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Massoud Achkar : « Je me bats pour les prérogatives des chrétiens »

Posted by jeunempl sur octobre 23, 2008

(iloubnan.info – Élodie Morel Lebbos)

Cela fait longtemps que Massoud Achkar a déposé les armes. Alors qu’il envisage à 52 ans de se présenter aux élections législatives de 2009 en tant que candidat maronite d’Achrafieh sur la liste composée par le Courant patriotique libre et le Taschnag, il revient avec nous sur son passé de combattant pendant la guerre civile libanaise, et sur les combats qu’il mène aujourd’hui, sur le terrain politique et social cette fois-ci, pour l’avenir de son pays.

On est saisi par la photo dès qu’on entre dans la pièce. Accrochée à l’un des murs du bureau de Massoud Achkar, ce cliché grand format, intitulé «Night of terror», représente une scène de bombardement à Beyrouth, Achrafieh. Rouges-orangées, les traînées lumineuses des obus se dessinent dans le ciel nocturne. « C’est le bombardement des orgues de Staline syriens, dans la nuit du 3 octobre 1978 », explique Massoud Achkar. Devant cette photo, il raconte : « Ce bombardement s’est produit pendant ce qu’on appelle la « guerre des 100 jours ». C’est à cette période qu’on a commencé à recevoir des obus de 240 mm. Ils pouvaient traverser plusieurs couches de béton et atteindre les abris jusqu’au 2e sous sol. Beaucoup de gens sont morts comme ca, terrés dans les abris, alors qu’ils s’y croyaient en sécurité». Sur les autres murs, d’autres photos. L’une d’elles représente un groupe de jeunes hommes en armes. « Des miliciens des Forces libanaises », commente Massoud. « La photo a été prise à la fin des années 70 ou au début des années 80, je ne sais plus… » Il tente de repréciser la date en fonction des personnes présentes sur la photo. Untel est tombé en martyr en telle année, donc la photo a été prise avant… Une autre photo, de 1981, le représente face à Bachir Gemayel, en train d’adresser un salut militaire au président assassiné l’année suivante. « J’ai participé à la fondation des FL avec le président martyr Bachir Gemayel », raconte-t-il. Massoud Achkar se prépare aujourd’hui à se présenter aux élections législatives de 2009. Il a 52 ans. Il en avait 18 quand il se battait dans les milices chrétiennes. Il se présente désormais comme « politiquement indépendant ».

iloubnan.info : Vous vous dites aujourd’hui indépendant… Pourquoi être entré dans la milice, dans les années 70 ?
Massoud Achkar : Franchement, ce n’était pas notre travail de porter les armes. Mais quand l’armée a été sapée en 1975, et que nous, chrétiens, nous sommes sentis en danger, il a bien fallu se défendre… En 75, les Palestiniens voulaient le Liban comme patrie de substitution et une partie des Libanais a voulu jouer ce jeu en profitant des Palestiniens pour chasser les chrétiens du Liban.
En 75, ce sont les milices qui ont lutté. Ces jeunes gens, sur les photos… beaucoup sont tombés. Ce sont des résistants. S’ils n’avaient pas été là, comme tous ceux qui ont payé un prix très élevé, nous ne serions peut être pas là aujourd’hui. En tout cas, je pense qu’il faut impérativement aider l’armée aujourd’hui, pour qu’elle tienne bon. En mai, elle a fait ce qu’elle a pu. Elle n’aurait pas pu tirer sur une partie des Libanais, de toute façon.
Nous venons de passer la date du 13 octobre 90, quand les Syriens à Baabda, ont fait tomber la dernière partie libre du Liban. Ils sont entrés au Palais présidentiel de Baabda, au ministère de la Défense, et dans toutes les autres zones libres. Les Syriens ont quitté le Liban après 30 ans, à cause d’une loi, une résolution internationale, qui les y a obligés. La seule région dont ils ont été obligés de sortir par la force, c’est Achrafieh, en 78, après la guerre des 100 jours, grâce à la population civile et les combattants locaux.

Quel regard portez-vous sur l’armée libanaise après toutes ces années ?
Personnellement, plus de trente ans après tout ca, je crois en l’armée libanaise. Je faisais mon service dans l’armée en 1975. Et j’ai vu comment elle s’est désintégrée. Après ce qui s’est passé à ce moment-là, j’ai compris que l’armée, dans un pays du Moyen Orient comme le Liban, est l’institution la plus importante. C’est à mon avis en tout cas la seule capable de s’interposer entre toutes les factions.

