Mouvement pour le Liban

Représentant le Courant Patriotique Libre en Belgique

Sortie DVD : Interview avec Nadine Labaki

Posted by jeunempl sur mars 12, 2008

(www.Cinema-France.com)

DVD CaramelLe 13 mars, le DVD de Caramel sort en France. Cinema-France a pu interviewer la réalisatrice du film Nadine Labaki.

Sorti en aout dernier, Caramel, premier film de Nadine Labaki, a su conquérir près de 500 000 spectateurs en France après avoir enchanté la Croisette où il était présenté à la Quinzaine des Réalisateurs. Pour la sortie du DVD, le 13 mars, Cinema-France a interviewé la réalisatrice.

– On va d’abord parler de l’accueil de votre film en France : il a eu de très bons échos lors de sa présentation à la quinzaine des réalisateurs à Cannes. Comment avez-vous vécu cette aventure dans l’un des festivals les plus importants au monde ?

Evidemment, c’est un rêve qui se réalise pour moi ; c’est un moment intense, très beau, très particulier. J’étais vraiment très heureuse de ce qui s’est passé, surtout que l’accueil était formidable. J’étais déjà allée plusieurs fois à Cannes mais en tant que spectatrice, donc ça change pour une fois de présenter un film devant d’autres spectateurs, ça a un goût particulier.

– En France, on a eu près de 500 000 entrées pour Caramel, ce qui est conséquent pour un premier film venant en plus du Liban. Il est sorti dans la plupart des salles en V.O., ce qui était aussi un risque à prendre. Vous vous attendiez à cet accueil du public français ?

Pas vraiment. Il y avait l’angoisse de ne pas pouvoir faire passer le film parce que c’est une autre culture. C’est un film qui parle en libanais avec des acteurs qui ne sont pas connus, donc j’avais quand même cette angoisse de ne pas pouvoir communiquer. Mais là je suis très surprise de voir l’accueil que ce film a eu, et c’est comme ça partout où le film est sorti.

– C’est vrai. Mais vous parlez de sentiments qui sont tout de même universels, pourrait-on dire. Ca a permis de toucher beaucoup de gens.

Oui, voilà. Je le découvre en faisant la promotion du film.

– On parle au sujet de Caramel d’un univers proche de celui du réalisateur espagnol Pedro Almodovar. Qu’en pensez-vous ?

La plus grande similarité se retrouve dans le fait qu’on parle de femmes, mais je crois qu’il y a un traitement très différent. C’est un très bon compliment qu’on peut me faire, Almodovar est un de mes réalisateurs préférés. Mais je crois que lui est beaucoup plus fantaisiste ; ses histoires sont beaucoup plus surréelles. Mon film est beaucoup plus réaliste, plus ancré dans la réalité.

– Connaissez-vous le film français « Venus beauté institut » ? Caramel lui est souvent rapproché, et il était présenté en France comme un « « Venus beauté institut » libanais » …

Oui bien sûr. J’ai vu le film il y a très longtemps. C’est très facile de faire le rapprochement, puisqu’ils se passent tous deux dans un institut de beauté. Mais ce film n’était pas mon point de départ du tout quand j’ai commencé à écrire Caramel.

– On remarque une grande mixité dans l’origine de vos acteurs. Vous faites aussi côtoyer les deux religions – chrétienne et musulmane. Sans être négatif, on a du mal à y croire, surtout dans la période que traversait le Liban. La situation décrite, au niveau religieux, est-elle réelle, ou est-ce une vision elle aussi idéalisée ?

Non c’est très réel, même si vous avez du mal à y croire. On vit entre chrétiens et musulmans de manière très naturelle et très normale. Evidemment, maintenant, il y a beaucoup de tensions extérieures qui déstabilisent cette coexistence mais c’est grâce à cette volonté du peuple libanais qu’on est en train d’éviter une guerre civile. Donc au contraire, c’est très réaliste ce que vous voyez. On vit comme ça.

