Mouvement pour le Liban

Représentant le Courant Patriotique Libre en Belgique

Enquête sur l’implantation d’Al-Qaida au Liban

Posted by jeunempl sur mars 1, 2008

Les étranges alliances des groupes radicaux islamistes

(Le Monde diplomatique – Fidaa Itani)

Shaker el Abssi - Fatah al islamEntre mai et septembre 2007, l’armée libanaise a fait le siège du camp palestinien de Nahr Al-Bared, dans le nord du pays ; une organisation jusque-là inconnue, le Fatah Al-Islam, s’y était retranchée. Ces événements, comme les attentats contre la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul), déployée dans le Sud, témoignent d’un fait nouveau : l’implantation de réseaux islamistes sunnites radicaux, parfois liés à Al-Qaida, qui considèrent désormais le pays du Cèdre comme un important champ d’action.

« Nous avons été jetés de force dans un combat qui n’est pas le nôtre ; j’aurais préféré ne pas affronter l’armée libanaise. » C’est en ces termes que M. Chahine Chahine, un cadre du Fatah Al-Islam, s’adresse à un négociateur, durant le siège du camp palestinien de Nahr Al-Bared par l’armée libanaise en 2007. On ne sait pas encore qu’il est le propre fils de M. Oussama Ben Laden et un dirigeant de haut rang d’Al-Qaida. La réticence dont il fait preuve par rapport aux combats reflète l’ambivalence des positions de cette organisation à l’égard du Liban : le pays est-il un terrain d’affrontement avec les Etats-Unis et leurs alliés, ou doit-il être considéré comme une simple base arrière pour l’entraînement et le transit des combattants d’Al-Qaida ?

Dès le 4 septembre 2007, deux jours après la chute du camp, le général Georges Khoury, directeur des renseignements de l’armée, reconnaît que les combattants du Fatah Al-Islam sont bien des membres d’Al-Qaida. Mais les racines de cette organisation au Liban plongent dans une histoire plus ancienne. Dans les années 1990 déjà, les tribunaux libanais avaient jugé des salafistes (lire « Qu’est-ce que le salafisme ? ») pour « crime de constitution de cellules terroristes liées à Al-Qaida ». Les militants condamnés étaient des Libanais qui avaient suivi la voie ouverte par M. Salem Al-Chahal, créateur à Tripoli (Liban), dès 1974, des groupes Mouslimoun (« Musulmans ») et Shabab Mohammad (« Jeunes de Mohammad »). M. Al-Chahal avait tenté d’imposer les règles « du licite et de l’illicite » dans la ville, commençant par s’attaquer aux salles de cinéma et empêchant les jeunes de les fréquenter. Son influence s’étendra même à certaines villes syriennes. Mais, à cette époque, la pensée salafiste ne disposait pas encore d’assises solides.

Aux origines du Fatah Al-Islam

Partagés entre la bourgeoisie commerçante ou administrative et le petit peuple des campagnes souvent analphabète, les sunnites exprimaient leur nationalisme arabe et leur soutien à la lutte palestinienne par leur adhésion aux courants nassérien ou de gauche. Cependant, plusieurs groupes sunnites penchèrent vers l’islamisme radical après l’entrée des troupes syriennes au Liban en 1976 et les grandes campagnes de répression menées par celles-ci. D’autant que, au même moment, les Frères musulmans syriens renforçaient leur influence et menaçaient le régime de Damas à travers les actions armées de leur « avant-garde » combattante.

A l’issue de la guerre civile libanaise – qui prit fin avec les accords de Taëf, signés en 1989 –, les salafistes, à l’influence encore réduite, s’attaquent surtout à d’autres organisations islamiques, notamment à l’Association des projets de bienfaisance islamique, plus connue sous le nom d’Al-Ahbache (1). Ces affrontements vont permettre aux groupes salafistes d’affûter leurs arguments intellectuels et missionnaires, et d’enrôler des adeptes dans nombre de villes et de villages. Leur influence s’étend surtout parmi les diplômés et les salariés des couches moyennes, ainsi que parmi les étudiants en religion qui ont obtenu leurs diplômes en Arabie saoudite et conservé des liens avec les oulémas les plus radicaux de ce pays. Mais ces groupes restent divisés, le plus connu étant Al-Hidaya wal-Ihsan (« Prédication et aumône »), réorganisé par le propre fils de l’initiateur du courant, M. Dai Al-Islam Al-Chahal.

