Mouvement pour le Liban

Représentant le Courant Patriotique Libre en Belgique

Les Forces Libanaises

Posted by dodzi sur mars 10, 2008

(Libnanews – MF, journaliste volontaire)

En 1976, un an après le début de la guerre, les milices du Front Libanais (regroupant les partis du centre et de droite), autrement dit le conseil de sécurité (milice) kataëb de William Hawi (Parti Kataëb de cheikh Pierre Gemayel), des tigres de Dany Chamoun (noumour, Parti National Libéral de l’ancien président Camille Chamoun), marada de Tony Frangié (Courant Marada du président Sleiman Frangié), des gardiens du cèdre d’Etienne Sakr alias Abou Arz (Mouvement National Libanais) et tanzim de Fawzi Mahfouz alias Abou Roy (Mouvement de la Résistance Libanaise) s’entendirent pour former le Conseil de Commandement des Forces Libanaises afin de coordonner leur action.

Malgré cela, le manque de coordination entre ces milices provoqua la mort de plusieurs combattants au camp palestinien de Tel el-Zaatar. William Hawi réussit à établir une meilleure coordination qui permit aux milices du Front Libanais (et les quelques miliciens de Maroun Khoury alias Bach Maroun issus du Bloc National de Raymond Eddé, fils aîné de l’ancien président Emile Eddé) de remporter la bataille dans laquelle il tomba en martyr.

Bachir Gemayel, fils de cheikh Pierre Gemayel, chef des Amis Kataëb et des Dirty Dozen issus des Bejin ou « BG »), prit la suite de William Hawi à la tête de la milice kataëb et du Conseil de Commandement des Forces Libanaises. Dès 1977, les Forces Libanaises (FL) devaient être une structure d’unification mais elles restèrent un organisme de coordination. En effet, les problèmes entre kataëb et marada (appuyés par la Syrie de Hafez el-Assad) et entre kataëb et noumour (appuyés par le second bureau de l’armée libanaise dirigé par Johnny Abdo) ne cessèrent pas mais au contraire, s’intensifièrent. Si le coup d’Ehden (1978) réalisé par les kataëb avait provoqué la mort de Tony Frangié et le départ du Courant Marada du Front Libanais, l’opération Safra (1980) contre les noumour permit à Bachir Gemayel d’unir le « fusil chrétien » par l’intégration de toutes les milices dans un seul corps homogène, les FL et de faire soumettre ses deux rivaux : Dany Chamoun (lequel s’exila) et son frère Amine Gemayel (qui dirigeait une unité kataëb jouissant d’une autonomie au Metn-Nord).

La structure des Forces Libanaises était calquée sur celle de l’armée libanaise pour une meilleure organisation de la Résistance contre les organisations palestiniennes et leurs alliés libanais et contre l’armée syrienne. Les FL étaient organisées ainsi : d’une part, le Conseil de Commandement avec son président, son vice-président et son secrétaire-général et d’autre part, la milice avec son commandant en chef, son chef d’état-major, ses vices-chefs d’état-major, ses chefs de premier (effectifs et entraînements), second (renseignements), troisième (opérations et logistiques), quatrième (intendance) et cinquième (opérations et logistiques) bureaux auxquels s’ajoutaient la puissante Sûreté générale FL et la police FL.

Sur le volet politique, tout en restant loyal au Front Libanais et aux partis le composant, les Forces Libanaises, de par l’appui populaire dont elles jouirent, représentaient dans les esprits, un mouvement révolutionnaire voulant s’affirmer sur la scène politique dont l’accès était verrouillé par le système clientéliste mis en place par les notables des différentes communautés. Le Parti Kataëb et son chef suprême, cheikh Pierre Gemayel avaient forcé leur accès mais avaient fini par ressembler à ceux qu’ils dénonçaient… Ainsi, les FL attirèrent nombre d’intellectuels, parmi lesquels Charles Malek, Sélim Jahel, Sélim Abou, Joseph Maila, Antoine Najem, etc. Si bien que Bachir Gemayel créa le groupe gamma chargé d’élaborer son projet présidentiel et de trouver des solutions réelles aux problèmes du Liban et des libanais.

Après l’élection de Bachir Gemayel à la présidence de la République, Fady Frem et Fouad Abou Nader furent respectivement élus commandant en chef (et président du Conseil de Commandement) et chef d’état-major des FL. Mais l’assassinat de Bachir Gemayel, l’élection d’Amine Gemayel à la présidence de la République et le retrait israélien entraînant le retour en force de la Syrie et la guerre de la montagne ébranlèrent les FL. En 1984, Fouad Abou Nader fut élu commandant en chef des FL et président du Conseil de Commandement des FL.