Cela fait bien longtemps que vous ne portez plus les armes. Depuis combien de temps investissez-vous le champ politique ?
Je suis candidat maronite à Achrafieh pour les élections de 2009. Ca fait en fait environ 20 ans que je m’intéresse à la politique, et que je m’occupe du social. En fait, social et politique sont toujours mêlés au Liban. Officiellement, depuis 20 ans, je m’occupe de politique avec la société civile. Pour ce qui est de la politique elle-même, je me suis présenté aux élections législatives en 2000. Alors même qu’elles se déroulaient sous la loi 2000. Je me suis présenté par principe. Pour montrer que Hariri ne pouvait pas mobiliser tout Beyrouth, et que les Syriens ne pouvaient pas acheter tout le monde. Mes colistiers sunnites possibles ont été menacés, comme moi. En fait, j’ai décidé de marquer le coup et de me présenter seul. 85 % des chrétiens ont voté pour moi… mais je n’avais aucune chance avec cette loi-là.

En 2005, en revanche, je ne me suis pas présenté. Car, alors même que les Syriens s’étaient retirés du pays, la loi de 2000 (la loi Ghazi Kanaan) était toujours là, et on était en présence d’un quatuor Hariri, Berri, Hezbollah, Joumblatt ! Alors même qu’avait eu lieu la fameuse manifestation du 14 Mars ! Le patriarche Nasrallah Sfeir avait à l’époque dit que c’était mal que des chrétiens ne puissent élire que quinze des soixante-quatre députés. Je ne voulais plus subir cette loi 2000.

Comment considérez-vous la loi électorale mise en place suite à l’accord de Doha ?
Cette loi est loin d’être idéale, mais elle est quand même préférable à la loi 2000. A Beyrouth, on doit élire dix-neuf députés dont dix chrétiens. Avec la loi 2000, Achrafieh ne pouvait élire ses représentants. Là, elle va pouvoir élire cinq de ses dix députés. Evidemment, avec la loi de 1960, on devrait élire huit députés sur dix à Achrafieh, mais c’est quand même mieux que rien.

Vous vous présentez comme candidat indépendant mais vous envisagez de vous inscrire sur la liste formée par le Courant patriotique libre de Michel Aoun et le Taschnag. Pourquoi ?
Moi, je suis pour le changement positif, Je me présente comme candidat maronite à Achrafieh, bien sur je préfère m’allier à la liste formée par le CPL et le Taschnag.

Mais pourquoi cette liste-là ? Pourquoi pas la liste de la coalition du 14 Mars, par exemple ?
Je ne me reconnais vraiment pas dans les valeurs et les méthodes de Hariri. En fait, je pourrais dire que les slogans du 14 Mars sont les miens mais quand je vois la façon dont les choses sont exécutées sur le terrain, je ne m’y retrouve pas du tout. La manifestation éponyme de 2005 n’a été à mes yeux qu’une illusion. Quand je regarde tout ca, je me dis que décidément, tous les moyens sont bons pour arriver au pouvoir. Depuis l’arrivée au pouvoir de Rafic Hariri en 1990, nous n’avons jamais pu choisir nos députés. De même, à la municipalité de Beyrouth, les postes sont bien souvent toujours attribués à une même couleur.

Il y a aussi le fait que les chrétiens sont souvent marginalisés au niveau des postes au sein des institutions de l’Etat. Attention : je respecte les sunnites, et je n’accepterai pas qu’on touche à leurs prérogatives, mais qu’en est-il de celles des chrétiens ? 40 % de la population Beyrouthine est chrétienne. J’estime que mes droits de chrétien ne sont pas respectés. Achrafieh paye 100 % de ses taxes et ses habitants n’ont pas en retour ce a quoi ils devraient avoir droit, au niveau social comme à celui du développement urbain. Il y a beaucoup de pauvreté à Achrafieh, malgré tous les beaux immeubles que vous voyez. Beaucoup de gens n’arrivent pas à payer la scolarité de leurs enfants. Les députés de Beyrouth nous ont promis des écoles gouvernementales mais il n’y a qu’une seule école secondaire. Idem : on nous a promis l’hôpital gouvernemental pour les gens qui n’ont pas les moyens. Ici, à Karm el Zeitoun, les égouts ont 100 d’âge ! Tout ca, alors qu’on paye énormément de taxes.

C’est pour tout ca que je n’approuve pas la politique qui a été suivie. Si on regarde objectivement la réalité, on observe que lorsqu’un chrétien appartenant à des institutions arrive à la retraite, il est souvent remplacé par un sunnite. Taëf a enlevé les prérogatives du président et les a données au gouvernement présidé par un sunnite. Je me bats pour le respect des droits et des prérogatives des chrétiens, pour un équilibre entre les communautés car le Liban est un pays de partenariat.
Il faut un équilibre entre les institutions de l’état pour que personne ne se sente lésées, sinon les factions qui se sentent délaissées réagiront mal et on aura la guerre tous les dix ans. Finalement, depuis 18 ans, ce sont les chrétiens qui sont lésés.

