Mouvement pour le Liban

Représentant le Courant Patriotique Libre en Belgique

Lettre ouverte à mon compatriote « loyaliste »

Posted by jeunempl sur mai 18, 2008

(Tayyar.org – Marc Sassine)

À cœur ouvert …

PaixCher compatriote,

Il est normal qu’une telle situation de crise inquiète, laisse perplexe et crée des tensions …

Il est normal que les Libanais, qui ont vécu les horreurs de la guerre, n’aient nullement envie de revivre ses épisodes tragiques et qu’ils refusent d’entendre, de nouveau, le bruit du canon et de voir réapparaître des armes entre les mains de miliciens hirsutes …

Il est normal que chacun de nous mette ses espoirs en un pays bien portant, prospère, vivant en paix, où l’harmonie règne entre ses fils, où la loi prévaut, où l’égalité des chances est assurée, où la corruption est combattue, où l’armée, seule, défend le territoire, où l’État s’impose dans toute sa splendeur et toutes ses institutions …

Il est normal de croire profondément en ce « Liban-Message », si cher à Jean Paul II …

Il est normal de se battre, de toutes ses forces, pour un Liban libre, indépendant et souverain étendu sur ses 10.452 Km², respecté par toutes les nations et offrant au monde civilisé toute sa vitalité, toute son intelligence et tout son charisme, tirés de sa particularité et de sa diversité.

C’est tout à fait normal … et nous n’avons, ni toi, ni moi, aucun mérite à le penser.

C’est pour ce Liban-là, auquel je rêve, comme toi, cher compatriote, que je me bats, de toutes mes forces. C’est pour ce Liban-là aussi que l’homme que tu insultes au quotidien depuis le jour de son retour au pays se bat.

Pour ta gouverne, j’aimerais que tu saches qu’aucun jour je ne me suis placé derrière lui et que, chaque jour, je me sens de plus en plus à ses côtés dans ce combat. Parce que je sais, pour l’avoir vu à l’œuvre et pour avoir suivi son parcours, que son principal souci, et sa seule ambition, est le sauvetage de notre pays pour que toi et moi puissions enfin y vivre la tête haute, fiers et prospères.

Cependant, permets-moi de relever dans ton discours ce que je n’ai pas compris et ce qui m’a fait mal :

* Le 14 mars 2005 m’appartient aussi bien qu’à toi, peut-être encore un peu plus, parce qu’il a été le couronnement de mes 17 ans de lutte acharnée, alors que ceux-là mêmes qui se le sont approprié aujourd’hui ont collaboré avec l’occupant et m’ont persécuté, battu et jeté en prison. Pour moi, le 14 mars n’est pas du tout un simple slogan !

* Dès le retour du Général, le 7 mai 2005 (sacrée date : ironie du sort ou clin d’œil de l’Histoire ?), tes leaders, craignant de le voir occuper toute la place, se sont acharnés contre lui, certains ouvertement et d’autres plus sournoisement, alors que son souhait le plus cher était, et demeure, d’aider au rassemblement de tous les Libanais, tous sans exception.

N’a-t-il pas, dès son arrivée, fleuri la tombe de feu Rafic Hariri dont, soit dit en passant, aucun membre de la famille n’a jugé utile de faire le déplacement pour l’y accueillir ?

N’a-t-il pas, sans tarder, visité Samir Geagea dans sa prison ?

* À propos de rassemblement, parlons un peu du « Document d’entente » avec le Hezbollah.

L’as-tu lu avant de le traiter de produit syro-iranien (à propos, es-tu vraiment sérieux quand tu traites Michel Aoun d’agent à la solde de ces deux pays … Non mais, franchement ?) ?

En as-tu compris les avantages et les acquis pour l’ensemble du pays ? As-tu seulement relevé les points positifs qu’il véhicule ?

Sais-tu que le CPL œuvrait à généraliser l’entente à toutes les composantes du tissu libanais, sur le papier et … sur l’honneur ?

Au nom de quoi, et de quels indices palpables, as-tu prétendu que le Général se faisait manipuler par le Hezbollah et qu’il servait de couverture chrétienne au prétendu projet islamique de ce parti ?

* As-tu observé l’orchestration minutieuse de la campagne menée par tes leaders et leurs médias qui se sont relayés, minute par minute, et sans répit, depuis plus de deux ans, pour détruire l’image du Général Aoun, à n’importe quel prix ?

N’as-tu pas pensé, un seul instant, qu’en ce faisant, ils offensaient aussi un nombre incalculable de tes concitoyens ? Le proverbe ne dit-il pas « Calomniez, calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose » ?

