Mouvement pour le Liban

Représentant le Courant Patriotique Libre en Belgique

«Il faut un Premier ministre consensuel pour le Liban»

Posted by jeunempl sur mai 22, 2008

Alors qu’un accord de sortie de crise vient d’être signé au Qatar, George Corm, ancien ministre des Finances libanais, répond à nos questions sur la situation au Liban.

(Paris Match – Maxime Guillon)

Paris Match : C’est le grand retour de l’opposition au sein du gouvernement (11 ministères pour l’opposition sur 30). Est-ce une avancée pour le processus d’unification?

George Corm : La grande avancée qui rétablit la pratique du fonctionnement consensuel du système de démocratie libanaise et le respect de la constitution est l’attribution d’un nombre de sièges suffisant à l’opposition pour avoir la minorité qualifiée requise (un tiers des voix). Cela empêche, en conseil des ministres, la prise de décisions jugées nocives pour l’intérêt général sur les questions essentielles. Ces questions sont clairement définies dans l’article 65 (paragraphe 5) de la Constitution (déclaration de l’état d’urgence, la paix et la guerre, la mobilisation générale, les traités internationaux, le budget de l’Etat, les plans de développement, etc …).

Faut-il attendre de voir quels ministères seront attribués à l’opposition pour être certain du succès de Doha?

Il reste à voir qui sera Premier ministre, et s’il émanera du parti de Hariri, si sa pratique sera du même style que celui de M. Siniora qui est largement responsable de la crise qui a sévi depuis novembre 2006.
La répartition des portefeuilles ministériels dits de souveraineté (Affaires étrangères, Défense, Intérieur, Justice) sera sûrement l’objet de marchandages difficiles.
Qu’est-ce qui garantit que nous ne connaîtrons pas une nouvelle démission des futurs ministres? (Dans l’accord de Doha, toutes les parties se sont engagées à ne pas démissionner du gouvernement.)
Le droit de démissionner d’une fonction politique, ou même administrative ou militaire, est un élément essentiel du fonctionnement de toute démocratie. On ne peut obliger un responsable politique à continuer de cautionner une politique sur laquelle il est en désaccord. Je trouve donc cette clause aberrante. Mais cela est une concession faite à la majorité.

Dans l’accord de Doha, l’utilisation des armes est interdite, mais on ne parle pas de désarmement des milices. Pour vous est-ce une concession nécessaire au bon fonctionnement du Liban?

Oui. Le gouvernement et ses alliés de la majorité n’ont pas obtenu satisfaction sur cette question qui a mis le feu aux poudres en ce qui concerne les armes du Hezbollah. Il faut toujours se rappeler que le Hezbollah est un mouvement de résistance et non une milice aux yeux d’un très grand nombre de Libanais. Mais cela permet aussi à certains des partis de la majorité qui ont constitué des milices privées de ne pas les démanteler. Toutefois, la démonstration a été faite que ces dernières ne faisaient pas le poids en cas d’un nouvel affrontement. Il faut espérer qu’il n’y aura pas de course aux armements et surtout que l’infiltration d’islamistes sunnites sera arrêtée, car le gouvernement au cours des deux dernières années a fermé les yeux et même encouragé ce phénomène pour embarrasser le Hezbollah chiite.

C’est un texte de compromis. Tout accord à ses détracteurs. Quel groupe selon vous, pourrait se sentir lésé par ce texte?

Ce compromis va faire réfléchir beaucoup des Libanais qui soutenaient la position de la majorité inspirée par les positions des gouvernements occidentaux et des gouvernements arabes alliés. Pourquoi, M. Siniora n’a pas accepté plus tôt ce compromis réclamé avec insistances et à travers de nombreuses manifestations et sit-in depuis novembre 2006 par l’opposition ? Il aurait évité au pays ces 18 mois de tourments et de crise. Du côté des Libanais soutenant l’opposition et qui souhaitaient, depuis novembre 2006, une action plus radicale du Hezbollah et des partis alliés pour mettre fin sans tarder à la crise, une autre leçon sera tirée, c’est celle de la patience et de la modération (y compris dans les opérations menées par le Hezbollah les 7 et 8 mai avec un emploi au minimum de la force et la remise immédiate à l’armée des positions). Cette patience et le refus de prendre le risque d’un embrasement par le Hezbollah et ses alliés ont finalement permis une issue positive qui rétablit le fonctionnement normal des institutions.

Quelle a été l’importance du rôle du Qatar?

Ce qui est surprenant, bien sûr, c’est le fait que le petit émirat de Qatar ait réussi le tour de force de mettre d’accord les protagonistes sans que les Etats-Unis et l’Arabie saoudite, qui avaient fait des déclarations très négatives sur cette tentative, ne s’opposent ouvertement au résultat obtenu. La France elle semble même être satisfaite du résultat du sommet. C’est bon signe. Il faut dire que le Qatar depuis 2006 a montré beaucoup de sollicitude envers le Liban sur lequel il n’a pas de visée hégémonique, contrairement à l’Arabie saoudite.

Michel Sleimane semble faire l’unanimité pour la présidence. Peut-il être l’homme de la réconciliation nationale, l’homme de l’unité nationale? N’est-il pas trop conciliant à l’égard du Hezbollah?

Dans un tel contexte, ce qu’il faut au Liban, aujourd’hui, c’est un Premier ministre consensuel et non pas un homme partisan qui a tant d’appuis extérieurs d’une seule couleur politique.
Il faut aussi un président de la République qui soit neutre, mais en définitive, de par ses pouvoirs constitutionnels, c’est le premier ministre qui a la haute main sur la conduite de la politique du pays. Aussi, un président de la République, si compétent et dévoué soit-il, n’a pas les pouvoirs pour arbitrer et trancher des conflits, où l’imbrication des facteurs internes et externes est si forte.
Pour ce qui est du général Michel Sleimane et de l’armée libanaise, ils ont agi très sagement dans cette dernière crise, en conservant la neutralité de l’armée dans le conflit interne. C’est une tradition de l’armée libanaise pour sauvegarder son unité, elle-même garante de celle du pays. L’armée éclaterait si elle venait à faire le coup de feu contre l’une ou l’autre des factions libanaises opposées. Sa force est symbolique, de nature morale, plus que militaire et elle en est bien consciente. Ceci dit, lorsqu’il a fallu éradiquer la «peste» islamiste qu’était le Fath El Islam dans le camp de Nahr el Bared au nord du Liban, elle a fait son devoir avec des moyens militaires plus que modestes et elle a payé cher en termes de vies humaines.

Georges Corm est un ancien ministre des Finances du Liban (1998-2000), professeur d’université et consultant économique. Il est l’auteur de divers ouvrages sur l’histoire du Liban et du Moyen-Orient dont, Le Liban contemporain. Histoire et société (La Découverte, 2005), Le Proche-Orient éclaté (Folio/histoire, 2007) et Histoire du Moyen-Orient. De l’Antiquité à nos jours (La Découverte 2008).

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