Le 31 août 1995, un de ces groupes assassine le cheikh Nizar Al-Halabi, chef de l’Association des projets de bienfaisance islamique. Cet attentat provoque une onde de choc : c’est la première fois qu’un mouvement salafiste procède à l’élimination physique d’un adversaire. Des membres de l’organisation avouent le meurtre, assurant, jusqu’au pied de l’échafaud, qu’ils en sont les seuls responsables. Pourtant, les autorités libanaises et les services de renseignement syriens (qui contrôlent alors le pays) préfèrent lier le crime à M. Abdoul Karim Saadi (Abou Mahjan), de nationalité palestinienne et chef du groupe Ousbat Al-Ansar, installé dans le camp palestinien d’Aïn Héloué, près de la ville de Saïda, dans le sud du pays. Ce groupe, créé par d’anciens combattants d’Afghanistan, se verra aussi attribuer, en 1999, l’assassinat de quatre juges en plein palais de justice de Saïda.

C’est à cette période que se tissent des liens entre les salafistes et l’organisation de M. Ben Laden. Ainsi, une organisation probablement tchétchène, liée à Al-Qaida, demande à M. Bassam Kanj (Abou Aïcha), qui a abandonné ses études aux Etats-Unis en 1988 et s’est formé au djihad mondial en Afghanistan, de faciliter le passage de combattants musulmans vers Israël. M. Kanj crée le groupe dit « de Danniyé », mais demande un délai de deux ans pour s’imposer aux côtés du Hezbollah comme force de résistance anti-israélienne.

A l’époque, les négociateurs russes, qui supervisent avec les Syriens la mise en œuvre du retrait israélien du Liban sud (25 mai 2000), fournissent aux autorités libanaises et syriennes l’enregistrement d’une conversation entre M. Kanj et des moudjahidins tchétchènes. Cette information précipite une intervention militaire libanaise pour éradiquer le groupe de Danniyé durant la nuit du Nouvel an 2001. Parallèlement, les autorités syriennes procèdent, de l’autre côté de la frontière, à une vague d’arrestations dans les rangs des islamistes radicaux, ce qui confirme le caractère « transnational » de ce réseau.

Al-Qaida attend l’invasion américaine de l’Irak en mars 2003 pour appeler ouvertement à la création de groupes au Liban – rappelons, cependant, que cette organisation est aussi un « label » et que sa structure est loin d’être centralisée, ce qui laisse une marge de manœuvre importante aux cellules locales. A la fin 2005, elle est bien présente, et les autorités libanaises parviennent à mettre la main sur les premiers éléments de ce qui va être appelé le « réseau des 13 », dirigé par le Libanais Hassan Nabaa. Composé aussi de Saoudiens, de Syriens et de Palestiniens, il soutient Al-Qaida et la résistance irakienne. Il opère au Liban et en Syrie, où il a affronté à plusieurs reprises les services de renseignement, surtout dans les zones frontalières – on a même dit qu’il avait abattu un hélicoptère syrien.

Ces arrestations suscitent de fortes polémiques, car les aveux des inculpés contiennent des détails les impliquant dans l’assassinat de l’ancien premier ministre Rafic Hariri, le 14 février 2005. Pourtant, de nombreuses interrogations persistent sur la manière dont ceux-ci ont été obtenus, ainsi que sur le lien supposé du groupe avec le jeune Palestinien Ahmad Abou Adas, qui a revendiqué dans un enregistrement vidéo l’attentat-suicide contre Hariri (2).

Au printemps 2006, une scission frappe le Fatah Al-Intifada, une organisation créée en 1983 et très liée au régime de Damas, dissidente du Fatah de Yasser Arafat. Quelque soixante-dix de ses membres se rallient à un officier palestinien d’origine jordanienne, M. Chaker Al-Abssi (Abou Ali). Les dissidents se dispersent dans divers camps palestiniens : à Bourj Al-Baraneh (banlieue sud de Beyrouth), à Aïn Héloué (Saïda), à Chatila (Beyrouth), ainsi que dans les deux camps de Baddaoui et de Nahr Al-Bared dans le Nord. Ils sont rejoints par une cinquantaine de militants conduits par M. Chehab Al-Qadour (Abou Hourayra), un Libanais qui a passé le plus clair de son temps dans la clandestinité, après que les renseignements syriens l’eurent arrêté à Tripoli, en 1986, alors qu’il n’avait que 14 ans.