Reviens à tes archives et dis-moi, s’il te plaît, si tu acceptes que l’on te traite de la même manière.

Pour comble, cerise sur le gâteau, ils le qualifient de nerveux, d’incontrôlable, de spontané… Ne sont-ce pas souvent les qualités d’un homme authentique qui est offusqué par le faux et la provocation ? Au moins, il dit ce qu’il fait et fait ce qu’il dit. De plus, il a le mérite de dire tout haut ce qu’il pense tout bas, sans détours hypocrites, peut-être des fois sans ménager certaines susceptibilités.

Ils l’accusent aussi d’être assoiffé de pouvoir et de vouloir, à n’importe quel prix, accéder à la magistrature suprême.

Dis-moi, n’est-il pas un citoyen comme un autre, jouissant de tous ses droits ?

Dis-moi, les « chrétiens » (je suis profondément désolé d’utiliser cet argument parce que je crois en la laïcité politique) ne l’ont-il pas plébiscité, et le patriarche maronite n’a-t-il pas déclaré, après les élections de 2005, que « les chrétiens avaient désormais un leader » ?

Si tu crois vraiment qu’il a perdu tout son crédit, pourquoi refuses-tu alors des élections anticipées ?

Pourquoi n’accélères-tu pas le processus d’entente sur une nouvelle loi électorale ?

Pourquoi ne fais-tu pas pression pour que le Conseil Constitutionnel ressuscite et qu’il puisse enfin jouer son rôle, à l’instar de toutes les nations qui se respectent ?

Pourquoi participes-tu, peut-être sans le vouloir ou sans le savoir, à la désinformation ? Pourquoi ?

* Venons-en aux événements de ces derniers jours. Essaie de te mettre, un petit instant dans la peau d’un membre du Hezbollah (fais l’effort de ne pas le voir comme s’il était un monstre qui cherche à t’anéantir, mais comme un simple Libanais qui cherche à se défendre) : depuis plus de deux ans, il est accusé par tes leaders, qui font souvent écho aux déclarations d’outre-Atlantique, de terroriste irano-syrien, de travailler à l’instauration d’une république islamique dans le cadre de la wilayet el-fakih, d’occupant du centre-ville et de destructeur de l’économie, d’instaurateur de périmètres de sécurité (mourabbaat amnyé), de détracteur du gouvernement, d’assassin de Rafic Hariri et des victimes qui ont suivi, de monopolisateur de la décision de la guerre et de la paix, provocateur de la guerre de juillet 2006, de sale putschiste, et j’en passe.

Évidemment, dans la foulée, plusieurs de ces arguments ont été utilisés aussi contre moi, souvent par manque, ou par excès d’imagination.

Pour comble, que de fois notre entente avec lui a-t-elle été qualifiée de « contre-nature » (contre quelle nature ?), comme s’il faisait partie d’une sous race ou qu’il était un animal pestiféré.

Si tu n’appelles pas cela une insulte, dis-moi, s’il te plaît, comment tu définis l’insulte ?

As-tu pensé, un seul instant, qu’avec tout son arsenal, et après toutes les provocations dont il a fait l’objet, il aurait pu mettre, depuis longtemps, le pays à feu et à sang ?

Que penses-tu qui l’a retenu, sinon son attachement au pays, sa crainte d’un conflit sanglant sunnito-chiite, et (ne le prends pas à la légère) … le Document d’entente ?

As-tu pensé, un seul instant, que ce concitoyen, car il s’agit bien d’un concitoyen à part entière, vit depuis des décennies sous l’épée de Damoclès israélienne ?

Je ne cherche nullement à le défendre. J’essaie, tout simplement, de le comprendre. Parce que, vois-tu, comprendre l’autre, dans ses angoisses, ses peurs et ses inquiétudes, savoir l’écouter, le respecter, l’aborder avec amitié et Amour (pourquoi avoir peur d’utiliser ce terme ?), est un premier pas pour construire ce pays ensemble. Un passage obligé.

Crois-tu que je donne mon blanc-seing à toutes ses déclarations et à tous ses agissements, dans le fond et la forme ? Oh que non.

Crois-tu que je fonds en lui et qu’il fond en moi ? Je ne l’accepterai guère. Quelle tristesse, d’ailleurs, un pays où tout le monde se ressemble !

Mais ce que j’essaie de faire, et ce qu’il essaie, lui aussi, de faire, c’est de nous accepter dans nos différences, c’est de faire de ces différences une complémentarité, c’est d’avancer un peu vers lui et de le faire avancer un peu vers moi, pour nous retrouver au milieu du chemin, là où nous nous sentirons tous les deux en sécurité.

