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Liban : paix et cannabis

Posted by jeunempl sur juin 10, 2008

(Le Monde – Patrice Claude)

Cannabis - Champs au LibanAussi fragile semble-t-elle, la paix civile qui s’installe entre les différentes factions du Liban ne fait « pas du tout » l’affaire d’Ali Hassan. « Si l’armée n’est pas occupée à maintenir l’ordre dans les différentes régions du pays, se désole l’agriculteur, elle va revenir dans la vallée détruire nos récoltes. » Mains puissantes et bonne bouille ronde de paysan craquelée par le soleil, Ali Hassan, propriétaire de plusieurs dizaines d’hectares de bonnes terres fertiles au pied du Mont-Liban, cultive des tomates, de l’orge et des pommes de terre. Pour ces cultures-là, rien à craindre des soldats évidemment.

L’inquiétude d’Ali concerne le petit champ d’un hectare de cannabis qu’il a planté en mars et qui commence, sous nos yeux, à donner de jolies petites feuilles fines et dentelées.

Sagement alignés en rang d’oignons, à 30 cm les uns des autres, les milliers de plants de chanvre indien, dont seront tirés la marijuana – feuilles et fleurs – et, après traitement des feuilles et de la résine, le haschich massivement consommé au Liban comme en Occident, atteignent déjà, en cette fin mai, 25 cm de hauteur. Vers la mi-août, si l’armée n’est pas venue, « en juillet généralement », éradiquer tout cela à grands coups de bulldozers, les plants atteindront près de 2 m de haut et seront mûrs pour la récolte. Agé de 44 ans, père de huit enfants et pas précisément riche, Ali Hassan, comme beaucoup de ses amis paysans alentour, est un amateur en la matière.

Un hectare par-ci, un autre par-là. Rien d’industriel. « L’an dernier, dit-il, j’ai récolté 15 kg de « H ». A 700 dollars le kilo vendu (450 euros), cela m’a rapporté plus que tous mes hectares de patates ! Et cela m’a demandé moins d’eau, pas de fertilisants et moins de main-d’oeuvre… » Au loin, juste avant le rideau de peupliers qui bordent les champs, on aperçoit une dizaine de femmes en vêtements et voiles colorés qui s’entassent en riant dans une charrette tirée par un tracteur. « Des Syriennes, explique Ali. Elles viennent chaque saison se faire embaucher à la journée dans nos cultures avant de rentrer chez elles. » En principe, elles ne s’occupent que des cultures légales…

A quand remonte la culture de Cannabis sativa dans la grande vallée de la Bekaa ? « On n’en sait rien, dit Issam Abou Maryam, à des milliers d’années probablement. Les Phéniciens étaient déjà consommateurs il y a trois mille ans. » Jeans de marque et chemise de lin, Issam, lui, est un « professionnel » qui a ses « contacts et ses acheteurs » à l’étranger, « des amis » en haut lieu et plusieurs dizaines d’hommes en armes, pistoleros rémunérés de sa tribu, pour protéger ses cultures.

« Cette année, nous dit-il, enfoncé, verre de whisky en main, dans un profond fauteuil de cuir de son immense salon de réception à Baalbek, je n’ai rien planté. D’abord parce que je pensais qu’un accord politique pouvait intervenir entre les partis corrompus de Beyrouth – ce qui risquait de « libérer » les soldats pour… d’autres tâches – ; ensuite parce que le coût du fioul nécessaire à nos pompes à eau pour arroser les champs tous les quinze jours environ a décuplé ; enfin parce que les deux récoltes de 2007 ont été tellement abondantes que les prix s’effondrent. Il me reste quelques quintaux à écouler, mais à 400 dollars le kilo, je ne vends pas, j’attends que les cours remontent. »

Durant la guerre civile qui ravagea le Liban entre 1975 et 1990, l’industrie libanaise du haschich et de l’opium, qui s’étalait sur près d’un tiers des surfaces arables de la Bekaa – un quart du pays pour environ 250 000 habitants -, représentait un chiffre d’affaires d’environ 500 millions de dollars (322 millions d’euros) par an, selon les Nations unies. Le profit, pour les paysans du cru, tournait autour de 80 millions de dollars l’an. Environ 25 000 familles dépendaient directement des récoltes de cannabis pour vivre. « Nous étions prospères à l’époque, se souvient Ali Hassan. J’avais deux voitures. A présent, il ne me reste que cette vieille camionnette japonaise pourrie que vous voyez là. » Les promesses d’aide financière de l’Etat dans une région qui figure, avec le Liban sud, parmi les plus pauvres du pays, et les programmes de substitution mis en place à partir de 1991 par les Nations unies pour dissuader la culture du H ont d’abord eu un certain succès.

En 1994, harcelés par les soldats de Syrie qui occupaient le pays et dont le gouvernement recherchait alors les bonnes grâces de l’Occident en brûlant les champs de cannabis et d’opium, les paysans, dont beaucoup furent arrêtés et jetés en prison, cessèrent leurs activités illégales. Durant dix ans, à peu près, seuls les plus téméraires osaient encore planter de petites surfaces sur les hauteurs difficiles d’accès de la chaîne du Mont-Liban. Là où se trouvent aujourd’hui les cultures de pavot dont on tire l’héroïne, une drogue « dure » celle-là, dont l’ampleur de la production locale n’a rien à voir avec les quantités phénoménales d’Afghanistan mais qui rapporte d’autant plus que certains laboratoires de transformation clandestins ont été implantés localement.

