Mouvement pour le Liban

Représentant le Courant Patriotique Libre en Belgique

Les étudiants occidentaux vont au-delà des attentes libanaises

Posted by jeunempl sur juin 3, 2008

(CGNEWS – eMarrakech – Nathalie Nahas)

Beyrouth - Centre villeMalgré les troubles politiques et économiques que traverse le Liban depuis de nombreuses années – et qui ont débouché sur la violence quelques semaines avant l’accord de Doha – j’ai noté dernièrement que le nombre d’étudiants étrangers sur le campus de l’Université américaine de Beyrouth (American University of Beirut) a augmenté. Il suffit tout simplement d’assister à un cours d’études sur le Moyen-Orient pour voir la diversité des nationalités, y compris des étudiants venant des Etats-Unis et de différents pays européens.

Outre leur intérêt évident d’approfondir leurs connaissances sur la culture moyen-orientale en faisant un séjour d’études dans le pays, la plupart des étudiants étrangers se sont très facilement adaptés au mode de vie beyrouthin, et l’ont adopté.

Je dois reconnaître que j’étais étonnée que l’on puisse choisir de venir vivre à Beyrouth, étant donné que le pays semble être toujours en situation de conflit, et aussi du fait que certaines des meilleures universités au monde se trouvent en Europe et aux Etats-Unis. Or quand j’ai demandé aux étudiants ce qui les attirait tant au Liban, j’ai reçu invariablement la même et plutôt simple réponse.

Kevin décrit son histoire de manière succincte : « Je suis venu ici en 2006 pour un court séjour et j’ai adoré cet endroit. C’est tellement vivant. Dès que j’ai terminé ma licence universitaire aux Etats-Unis, j’ai décidé de retourner à Beyrouth, j’ai fait une demande d’admission à l’UAB pour faire un Master, j’ai été accepté et j’ai déménagé. »

La plupart des étudiants étrangers habitent près de l’université dans le quartier de Hamra et s’habituent au rythme de la ville dès les premiers mois de leur arrivée. Ce qui est étonnant c’est qu’ils n’ont pas besoin d’aide pour s’y retrouver et connaissent des endroits que nous autres Libanais ne connaissons même pas.

Francis, un autre étudiant m’a dit qu’il était devenu l’habitué d’un pub du quartier et que le propriétaire s’en remettait désormais à lui pour être au courant des dernières tendances musicales. Sarah, autre étudiante, m’a dit qu’elle connaissait toutes les plages de la côte libanaise sauf celles du sud qu’elle a hâte de découvrir cet été.

Beaucoup de ces étudiants s’inscrivent à des cours d’arabe classique, et certains parviennent à le parler très couramment. Ils développent un accent vraiment adorable pendant l’apprentissage et saluent leurs camarades d’un chaleureux « marhaba ». Parfois, je me suis même retrouvée dans la situation saugrenue où je dois leur demander de l’aide sur des termes techniques – alors que comme tous mes compatriotes, je parle le dialecte libanais depuis toujours et que l’enseignement qui nous est donné à l’école est en arabe classique.

Quand on demande aux étudiants s’ils se sont fait des amis ici, ils soulignent à quel point cela a été facile, à quel point la vie sociale y est trépidante et enfin à quel point les gens sont gentils et accueillants. « Les gens sont très aimables ici », dit Dan, « dès qu’ils apprennent que je viens de New York, ils veulent faire ma connaissance. »

La plupart de ces gens reconnaissent avoir eu des préjugés à leur arrivée dans le pays, mais qu’ils ont rapidement eu la preuve qu’ils faisaient fausse route. Comme James me le dit en plaisantant, « Les Arabes ne sont pas fous; c’était juste le fruit de mon imagination! »

D’autres disent qu’ils savaient avant d’y habiter que le Liban n’était pas un endroit radicalement différent de ce qu’ils considèrent comme « chez eux », mais qu’en revanche les amis et les proches leur avait fortement déconseillé d’y aller. « Je suis content d’être venu, dit Dan. Maintenant, je sais qu’il ne faut pas croire aveuglément ce qu’on nous raconte ».

En regardant l’affaire d’un point de vue individuel, on croirait à une histoire de cultures différentes vivant ensemble, apprenant les uns des autres, et s’acceptant mutuellement. Mais si l’on considère la question sur le plan international, c’est toute une autre histoire. Les nouvelles du soir donnent un aperçu des débats et des conflits continuels entre les Etats-Unis et le Moyen-Orient, sans parler du ballet diplomatique incessant et de l’agitation constante qui vient du fait que l’on se focalise sur les différences plutôt que sur les points sur lesquels on s’entend.

Le fait que ces deux histoires sont si différentes, à mon avis, donne à réfléchir.

Je me demande pourquoi il m’est difficile de croire que des étudiants étrangers viennent ici de leur propre chef et s’adaptent si rapidement. Pourquoi suis-je étonnée d’apprendre qu’ils connaissent des endroits dans mon propre pays dont j’ignorais l’existence, ou qu’ils sachent parler l’arabe aussi bien que moi?

Il me semble qu’il y a une tendance des deux côtés à considérer « l’autre » comme étant très dissemblable, si différent culturellement que les différences sont impossibles à surmonter. Pourtant, en y regardant de plus près, « sur le terrain », on s’aperçoit que l’Occident et l’Orient s’entendent en fait très bien.

Je ne prône rien du tout par là, si ce n’est qu’il faudrait réserver son jugement jusqu’à ce qu’on connaisse « l’autre ». Souvent, on découvrira que les autres ne sont pas si différents en fin de compte. Pour reprendre l’idée du philosophe Maurice Merleau-Ponty, comment pouvons-nous comprendre quelqu’un d’autre sans le sacrifier à notre logique ou celle-ci à lui ?

Mon argumentation, j’en suis consciente, est peut-être un peu naïve, car je sais bien que ce n’est pas juste l’amour qui fait marcher le monde et qu’il faut compter avec les puissances internationales, les politiques des nations et des choses de la sorte, des choses pour lesquelles je ne suis pas experte. Mais dans une crise comme celle-ci, c’est une bouffée d’air frais que de voir que l’Occident et l’Orient s’entendent bien – du moins à l’UAB.

*Nathalie Nahas est une étudiante de troisième cycle qui se spécialise en anthropologie à l’Université américaine de Beyrouth.

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