Ce que je demande, vois-tu, n’est pas sorcier : je comprends tout à fait qu’une majorité (même contestable) soit appelée à gouverner et qu’une opposition soit invitée à contrôler et à contester. C’est la règle du jeu dans tout pays démocratique.

Cependant, en cette période cruciale de la vie de notre pays, où l’on nous parle d’un nouveau Moyen-Orient, d’une redistribution des cartes, où l’on risque d’assister à beaucoup de bouleversements fondamentaux, où le projet d’implantation des Palestiniens semble de moins en moins être une vue de l’esprit, où la menace israélienne est permanente, je demande simplement à participer aux grandes décisions parce que, franchement, je n’ai pas encore confiance.

Je n’ai pas confiance en un gouvernement qui s’entête à rester en place, malgré les mouvements populaires, dont une manifestation de plus d’un million de Libanais de toutes les confessions et toutes les régions, malgré un sit-in de plus d’un an et demi (même si tu n’en penses pas que du bien !), et qui tire sa légitimité beaucoup plus des appuis étrangers, de quelque nature et de quelqu’importance qu’ils puissent être, que de son propre peuple.

Dans tout pays démocratique, puisque nous nous voulons les chantres de la démocratie dans cet Orient totalitaire, un gouvernement aurait tiré sa révérence depuis bien longtemps, pour bien moins que cela !

Je n’ai pas confiance en un gouvernement qui n’arrive pas à protéger ses citoyens contre le terrorisme et qui n’a pu, depuis plus de trois ans, trouver un seul maillon de la chaîne des nombreux attentats perpétrés contre ses leaders et sa population.

Je n’ai pas confiance en un gouvernement qui n’arrive pas à endiguer la corruption et dont certains membres sont des magouilleurs notoires. T’es-tu jamais demandé comment plusieurs de ses ministres construisent des palais et vivent, ostensiblement, à coup de millions de dollars, dans une opulence insolente ?

Je n’ai pas confiance en un gouvernement qui raisonne en milicien (parce que, tout compte fait, il regroupe des seigneurs de la triste guerre) et qui active ses hommes sur le terrain pour contrer l’opposition, dans les nuits obscures.

Je n’ai pas confiance en un gouvernement qui manque de transparence.

Je n’ai pas confiance en un gouvernement qui foule aux pieds la constitution et qui se considère au-dessus de toutes les lois.

Je n’ai pas confiance en un gouvernement qui prend des décisions à la légère, sans en mesurer les conséquences. Les événements de ces derniers jours n’en sont-ils pas la désolante illustration ?

Je n’ai pas confiance en un gouvernement qui ne croit pas au dialogue et à la participation, et qui accepte la neutralisation de la majorité des membres de deux importantes communautés du pays.

Je n’ai pas confiance en un gouvernement qui cherche plus à renverser le pouvoir en Syrie qu’à récupérer de ce pays nos concitoyens enfermés dans ses geôles. C’est son travail à lui et pas le mien.

Je n’ai pas confiance en un gouvernement qui ment tellement qu’il finit par croire ses propres mensonges.

Je n’ai pas confiance en un gouvernement qui ne fait rien pour résoudre la crise sociale. Sais-tu qu’une grande partie de ta population vit au-dessous du seuil de pauvreté ? Réalises-tu que ton pouvoir d’achat se rétrécit comme peau de chagrin ?

Je n’ai pas confiance … parce qu’il n’a absolument rien fait pour m’inspirer confiance.

Voilà. Je t’ai parlé à cœur ouvert. Et je ne suis pas seul à penser ainsi.

Beaucoup pensent comme moi, bien plus que tu ne le crois et qu’on ne te le fait croire.

Descends de ta tour d’ivoire. Ouvre tes yeux et ton cœur. Ne sois pas séduit par les signes apparents de richesse.

Pense que ton concitoyen du fond du Sud, du Nord ou de la Békaa, tout comme celui du Mont-Liban et de Beyrouth, doit contribuer à l’œuvre nationale.

Ne le juge pas gratuitement. Laisse cette pénible besogne à l’Histoire.

Ne fais surtout pas de compromis au détriment de ton avenir et celui de tes enfants.

La situation que nous vivons aujourd’hui n’est pas une fatalité. Elle ne doit pas l’être.

Travaillons ensemble à trouver la solution. Ensemble, j’ai dit.

Apprends à m’écouter. Je te promets que je le ferai.

Apprends à m’aimer. Je t’aime déjà.

Apprends à m’accepter et à accepter « ma liberté de penser ».

Ainsi, nous ferons de ce pays un grand pays, tel que nous l’avons rêvé, toi et moi. De la même manière.

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