Vous envisagez donc de vous présenter sur la liste du CPL et du Taschnag. Pourtant, vous n’êtes pas d’accord avec toutes leurs positions. Vous avez par exemple déclaré sur la OTV [la chaine du General Aoun ndlr] : « le document d’entente signé le 6 février 2005 [entre le CPL et le Hezbollah] est important. Mais les armes, quelque soit le groupe armé dont on parle, doivent être aux mains de l’armée libanaise ».
En effet, je suis très clair sur cette question, je n’approuve pas que les Palestiniens aient des armes. Et mon point de vue est le même concernant le Hezbollah et toutes autres factions armées. Je pars du principe que toutes les armes doivent être aux mains de l’armée seulement. Il ne peut y avoir qu’une seule armée dans ce pays.

Pourtant vous encouragez ce document d’entente …
Oui, je l’encourage car j’approuve tout ce qui peut rapprocher les Libanais. De même, je suis pour la réconciliation entre tous les chrétiens, et pas seulement partielle entre tel et tel leader. Selon moi, le Liban ne peut de toute façon être formé que par des ententes. Le seul point que je n’approuve pas, c’est la question des armes.

Comment envisagez-vous votre rôle de député, si vous êtes élu ?
Une fois que les chrétiens auront élu leurs députés, ils doivent avoir le droit de les sanctionner quatre ans plus tard. Etre député, c’est ainsi travailler sur le terrain, au niveau de l’urbanisme, du social etc. Pour ce qui me concerne, je me suis battu pour ma région pendant la guerre. J’ai à présent comme mission de travailler pour elle. Et si je ne suis pas élu, je devrai respecter leurs décisions.
Quand les politiques commenceront à être sanctionnés dans ce pays, les choses changeront. Ils doivent être au service du pays et des gens, qui doivent pouvoir les sanctionner. Il y a des gens qui ne connaissent pas la réalité de la pauvreté dans ce pays. Je travaille pour donner une chance à tout le monde. Moi, je sais ce qu’est la pauvreté car je suis sur le terrain. Je vais chez les gens, je rentre dans leurs maisons.

Sur quels plans souhaitez-vous travailler en particulier, sur le terrain ?
Je travaillerai sur la question des déplacés. Les déplacés de la montagne, bien sûr, pour qu’ils puissent réintégrer leurs villages et pour lesquels rien n’a encore été fait. Les déplacés de la montagne n’ont pas eu leurs droits pour revenir, il faut en finir de ce dossier une fois pour toutes.
Je me battrai aussi sur la question de ceux qui sont partis malgré eux vivre en Israël, mais aussi de ceux qui se trouvent actuellement dans les prisons syriennes et dont parfois on ne sait rien. Il y a des mères qui portent le noir encore aujourd’hui sans réellement savoir si leurs fils sont morts ou vivants.
Et puis il y a aussi la question du droit de vote de la diaspora. La diaspora doit pouvoir voter. Mais ça bloque car elle est en majorité chrétienne pour une bonne partie d’entre elle. Qui dit que cette possibilité de vote sera décidée en 2013, comme ils disent…

La santé est évidemment aussi un problème prépondérant au Liban. Nous, députés, devons travailler sur le terrain pour mettre en place l’hôpital pour tous. Au Liban, des gens mendient pour pouvoir être hospitalisés. Il en va bien entendu de même pour les médicaments, et pour la question des retraites : certains vieillards font les poubelles la nuit pour trouver de quoi manger ! Je vous ai déjà parlé du droit à l’éducation pour tous. Et de l’urbanisme. Les industries se trouvent souvent dans les régions résidentielles. Les déchets sont enterrés, les eaux sont polluées… Le ministère de l’environnement est essentiel, il devrait être le plus important au Liban à l’avenir. La question de l’eau, d’ailleurs, est absolument primordiale pour l’avenir du pays et de la région !

Comment ca ?
Tous les pays de la région ont besoin d’eau (Syrie, Israël, Jordanie…). Nous, nous en avons, et elle nous est volée par nos voisins, la Syrie et Israël. Nous avons de l’eau et nous la gérons mal, vous rendez-vous compte de la gravité de cette situation ? Je suis convaincu que la guerre de demain (espérons que non…) sera celle de l’eau.

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