Dès sa formation, le Fatah Al-Islam reçoit le soutien d’un représentant du mouvement djihadiste dans le camp d’Aïn Héloué, qui lui assure un financement d’Al-Qaida. Parallèlement, certains de ses membres sont entraînés par le responsable militaire du groupe Jound Al-Cham, installé lui aussi dans le camp. Ce groupe a été créé en 1999 en Afghanistan par des djihadistes venus des quatre pays du Cham (la « Grande Syrie », qui revendique aussi les territoires du Liban, de la Palestine et de la Jordanie), et il se distingue par une rhétorique particulièrement radicale.

C’est alors qu’éclate, en juillet 2006, la « guerre de 33 jours » entre Israël et le Hezbollah. Les groupes djihadistes profitent de la confusion pour élargir leur implantation. Ils exploitent également la décision prise par l’« Etat islamique en Irak » (créé par Al-Qaida) de renvoyer hors de ce pays les éléments dépourvus de compétences militaires particulières ou ceux qui n’arrivent pas à se fondre dans la population locale. Le Fatah Al-Islam va attirer nombre de ces soldats perdus, ce qui provoque une réaction hostile du Fatah et des autres groupes membres de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), qui souhaitent « nettoyer » le camp palestinien d’Aïn Héloué. D’autre part, l’armée libanaise, qui vient d’opérer un vaste déploiement au sud du Litani après la fin des combats entre le Hezbollah et Israël, s’inquiète de la présence de ces djihadistes à quelques kilomètres des douze mille soldats de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) au Liban sud. Dans ces conditions, le Fatah Al-Islam décide de se réfugier dans le Nord, une zone à majorité sunnite et donc considérée comme amie.

Plusieurs rencontres ont préparé le terrain de cette migration, non seulement avec des salafistes locaux, mais aussi avec des députés du Courant du futur de M. Saad Hariri, fils de l’ancien premier ministre assassiné, qui s’inquiètent de l’influence du Hezbollah. M. Al-Abssi, le chef du Fatah Al-Islam, s’entretient avec un député sunnite de Tripoli, un médecin issu de la gauche. Ce dernier a exprimé ses craintes de voir le Hezbollah chiite s’en prendre aux sunnites (3). M. Al-Abssi lui a répondu que, sans entrer en conflit avec une force combattant Israël, il « ne permettrait à personne de nuire aux sunnites ».

Faire face à la « menace chiite »

C’est donc à Nahr Al-Bared, où il publie son premier communiqué le 27 novembre 2006, que s’installe le Fatah Al-Islam. Parallèlement, de nombreux combattants liés à Al-Qaida vont et viennent au Liban, soit à travers les points de passage légaux, soit en traversant clandestinement la frontière syrienne. Certains, après un court séjour dans le camp de Nahr Al-Bared, se dispersent pour créer leurs propres réseaux dans les zones à forte densité sunnite. Ces nouveaux membres sont originaires du monde arabe, mais aussi de Russie, de Tchétchénie, de Turquie, etc.

A la fin 2006 arrive au Liban le Saoudien Ahmed Touwaijiry, un cadre d’Al-Qaida. Il y rencontre à plusieurs reprises des dirigeants du Fatah Al-Islam, ainsi que d’autres groupes salafistes. Les financements abondent ; les dons publics ou privés – provenant de « djihadistes par l’argent », ces riches hommes d’affaires qui souhaitent aider le djihad – parviennent d’Arabie saoudite et du Koweït.

Dans le même temps, les associations salafistes (4) cherchent à regrouper leurs forces afin de faire face à la « menace chiite ». La crise politique au Liban et les affrontements ponctuels entre sunnites et chiites, comme entre partisans de la majorité et de l’opposition, créent un contexte favorable (lire « Un système confessionnel instable »).

Les membres locaux d’Al-Qaida profitent de l’urgente nécessité, pour le Courant du futur de M. Hariri, de former une milice lui permettant de faire contrepoids au Hezbollah chiite. Conscient des risques que comporte le fait de traiter avec des groupes fondamentalistes, le Courant du futur opte néanmoins pour cette stratégie dans sa lutte contre le Hezbollah, la Syrie et l’Iran. Al-Qaida, de son côté, faisant preuve de pragmatisme, exploite l’occasion d’obtenir l’argent qui lui permet de recruter des dizaines de combattants supplémentaires, d’organiser des sessions d’entraînement dans le camp d’Aïn Héloué et d’élaborer des plans d’attaque contre les forces de la Finul dans le Sud, ainsi que des missions d’espionnage des ambassades des pays occidentaux et du Golfe à Beyrouth et dans ses environs.

