux matches de foot, ils ne font qu’éviter les débordements en tant que garants des règles du jeu. Le président, s’il doit être l’arbitre de la vie politique, doit simplement en garantir les règles et le respect de la constitution… Ainsi, pour votre journal, ce qui valait pour l’un ne vaut plus pour l’autre, et vice versa…

En politique, on s’oppose sur des idées, des programmes, des visions stratégiques. La limite que doit imposer un arbitre est simplement le respect de la constitution et des lois. Qu’auraient à proposer des députés « neutres » : sont-ils pour le maintien de la résistance, pour la paix avec Israël, pour une alliance avec la Syrie, pour la soumission aux Etats-Unis, pour l’éradication des terroristes, pour le désarmement des palestiniens, pour le développement des milices de partis politiques, pour l’armement de l’armée… ou sont-ils contre ? Quelques questions parmi d’autres qui nécessitent forcément une position claire suivie dans les faits.

Or que dirait un député « neutre » ? « Je ne sais pas, ça dépend, je trouve un compromis qui satisfasse tout le monde »… Si le peuple choisit un courant politique, quel qu’il soit, alors, il faut que les pouvoirs législatif et exécutif puissent en appliquer le programme. Si en revanche, le but est d’empêcher un choix clair du peuple, et une majorité de se dessiner, alors autant dire qu’il faut surtout éviter de faire des réformes et des choix stratégiques clairs dans ce pays.

Mais n’est-ce pas là une porte longtemps enfoncée par l’Orient le Jour quand il était de bon ton de déclarer que la majorité (de Ghazi Kenaan ou issue de sa loi) doit pouvoir gouverner et prendre des décisions claires sans être entravée par une opposition qu’on traitait (et traite toujours) de tous les attributs dégradants ? Mais quand les acteurs changent, on change de principe.

Et aujourd’hui, l’absence de majorité semble meilleure qu’une future majorité qui semble se dessiner dans le camp adverse ! Et il vaut mieux avoir un système qui bloque la nouvelle majorité probable plutôt que de la laisser gouverner ? et dans quelques mois vous nous expliquerez pourquoi le tiers de blocage (qui deviendra un tiers de garantie) sera indispensable à l’équilibre du pays et à sa survie !

Il reste enfin une remarque intéressante que je constate en filigrane dans les analyses « objectives et avisées » de l’Orient Le Jour : Un camp « patriote » au sein du parlement, comme le souhaiterait le président de la république, se ferait forcément au détriment de l’électorat Aouniste chrétien. Ce qui justifierait la colère supposée du CPL. C’est en substance ce sur quoi reposent toutes vos analyses. Mais je note, amusé, que vous donnez indirectement raison au général qui affirme que ses députés seront le camp patriote sur lequel pourra se reposer le président.

Car comment pourrait-on compter sur ces aounistes qui ont applaudi le rapprochement avec le Hezbollah, qui ont acquiescé lors de la position du CPL concernant la guerre de 2006, qui ont accepté l’ouverture sur la Syrie, et qui seraient encore dans le giron aouniste, malgré tout. Comment penser que des électeurs capables de toutes ces « infamies » comme vous les décririez en toute objectivité dans l’une de vos analyses, que ces électeurs donc, puissent choisir des députés « patriotes » demandés par le président. En ce qui me concerne, je dirais que ces électeurs, s’ils n’ont pas encore changé de camp, n’en changeront pas, et s’ils étaient vraiment dégoûtés par l’orientation politique du CPL, alors ils ne sont plus des électeurs du CPL depuis longtemps. Ainsi, en localisant les électeurs potentiels des députés patriotes dans les rangs du CPL, vous reconnaissez à ce courant ce que vous lui refusez à longueur d’articles dans votre journal : il aurait des électeurs patriotes ?

En définitive, ceux qui devraient avoir peur, selon votre analyse, seraient les néo-patriotes de la dernière heure ou les rois de la surenchère, les anti-syriens d’après la bataille, dont l’électorat farouchement attaché aux sacro-saints principes républicains, iraient élire des députés pour le président au cas où resurgissaient quelques sombres et mauvais souvenirs impliquant quelques chefs incontestés du patriotisme actuel …

Mais bien sûr, comment ai-je pu oublier que le nombre d’électeurs est essentiel pour faire élire des députés ! Je comprends pourquoi vous êtes sûr que seul le CPL pourrait perdre des voix au profit des députés du président !… Encore une contradiction tellement on oublie, à force de lire votre journal, quels sont les vrais représentants des chrétiens, électoralement du moins, et non empiriquement voire, trivialement !