Et puis les promesses de soutien aux petits agriculteurs se sont vite évaporées, le programme onusien a cessé en 1999, l’armée syrienne a quitté le pays en 2005. Les cultures clandestines avaient repris dès avant leur départ. En mai 2005, près de 4 tonnes de haschich furent saisies dans toute la Bekaa. « N’empêche, se souvient Issam, cette année-là, le prix du kilo a atteint 1 200 dollars ! Pratiquement trois fois plus qu’une même surface de patates qui, elles, ont besoin d’engrais et de pesticides qui coûtent cher. J’ai replanté en 2006, mais, juste après la guerre de juillet entre Israël et le Hezbollah, l’armée libanaise est revenue. Les soldats ont détruit mes 2 000 dunams de plantations (un dunam égale 916 m2). Je ne suis pas allé en prison parce que j’ai payé un bakchich de 5 000 dollars à qui il fallait. Mais j’ai perdu les 32 000 dollars que j’avais investis dans les graines, l’eau et la main-d’oeuvre. »

Théoriquement, les planteurs, comme les trafiquants locaux, qui achètent les récoltes, risquent cinq ans de prison et de lourdes amendes. Les plus gros, les mieux organisés, se débrouillent toujours pour échapper au cachot. Les plus petits essaient de s’organiser. « Nous nous battons pour obtenir la légalisation de nos cultures », confie Hadj Jaafar Hussein, un cousin prospère d’Issam, en costume cravate. « Nous avons constitué un discret lobby avec quelques-uns de nos élus », ajoute ce voyageur d’une soixantaine d’années qui se dit souvent entre deux avions. Les militants du Hezbollah, le « parti de Dieu » qui domine cette région de confession largement chiite, ne soutiennent pas ce groupe de pression. « Pour eux, dit Hadj Jaafar qui les déteste, le H c’est « haram », interdit ! Ils ne nous ennuient pas. J’en connais même qui consomment en douce. Mais il n’y a rien à faire pour obtenir leur aide. Ces types sont des obscurantistes patentés ! »

Au total, bien que la consommation soit légale aux Pays-Bas et tolérée dans d’autres pays comme l’Espagne, la Suisse, l’Italie, le Royaume-Uni et quelques Etats américains, la cause de la légalisation des cultures de la Bekaa ne paraît guère avancer. Ce qui n’empêche ni la consommation locale d’augmenter régulièrement selon la police, ni l’extension des plantations, pratiquement au vu et au su de tout le monde. Dans le champ d’Ali Hassan, inondé de soleil au bord d’une route goudronnée, peu fréquentée mais accessible dans le nord de la grande vallée, on discute âprement entre agriculteurs de ce qui risque de se produire si l’armée s’avise de revenir. « Moi, dit Ahmed, un jeune trentenaire au sang chaud avec une casquette de base-ball sur le chef et un fusil d’assaut sous le siège de sa camionnette, je ne les laisserai pas faire. On doit se battre ! » Ali Hassan sourit d’un air gêné. Tous les planteurs ne sont pas entrés sur le sentier de la guerre. Mais l’Etat libanais, si l’on en juge par l’état des routes défoncées, la fourniture très sporadique d’électricité, l’absence de tout-à-l’égout et de services publics dans la plupart des villages, est largement absent de la région. Et donc très peu respecté.

Lors des interventions militaires de 2006, plusieurs escouades en uniforme avaient dû se retirer de certaines localités après avoir essuyé des rafales de mitraillettes et même quelques obus de mortier qui n’avaient tué personne mais beaucoup impressionné les soldats. Il y a quelques semaines, Adel Machmouchi, le chef de la brigade antistupéfiants de la police du Liban, reconnaissait devant une journaliste du quotidien arabe Al-Hayat que son travail n’était pas toujours simple. « Nous avions prévu une campagne d’éradication avant l’été mais la sécurité de nos agents ne pouvait pas être assurée, lui déclarait-il, l’armée était accaparée ailleurs. Et puis les propriétaires des tracteurs et des bulldozers que nous louons dans la région pour procéder à l’arrachage se sont tous décommandés comme par enchantement après avoir reçu des menaces de la part des planteurs. Mais le gouvernement reste déterminé à agir. »

Avant notre départ, dans la petite ferme d’Ali Hassan, du côté du Djabal el-Mekmel, on priait Allah très fort pour que la normalisation libanaise ne s’établisse pas trop vite. « Pas avant les récoltes, s’il vous plaît mon Dieu… »

Une Réponse to “Liban : paix et cannabis”

  1. ysengrimus said

    Ah, le cannabis. Il y a du pour et du contre…

    http://ysengrimus.wordpress.com/2008/11/15/le-cannabis-est-encombrant-salissant-irritant-et-incroyablement-narcotique/

    Pas le pour et pas le contre que vous pensez…

    Paul Laurendeau

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