Mouvement pour le Liban

Représentant le Courant Patriotique Libre en Belgique

Liban/Israël : Hassan Nasrallah sort renforcé

Posted by jeunempl sur juillet 16, 2008

(RFI – Paul Khalifeh)

L’échange de détenus et de dépouilles entre Israël et le Hezbollah renforce le crédit et l’image du secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, qui apparaît aux yeux des Libanais et des Arabes comme un leader tenant toujours ses promesses. Les cérémonies organisées à l’occasion de cet événement ont donné lieu à une manifestation d’unité nationale comme le Liban n’en n’avait plus connue depuis 2005, date de l’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri.

Au terme de deux ans de négociations indirectes ardues et d’un laborieux processus qui a duré près de huit heures mercredi, le Hezbollah et Israël ont procédé à un échange de détenus et de dépouilles, clôturant ainsi un des principaux dossiers litigieux entre le Liban et l’Etat hébreu.

Le Hezbollah a remis à Israël, par l’intermédiaire du CICR, deux cercueils noirs contenant les corps des soldats Ehud Goldwasser et Eldad Regev, capturés lors d’une attaque du Hezbollah contre une patrouille israélienne, le 12 juillet 2006. Cette embuscade avait provoqué une guerre de 33 jours qui a fait, côté libanais 1 200 morts et 4 000 blessés, en majorité des civils, et 160 morts israéliens, des militaires pour la plupart. Le sort des deux militaires israéliens était resté incertain jusqu’à la dernière minute. Israël a pour sa part libéré cinq détenus libanais, quatre combattants du Hezbollah capturés pendant la guerre de 2006, et Samir Kantar, un militant libanais pro-palestinien emprisonné depuis trente ans. De confession druze, le doyen des détenus libanais en Israël était condamné à 542 ans de prison pour le meurtre de trois israéliens, dont une petite fille, en avril 1979. L’Etat hébreu s’est également engagé à restituer les corps de 199 combattants anti-israéliens. Il s’agit de membres du Hezbollah mais aussi des militants palestiniens et d’autres ressortissants arabes tués ces trente dernières années. Le Hezbollah a enfin remis aux autorités israéliennes un rapport comportant des informations sur le sort du navigateur Ron Arad, dont l’avion avait été abattu au Liban en 1985. En contrepartie, l’Etat hébreu a livré les informations qui sont en sa possession sur quatre diplomates iraniens disparus au Liban lors de l’invasion israélienne, en 1982.

En Israël, l’échange a été accueilli avec tristesse. Mais au Liban, l’« opération al-Radouane », baptisée ainsi en l’honneur de Hadj Radouane, ou Imad Moughnieh, le chef militaire du Hezbollah assassiné à Damas en février, a donné lieu à de gigantesques festivités qui s’étaleront sur plusieurs jours. « La liberté offerte par Nasrallah », indiquent les banderoles le long des routes du sud et de la banlieue-sud de Beyrouth, le fief du Hezbollah. « Israël pleure de douleur, le Liban pleure de joie », peut-on encore lire sur un immense poster, non loin de la frontière avec Israël.

Huit heures d’attente

La première phase de l’échange s’est déroulée, mercredi à 9h40, avec quarante minutes de retard dans la localité de Naqoura, à la frontière avec Israël. Le Hezbollah a remis les corps des deux soldats israéliens aux délégués du CICR, qui ont procédé à des tests ADN pour vérifier leur identité. Les dépouilles ont ensuite été transportées en Israël. Trois heures plus tard, les Israéliens ont remis les corps de 12 militants : 8 combattants du Hezbollah tués lors de la guerre de 2006 et quatre militants libanais et palestiniens, morts en 1980. Les 187 autres corps seront restitués au fur et à mesure dans les jours qui viennent.

Ce n’est que vers 17h20 que les cinq détenus ont été libérés par les Israéliens. Samir Kantar et ses camarades, qui semblaient en bonne santé, ont été accueillis du côté libanais de la frontière par des responsables du Hezbollah et des officiers de l’armée libanaise. Plus d’une heure après, ils réapparaissent en uniforme militaire du Hezbollah et défilent sur un tapis rouge déroulé sur une route. Salués par une foule enthousiaste qui brandissait des drapeaux du Hezbollah, du Liban et des portraits d’Hassan Nasrallah, les cinq ex-prisonniers s’installent à une tribune où le chef du bureau politique du parti, cheikh Ibrahim Amine el-Sayyed, prononce un discours de bienvenue.