La Syrie préfère fermer les yeux sur ces activités, laissant ses adversaires, du Courant du futur aux djihadistes, se fourvoyer dans leurs choix. En revanche, elle resserrera l’étau chez elle et se débarrassera de bon nombre de ces militants, qui choisiront alors de se réfugier au Liban.

Durant le premier semestre 2007, une vingtaine de groupes plus ou moins liés à Al-Qaida s’activent : visites de cadres, entrée de combattants, départ de groupes relevant d’Al-Qaida vers l’Europe (France, Royaume-Uni, Pays-Bas ou Allemagne) une fois leur entraînement achevé. Al-Qaida tisse ainsi, en collaboration avec le Fatah Al-Islam, un vaste réseau qui ne sera pas démantelé lors des affrontements de Nahr Al-Bared. Son armement est assuré par un trafic à travers la Syrie, des achats à des marchands locaux et la prise de contrôle de dépôts d’armes de l’OLP dans ce camp du Liban nord.

L’explosion se produit dans la nuit du 19 au 20 mai 2007, lorsque la section des renseignements dépendant des Forces de sécurité intérieure (FSI) décide d’effectuer une descente contre un groupe d’Al-Qaida dans la rue Al-Mitayn à Tripoli. Ces hommes, recherchés aussi par les Saoudiens, assuraient un soutien technique aux moudjahidins d’Irak. Ils travaillaient sous la protection du Fatah Al-Islam et, très rapidement, les combats s’étendent au camp de Nahr Al-Bared. Ils vont durer cent six jours – cent soixante-dix soldats sont tués ainsi que quarante-sept civils palestiniens et deux cents combattants du Fatah Al-Islam. Alors que plus de cent cinquante membres et responsables de l’organisation réussissent à s’évader, quarante combattants ont trouvé la mort dans les derniers jours, la plupart exécutés d’une balle dans la tête. L’armée occupera un camp vide et empêchera toutes les organisations civiles ou humanitaires d’y entrer, interdisant même de photographier les alentours. Ses bulldozers raseront finalement les immeubles et feront disparaître toute trace de combat.

En juin, un mois après le début des combats, les services de sécurité libanais découvrent que M. Chahine n’est autre que le fils, dénommé Saad, du fondateur d’Al-Qaida, M. Ben Laden, qu’il s’est infiltré dans le camp quelques jours après le début des affrontements et qu’il a acquis un grand prestige parmi les combattants. Ces mêmes services avaient repéré, quelques mois auparavant, son entrée au Liban. Le fils de M. Ben Laden, l’un des responsables les plus actifs de la section des opérations d’Al-Qaida, a mis en place des cellules et des relais sur tout le territoire, en collaboration avec M. Al-Qadour.

Malgré ce revers militaire, les groupes liés à Al-Qaida n’ont pas réduit leurs activités au Liban. Ils sont présents dans le camp palestinien d’Aïn Héloué, ainsi que dans des zones sunnites de la Bekaa et dans certains quartiers pauvres de Beyrouth. Un mois et demi après le début des combats, M. Saad Ben Laden (M. Chahine) m’avait déclaré : « Crois-tu vraiment que nous ne soyons que cinq cents combattants encerclés à Nahr Al-Bared ? » D’ailleurs, les assassinats de personnalités politiques, les attentats à Beyrouth et contre les forces de la Finul – imputés par l’armée au Fatah Al-Islam dans sa conférence de presse du 4 septembre –, ainsi que les informations recueillies par les services de renseignement après l’arrestation de plus de deux cents membres de la mouvance salafiste et djihadiste, confirment l’importance de ce groupe lié à Al-Qaida au Liban.

Les observateurs se demandent toujours pourquoi le numéro deux d’Al-Qaida, M. Ayman Al-Zawahiri, n’a pas fait référence aux combats de Nahr Al-Bared, se contentant de bénir l’attentat du 24 juin 2007 contre le contingent espagnol de la Finul au Liban sud, exécuté par un groupe proche du Fatah Al-Islam. C’est que, comme nous l’a expliqué M. Chahine, l’organisation voit d’un mauvais œil son enlisement dans un affrontement clos, à l’intérieur d’un camp, et aussi son isolement – la plupart des forces politiques libanaises, y compris salafistes, se désolidarisant du Fatah Al-Islam. Le siège a réduit la marge de manœuvre d’Al-Qaida et a été l’occasion pour l’armée de procéder à des centaines de perquisitions et d’arrestations.