– Ah d’accord. On voyait ça sans doute de façon plus négative, avec une situation plus tendue.

C’est tendu, évidemment. Mais il y a une volonté très très forte pour ne pas faire tout exploser.

– Votre vision de la femme est très libérée, ce qui est en un sens naturel avec le décor – le salon de coiffure. Les femmes de Caramel cherchent à se libérer et à aller dans une féminité plus occidentale. C’est là encore une vision idéalisée ou la réalité des choses ?

Je crois que c’est quelque chose qui touche tous les pays, toutes les femmes. Il y a toujours l’exemple de la femme occidentale qu’on veut suivre, parce qu’elle apparaît comme très libre, comme très sûre de ce qu’elle fait, épanouie, sans contraintes. C’est donc un peu partout comme ça.

– Comment se passe la transition ?

Pas toujours très bien. On a tendance à trouver notre propre équilibre entre orient et occident, modernisme et tradition. Je crois qu’au Liban cette transition n’est pas évidente. Pour y arriver on fera beaucoup d’excès, beaucoup d’erreurs, mais je crois qu’on est sur le bon chemin.

– C’est ce que vous avez voulu montrer avec l’image de la femme qui s’est fait couper les cheveux ?

Oui, exactement.

– Passons maintenant à la position politique de Caramel, qui justement n’a pas d’arrière-plan politique, ce qui peut être assez étonnant vu la situation dans laquelle vous l’avez tourné. Est-ce que ne pas parler de la situation politique était voulu ?

Oui, tout à fait. Je ne voulais plus parler de politique, parce que c’était quelque chose qui revenait toujours. Pour une fois que je m’exprimais, je n’allais pas encore parler de guerre et de politique : c’était donc intentionnel. Je voulais montrer un autre visage que les gens ne connaissent peut-être pas. Coloré, avec des gens colorés, chaleureux, avec cette énorme force de vie, qui est vraie : c’est le peuple libanais. Pour moi, c’est quelque chose que les gens devraient savoir.

– Justement, en prenant cette position, vous vous placez quand même politiquement parlant, avec une vision d’un Liban pacifié, heureux …

Mais qui est vrai. C’est un Liban que les gens ne connaissent peut-être pas. On essaye de vivre avec la guerre comme si elle n’existait pas.

– Caramel représente le Moyen-Orient comme la France aime à se l’imaginer : chaleureux, plein de vie, de force. Est-ce que cela peut expliquer le succès ? Votre film donnerait comme un nouveau souffle à la vision traditionnelle d’un Liban en guerre.

C’est possible que ce soit une justification. Les gens sont surpris de découvrir un Moyen orient comme ça. C’est peut-être cet effet de surprise qui a fait qu’ils se sont attachés au film. Il y a aussi une espèce d’identification, même si le film spécifiquement est libanais. Je pense que les questionnements qui s’y posent sont plutôt universels. C’est quelque chose que je découvre maintenant avec le succès du film. Je voulais parler de femmes libanaises dans un contexte libanais, mais j’ai découvert par la suite l’universalité des propos du film.

– Vous avez pu profiter, avec Caramel, d’une double expérience en tant que réalisatrice et actrice. C’était un choix prévu dès le départ ?

Oui. Evidemment, je n’étais d’abord pas très sûre, mais j’ai compris que ma présence avec les autres acteurs, non professionnels, était bénéfique parce que ça a crée une amitié très forte entre nous. J’étais comme eux, non plus le réalisateur qui donne des ordres. Comme c’était la première fois qu’ils étaient devant la caméra, ça a facilité la communication entre nous.

– Vous préférez devant ou derrière la caméra, finalement ?

Les deux !

– Et votre prochain film ? Vous pensez aussi jouer dedans ?

Je recommence l’écriture en avril, mais il est encore trop tôt pour en parler parce que ce n’est pas encore précis, pas encore clair.

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