Toute la République est là

Les cinq détenus fraîchement libérés ont ensuite été transportés à bord d’un hélicoptère militaire à l’aéroport international de Beyrouth où une autre cérémonie, officielle celle-ci, les attendait. Toute la République avait fait le déplacement. Le président Michel Sleimane, le Premier ministre Fouad Siniora, le chef du Parlement Nabih Berri, des ministres, des députés et des responsables de partis politiques de la coalition pro-occidentale du 14-mars et de l’opposition, qui siègent aujourd’hui au sein d’un même gouvernement, sont là. Les cinq militants ont eu droit à tous les honneurs : fanfare de la Garde républicaine, distinction officielle et discours. Le président Sleimane a rendu un vibrant hommage à « la Résistance pour cette grande victoire ». Il a réaffirmé le « droit inaliénable du Liban à récupérer les fermes de Chebaa et les collines de Kfarchouba », une terre de 42 kilomètres carrés occupée par Israël. Le discours du chef de l’Etat redonne une légitimité au droit du Hezbollah à utiliser la force armée pour libérer le territoire, une option qui a divisé profondément les Libanais ces trois dernières années.

Mais le point d’orgue de la journée reste le meeting populaire organisé dans la banlieue sud de Beyrouth par le Hezbollah. Hassan Nasrallah a prononcé un discours qui a fait vibrer les dizaines de milliers de personnes, rassemblées dans un grand stade où le parti organise toutes ses manifestations politiques.

Le convoi qui transportait les cinq anciens détenus a eu du mal à se frayer un chemin à travers la foule compacte qui se pressait sur la route séparant l’aéroport du lieu du meeting. Il a fallu plus de deux heures pour parcourir trois kilomètres. Tout au long du trajet, Samir Kantar, accueilli en véritable héros, a serré des milliers de mains, dont celles de personnes qui n’étaient parfois pas encore nées lors de sa capture, il y a 30 ans.

Un « chef remarquable »

Dès l’apparition d’Hassan Nasrallah sur la tribune, la foule, surprise, est comme prise d’un délire collectif. Elle scande son nom, hurle des slogans à sa gloire, crie sa fidélité, et le chef du Hezbollah devra patienter de longues minutes avant de pouvoir prendre la parole. Il salue la foule, embrasse les ex-détenus et se retire pour prononcer son discours retransmis sur écran géant d’un lieu secret.

Mais avant lui, c’est Samir Kantar qui prend la parole. « Je ne viens d’être libéré de Palestine que pour y retourner avec les moujahidine », lance-t-il à la foule qui l’applaudit longuement. Il remercie longuement Hassan Nasrallah qu’il qualifie de « chef remarquable » et assure que « la Résistance ne pourra jamais être vaincue ».

Hassan Nasrallah, lui, plaide pour la « Résistance » sans laquelle les détenus ne seraient « jamais revenus chez eux ». Il réaffirme la nécessité pour le Liban de ne pas abandonner ses points forts et a assuré que son parti était prêt à défendre le Liban contre toute attaque israélienne. Selon lui, Israël a été contraint d’accepter l’échange car il était incapable de récupérer ses soldats et craignait que le Hezbollah n’en capture de nouveaux.

De l’avis des analystes libanais et de la presse israélienne, cet échange constitue une grande victoire pour le Hezbollah et plus particulièrement pour son secrétaire général. Les médias du Parti de Dieu passent d’ailleurs en boucle les différents discours de Hassan Nasrallah promettant la libération des détenus libanais en Israël. « Même si l’univers tout entier se liguait contre le Hezbollah, les deux soldats israéliens ne rentreraient chez eux que dans le cadre d’un échange organisé à l’issue de négociations indirectes », avait-il dit quelques heures après la capture de Ehud Goldwasser et d’Eldad Regev. Deux ans plus tard, les faits lui donnent raison.

Ce nouveau succès de Hassan Nasrallah renforce aussi sa position sur l’échiquier interne libanais. Ceux qui, il y a quelques semaines à peine, l’accusaient de n’être qu’un « instrument aux mains des Iraniens », se bousculaient ce mercredi pour saluer le retour des ex-détenus. Le chef druze Walid Joumblatt, qui était il y a moins de deux mois le plus violent pourfendeur du Hezbollah, a rendu hommage à la « nouvelle victoire contre Israël qui ne comprend que le langage de la force ». Il a appelé ses partisans à participer en grand nombre aux cérémonies marquant le retour des anciens prisonniers.

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