Mais la persistance de la crise politique libanaise et la tendance croissante de toutes les factions locales à s’armer et à entraîner des combattants peuvent permettre à Al-Qaida de se dissimuler derrière le mouvement sunnite le plus important, le Courant du futur, qui s’emploie à enrôler des combattants sous couvert de sociétés privées de sécurité. Le mouvement de M. Hariri a ainsi pu embrigader deux mille quatre cents miliciens ; il envisage d’en enrôler quatorze mille autres dans le seul nord du Liban. Mais, d’un autre côté, les combats de Nahr Al-Bared ont conduit une partie de l’élite sunnite libanaise à estimer que le prix à payer pour une alliance avec Al-Qaida était trop élevé.

Sentiment d’injustice, absence de solution

Les événements de Nahr Al-Bared ont aussi suscité une mobilisation salafiste de la communauté sunnite, sur la base de faits avérés : certaines mosquées du camp ont été dégradées par les soldats chrétiens ; ils y ont profané des corans, comme dans la prison de Roumieh, où sont enfermés des djihadistes. Plusieurs sites Internet affirmant ouvertement leur appui à Al-Qaida et glorifiant les martyrs du Fatah Al-Islam sont apparus. Sur l’un d’eux, on peut ainsi lire : « Patience… Al-Qaida est de retour au Liban : la fin de Nahr Al-Bared, c’est le commencementd’Al-Qaida. »

Las d’un conflit local sans horizon politique, des milliers de jeunes sunnites regardent avec envie les chiites, qui ont réussi à monopoliser l’effort de résistance contre Israël. Ils se réjouissent aussi des attentats d’Al-Qaida en Occident et de ses victoires, même limitées, en Irak. Une nouvelle génération fréquente les mosquées, où la pensée salafiste-djihadiste la mobilise, dans un contexte de discrédit de la structure officielle de la communauté sunnite – que ce soit le Dar Al-Ifta (organisme du culte sunnite), les fonds islamiques de solidarité ou les tribunaux religieux. Ce discrédit tient à la fois à la prise de position de ces institutions en faveur de M. Hariri et du Courant du futur, mais aussi à leur corruption. A quoi s’ajoutent le sentiment d’injustice et l’absence de toute solution au conflit avec Israël. Al-Qaida peut jouer à la fois sur la peur du chiisme et du Hezbollah, sur la crainte des sunnites d’être marginalisés et aussi sur les sentiments antiaméricains (alors que le gouvernement et les forces sunnites officielles apparaissent comme des alliés de Washington). Pour certains, la solution de ces problèmes réside dans l’islam, et la voie à suivre est celle d’Al-Qaida.

Pourtant, Al-Qaida – pas forcément tous les groupes qui s’en réclament – semble avant tout vouloir faire du Liban une base arrière, un camp d’entraînement et de formation et un lieu de passage sécurisé pour ses combattants vers l’Irak, et de l’Irak vers l’Europe. Le pays est donc prioritairement un laboratoire, où le mouvement peut travailler à développer de nouveaux moyens militaires : de petits avions télécommandés porteurs de trente kilogrammes d’explosifs, des engins explosifs télécommandés capables de résister au système de brouillage des blindés de l’armée américaine en Irak, ou encore des programmes informatiques permettant aux responsables d’Al-Qaida de communiquer de par le monde et de coordonner leurs activités via Internet sans que leurs messages soient interceptés par les services de renseignement locaux, ni même par la National Security Agency (NSA) des Etats-Unis. Dans ce contexte, comme l’expliquait M. Chahine, Al-Qaida n’a pas intérêt à s’impliquer dans les luttes internes libanaises.

Comment l’organisation conciliera-t-elle cette « neutralité » relative avec les récentes dénonciations de la présence de la Finul par son numéro deux, qui furent suivies d’attentats ? Les groupes locaux se réclamant d’Al-Qaida accepteront-ils de se tenir à l’écart de la scène libanaise ? Quelles que soient les réponses à ces questions, une chose est sûre : l’avenir d’Al-Qaida au Liban est bien assuré.

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