En conclusion, je vous rejoins sur un point : il ne faudrait rien reprocher à votre journal qui n’est autre que l’image vivante des contradictions d’un pays où l’on confond principes et intérêts, patriotisme et surenchère, neutralité et députation…

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Batailler en silence

L’analyse d’Élie Fayad

Ce journal serait donc irrémédiablement « corrompu » parce que, a-t-on prétendu, il a osé relever que l’appel du président de la République à la constitution d’un bloc du « centre » a été mal accueilli au sein du CPL.
La presse, il est vrai, est habituée à ce genre de caprices de politiciens qui, lorsqu’ils se considèrent pris en faute ou qu’ils veulent adresser un message à un tiers, s’en prennent volontiers aux journalistes.
Les faits sont des plus clairs : le chef de l’État exprime le souhait de voir se constituer, à la faveur des prochaines législatives, un bloc de députés « patriotes ». Quelques jours plus tard, craignant d’être mal compris, il précise sa pensée, en expliquant qu’il ne veut pas le moins du monde douter du patriotisme d’autrui, mais qu’il souhaite simplement l’éclosion d’un groupe du « centre » formé de députés qui ne relèveraient d’aucun des deux camps en présence. On ne saurait être plus clair.
Dans l’intervalle, le CPL entame une campagne contre la « neutralité ». Le général Michel Aoun lui-même affûte ses armes. Il dit à diverses occasions, tantôt devant des étudiants de l’USJ, tantôt à l’adresse des invités d’un dîner organisé par le CPL, tout le mal qu’il pense des « neutres » dans le contexte libanais actuel. Mais voilà, il le fait en prenant soin de ménager le chef de l’État et en laissant entendre que ce que ce dernier recherche, il ne pourrait le trouver qu’au sein du Bloc du changement et de la réforme. Ce qui, en termes moins polis, signifie : se mettre sous sa coupe.
La deuxième intervention de Michel Sleiman, beaucoup plus explicite que la première, suscite alors une cinglante réplique de la part du ministre des Télécommunications, Gebran Bassil, véritable gardien du Temple aouniste. Celui-ci va pratiquement jusqu’à assimiler « neutralité » et « corruption ». Mais, en dépit de la violence de la riposte, il prend soin lui aussi de ne pas s’attaquer expressément au chef de l’État et s’efforce de présenter le Bloc du changement et de la réforme comme étant naturellement celui du président.
Bref, nous avons bien assisté au cours des derniers jours à la naissance d’un duel entre Michel Sleiman et Michel Aoun dans la perspective des législatives, mais il s’agit d’un duel qui refuse de dire son nom.
Or la presse, qui n’a pas forcément les mêmes contraintes que les hommes politiques, ni leurs arrière-pensées, est censée appeler les choses par leur nom. Donc haro sur la presse.
Mais il y a encore une autre motivation qui se cache derrière les attaques contre les médias. Elle tient de la situation contradictoire dans laquelle se trouve pris le CPL à l’heure actuelle. D’une part, le pays s’oriente vers davantage d’apaisement : les embrassades, les sourires partagés s’étalent à la une des journaux. De l’autre, il est absolument vital de maintenir le verbe haut si l’on veut espérer un maximum de mobilisation pour les élections.
Et cette mobilisation maximale, c’est pour ainsi dire de l’oxygène pour le CPL.
Car on se rend bien compte, dans l’entourage de Rabieh, que l’unique moyen de continuer à faire carton dans l’électorat chrétien, comme en 2005, passe par le maintien d’une dose d’adrénaline élevée au sein de cet électorat. Il faut donc perpétuellement désigner des cibles sur lesquelles taper. Et quelle meilleure cible que celle qui est assimilée à celui que l’on présente comme étant « l’ennemi » des chrétiens ?
Aujourd’hui, dans les rangs du CPL, on stigmatise à mesure qu’on « haririse ». Et comme pour Satan, on ne saurait être l’allié de Hariri, on n’en est que le suppôt. Honte au chrétien qui recevrait le moindre colis d’aide d’une quelconque fondation haririenne !
Dans ces conditions, on comprend qu’une velléité de « neutralité », comme celle exprimée par le président de la République, soit considérée comme particulièrement malvenue. Car elle ouvrirait une énorme brèche dans le système mis en place et fausserait totalement la donne, en permettant à un certain nombre de déçus du aounisme de quitter le navire non pas pour se jeter à l’eau et se livrer à l’ennemi honni, mais pour gagner des rivages moins agités.
En d’autres termes, le danger que représente une orientation centriste pour le CPL et ses alliés est à l’heure actuelle plus grand que celui du 14 Mars. Pour un aouniste tiède, en désaccord avec l’alliance fusionnelle avec le Hezbollah, le langage trop fleuri à l’égard de l’Iran et la complaisance pour la Syrie, ce serait l’occasion rêvée de claquer la porte sans passer chez Geagea ou Hariri.
Quant au chef de l’État, sa position lui impose de rechercher ce bloc du « centre ». Dès lors qu’il a été choisi comme arbitre entre les deux camps en présence, quoi de plus naturel pour lui que de chercher à conforter ce rôle en disposant, même indirectement, d’une présence plus ou moins importante dans la prochaine législature ?
Idéalement, la meilleure position pour le président serait celle qui consisterait à ce que ce bloc neutre atteigne un poids tel qu’aucun des deux grands camps ne puisse disposer de la majorité absolue à la Chambre.
Mais où se servir pour se constituer un tel bloc ? Dans les régions chrétiennes, bien sûr.
Donc chez qui on sait.

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