Bien que jouissant d’une popularité inégalée depuis Bachir Gemayel en raison du courage qu’il avait montré sur les fronts, Fouad Abou Nader fit face à une « intifada » emmenée principalement par Elie Hobeika (chef de la Sûreté générale FL) et Samir Geagea (à la tête des révolutionnaires du nord) et appuyée par différentes personnalités (Michel Murr et Karim Pakradouni) et forces (la Syrie et Israël) et surtout par leurs ambitions et intérêts personnels. La veille de l’intifada, Fouad Abou Nader réunit les responsables des FL lui étant fidèles. Ayant l’appui de la majorité des combattants et disposant de l’essentiel du matériel, la majorité des responsables lui conseilla de mater l’intifada. Mais le commandant en chef des FL trancha en ces termes : « quand je vais présenter mes condoléances à la famille d’un martyr en tant que chef des Forces Libanaises, je me sens mal et pourtant leurs fils s’est sacrifié pour la plus noble des causes. Que voulez-vous que j’aille dire demain à toutes ces mères ? Comment leur expliquer le martyre de leurs enfants ? Juste pour que je reste à mon poste de chef des FL ? ».

Suite à l’intifada baptisée « mouvement de la décision chrétienne », un comité d’urgence fut créé. Il élit Samir Geagea chef d’état-major des FL et décida que deux instances composeraient les FL jusqu’aux élections au sein des FL fin septembre 1986 : l’une représentative des partis (le conseil de commandement) et l’autre exécutive (le comité exécutif). Ces deux instances devant s’unifier au sein d’un seul et même conseil de commandement, en base du caractère électoral de l’institution. Deux mois plus tard, Elie Hobeika se fit élire à la tête du Comité Exécutif et annonça la dissolution du Conseil de Commandement et l’éviction de Fouad Abou Nader du poste de commandant en chef des FL. Toutefois, le Parti Kataëb posa son « veto» (droit accordé au Parti Kataëb et au Parti National Libéral) à cette décision jugée « illégale »: Fouad Abou Nader resterait commandant en chef et président du conseil de commandement des Forces Libanaises.

Elie Hobeika opta pour des négociations directes avec la Syrie lesquelles aboutirent à l’« accord tripartite » largement rejeté par le « camp chrétien ». Samir Geagea et le président Amine Gemayel en profitèrent pour faire une intifada contre Elie Hobeika qui fut chassé de l’Est (régions libres, essentiellement chrétiennes). Samir Geagea s’empara alors, sans élection, de la tête du Comité Exécutif des FL.

Craignant une victoire de Fouad Abou Nader aux élections de septembre et décidé à ce que celles-ci ne se déroulent donc pas, Samir Geagea opéra une réorganisation des FL en vue d’en faire à la fois une armée régulière et sa milice personnelle. Les mécontents réagirent en août 1986. Le lendemain, pressé par Amine Gemayel qui le menaça de donner l’ordre au général Michel Aoun de faire intervenir l’armée Libanaise, Fouad Abou Nader dut stopper la « mutinerie » qui avait repris le contrôle total (excepté la tanière où se cachait le Hakim) des « régions FL ». Refusant tout affrontement avec l’armée Libanaise, Fouad Abou Nader partit chercher lui-même Samir Geagea terré dans sa tanière et l’emmena à la réunion organisée par Georges Saadé, chef du Parti Kataëb, pour en arriver à une paix des braves. Alors qu’il se rendait à Dora après la réunion, Fouad tomba dans un guet-apens organisé par Nader Sukkar, le chef de la Sûreté générale de Samir Geagea. De leur côté, Amine Gemayel et Samir Geagea s’entendirent pour étouffer médiatiquement ces événements.

Fin septembre 1986, Elie Hobeika lança une large opération. L’incursion fût financée par Michel Murr. L’opération fût présentée par Samir Geagea comme une tentative d’invasion des « régions libres » par les alliés de la Syrie. Amine Gemayel ordonna au général Michel Aoun de faire intervenir l’armée. Les maghawir (commandos) de l’armée se déployèrent à Achrafiyeh et l’officier Farès Ziadé contint les miliciens aux ordres d’Elie Hobeika. Le pilonnage par l’armée et les confrontations entre les miliciens de HK et ceux du Hakim firent plusieurs morts. La répression de Samir Geagea fût terrible : une centaine de morts et de blessés. Elie Hobeika s’inclina. Il créa le Parti Waad. Les élections au sein des FL ne s’effectuèrent jamais.

Condamnant les affrontements avec l’armée libanaise en 1990, Fouad Abou Nader demanda aux Forces Libanaises de « diriger leurs fusils contre ceux qui représentent le vrai danger et à supprimer les barrages artificiels érigés à l’intérieur des zones Est pour affronter ensemble le danger extérieur qui nous menace à tous ». Les anciens du tanzim formèrent le Bureau Central de la Coordination Nationale (BCCN) pour organiser la mobilisation populaire contre l’accord de Taef et pour la libération du Liban. Dany Chamoun annonça le retrait du Parti National Libéral du conseil de commandement des Forces Libanaises et la création du nouveau Front Libanais. Le chef du Mouvement National Libanais, Etienne Sakr, le rejoignit. Les régions libres tombèrent entre les mains syriennes le 13 octobre 1990.

En acceptant Taef, Samir Geagea cherchait à se débarrasser de Michel Aoun et à se faire une place dans le club des notables.

Les FL désarmèrent. En 1991, l’ancien général Fouad Malek qui commandait l’état-major de la milice de Samir Geagea forma le Parti des Forces Libanaises. Après sa défaite contre Georges Saadé aux élections au sein du Parti Kataëb en 1992, Samir Geagea rejoignit les rangs de ce nouveau parti dont les membres lui étaient alors tous acquis.

Après son arrestation en 1994, le parti fut interdit et dissout officiellement. Son épouse, Sethrida Geagea, devint sa représentante. Ghassan Touma, Tony Obeid et Raji Abdo ainsi que Pierre Rizk alias Akram s’exilèrent. Quant à Nader Sukkar et Emile Rahmé (fondateur du Parti Tadamoun), ils se rallièrent au régime libanais pro-syrien. Bien que la licence du parti appartienne au comité fondateur dirigé par Fouad Malek (un temps emprisonné avant de se rallier au régime libanais pro-syrien), elle fut attribuée à Samir Geagea en 2005 après le départ des syriens et sa libération. Il en devint, sans élection, le président du comité exécutif… Georges Adwane qui avait créé le Parti du Tanzim après son eviction fin 1976 du Mouvement de la Résistance Libanaise et de la milice du Tanzim et qui était resté en retrait durant les quinze ans d’occupation syrienne, en devint le vice-président. L’absence de toute démocratie interne provoqua le départ définitif de la ligue de Saint-Elige dirigée par Elias Howayek et Fadi Chamati, du groupe de Hanna Atik alias Hanoun, ancien chef du Saddem, une unité d’élite des FL et d’autres personnalités comme Touffic Hindi, Jean Aziz et Selman Samaha. D’autre part, le magazine al-Massira et Antoine Najem ainsi que Joseph Jbeily se distancièrent du « Hakim ». Enfin, d’après certaines informations, Elie Baraghid qui dirigeait l’Institut du Liban, le paravent français du Parti des Forces Libanaises avant son retour définitif au Liban en 2006, serait le chef de la Sûreté générale de Samir Geagea soupçonné d’avoir (re)formé une milice.

En 2007, Fouad Abou Nader forma avec d’autres compagnons de Bachir Gemayel, le Front de la Liberté (FL, comme « Forces Libanaises ») en référence à l’appellation initiale du Front Libanais : « Front de la liberté et de l’homme ». Ce nouveau front a pour ambition de tourner définitivement la page d’une scène politique verrouillée par des notables empêchant l’accès aux nouvelles générations, aux non-féodaux et aux forces contestataires du statu quo et de permettre à la société civile d’émerger afin de bâtir le Liban de demain. Ainsi, le Front de la Liberté organise des conventions thématiques pour trouver de véritables solutions pour régler les problèmes du Liban et des libanais et ambitionne de représenter la majorité dite silencieuse des libanais opposée au système clientéliste.

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4 Réponses to “Les Forces Libanaises”

  1. Koch said

    Excellent article documenté sur les Forces Libanaises.
    Bloc National, ses alliés et le dernier fils EDDE toujours présents sur la scène politique au Liban.
    Quid des Morabitoun nassériens qui ont rejoint les Forces Libanaises a&u moment du conflit comme ralliés laics patriotes venat de l’autre camp submergé par les islamistes sunnites et shiites.

  2. Malek Hanna Kadifa - Dédouaneur said

    Démocratie – Gouvernement est la pire des dictatures parce qu’elle est la dictature exercée par le grand nombre sur la minorité.

    • Malek Hanna Kadifa - Dédouaneur. said

      Ce sont les métiers dit sales (comme éboueurs ou égoutiers…..) qui contribuent le plus à la propreté, et, paradoxalement, ce sont les Professions de Prestiges (comme Politiques, Financiers, Haut responsable,…..) qu’on trouve le plus d’ordures.

  3. Malek Hanna Kadifa - Dédouaneur. said

    Le passe – temps favori, du Premier Ministre Mr. Fouad Seniora séquestration des Biens.

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