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La capitale repose sur un sous-sol gorgé d’histoire

Posted by jeunempl sur février 10, 2008

Beyrouth révèle ses trésors enfouis depuis des millénaires

(L’orient le jour – May Makarem) 

Fouilles archéologiques à BeyrouthAu cours d’une conférence organisée par les Amis du musée de l’Université américaine de Beyrouth, Assaad Seif, directeur et coordinateur des fouilles archéologiques à la Direction générale des antiquités (DGA), a communiqué les résultats des opérations entreprises, depuis 2005, à Beyrouth. La conférence, ponctuée d’une centaine de photographies, a dévoilé d’une part l’étendue de la nécropole romaine de Beyrouth et d’autre part la mise au jour in situ pour la première fois dans le sud de Beyrouth d’installations romaines et d’outils préhistoriques datant de 200 000 ans avant J-C. Par ailleurs, les explorations menées à Achrafieh, rue Ghandour el-Saad, ont livré des pièces archéologiques rarissimes : une Victoire assise sur un trône déclinée en huit exemplaires dans le monde ; une bouteille en forme de pomme de pin dont on ne connaît que six spécimens provenant de sites européens et un vase en verre soufflé rubané considéré jusqu’à aujourd’hui comme unique en Orient. Et à Gemmayzé, l’important complexe cultuel romain n’en finit pas de se dévoiler.

Les projets immobiliers et les travaux de transport urbain entrepris dans les différents secteurs de la capitale ont permis à la DGA d’intervenir pour effectuer des fouilles à Minet el-Hosn, Zokak el-Blatt, Mreijeh, Ghobeiry, la place du Musée, Adlieh, Achrafieh, Badaoui, Gemmayzé, et d’engranger une moisson de découvertes qui vont permettre de décrypter l’environnement dans lequel l’homme vivait autrefois. Les opérations sont menées en coopération avec les archéologues de l’Université américaine de Beyrouth (AUB), de l’Université libanaise (UL), de l’Université Saint-Joseph (USJ) et de l’Université Saint-Esprit de Kaslik (USEK).
À Mreijé, la découverte, par l’archéologue rattaché à la DGA, Hisham Sayegh, d’un matériel archéologique datant du deuxième siècle après J-C « nous donne pour la première fois un indice de la présence d’installations romaines dans le secteur sud-est de Beyrouth », a indiqué le conférencier, ajoutant que les sondages réalisés à Ghobeiry ont aussi livré des informations importantes sur la stratigraphie de la région connue par les préhistoriens comme « les sables rouges de Beyrouth». « Un programme d’intervention géoarchéologique en cours de préparation » permettra à la DGA de pousser ses recherches sur le passé lointain. « Nous allons pouvoir entreprendre, pour la première fois dans ce secteur, une fouille stratigraphique et dater les couches archéologiques, grâce à la découverture in situ d’outils préhistoriques », raconte Assaad Seif, ajoutant que selon l’expertise du Dr Yazbeck, la date de ces outils se situe dans une fourchette chronologique de 200 000 à 40 000 ans avant J-C. La « surprise » a été également la découverte, sous les couches préhistoriques, d’un type de rocher identifié par le géologue et sédimentologue Fadi Nader, comme du « sable endurci ». « À l’origine les lieux étaient une plage puis l’eau est montée d’à peu près cinq mètres à six mètres provoquant un phénomène d’endurcissement du sable. Dans une phase ultérieure, le reflux de la mer a fait apparaître un environnement marécageux et a exposé à l’air et aux intempéries ce rocher de sable cimenté. Par la suite, l’ensablement progressif formé par le vent et l’accumulation des sédiments a été suivi par une pédogenèse qui a transformé le site en un sol fertile, attirant la faune et amenant des activités humaines, comme la cueillette et la chasse », a expliqué M. Seif.

700 000 ans avant J-C
Présentant les analyses micr-morphologiques qui vont permettre d’étudier les phénomènes de déposition et de formation du site exploré, Assaad Seif a fait observer que depuis 700 000 ans et jusqu’à l’époque contemporaine, le rivage a été caractérisé par cinq transgressions (ou variations du niveau de la mer) dites « Zakrounien » (700 000 ans à 600 000 ans), « Jbeilien I » (400 000 ans), « Jbeilien II » (il y a 300 000 ans), « Pré-Enféen » (vers 150 000 ans avant J-C, à la période où l’homme a taillé ses outils) et « Enféen ». Pour schématiser, on peut dire qu’il y a 300 000 ans Ghobeiry était sous l’eau. Vers 300 000 et 150 000 ans, la région est devenue une zone lagunaire marécageuse où les agents biologiques ont transformé les sédiments en un sol fertile. Asséchée aux alentours de 150 000 ans, elle connaîtra une activité similaire à celle des régions désertiques. « Notre site de prospection se situe dans une frange de 200 0000 à 150 000 ans avant 1950 de notre ère », a dit le conférencier, soulignant que l’exploration s’est déroulée dans un périmètre de 20 mètres de large sur 10 mètres de long, « le tiers de la zone qu’on va fouiller d’ici à quelque mois ».

L’âge du bronze à Adlieh
Les investigations géomorphologiques se poursuivent également dans le secteur de Adlieh (Palais de justice) où les archéologues ont déterré des vestiges préhistoriques et des habitations de l’âge du bronze ancien I, mais aussi près du stade de Chayla, sur le site du futur campus de l’Université Saint-Joseph dont le sous-sol antique recèle du Kébarien géométrique datant du 17 350 à 14 650 avant notre ère. Cette période est caractérisée par l’abondance de microlithes, très fines et minuscules lames de pierres, tranchantes comme des rasoirs, difficiles à repérer, et utilisées pour tailler les os des cervidés et fabriquer les outils des chasseurs. « La découverte de cette pierre est le premier témoignage de la présence, à Beyrouth, des derniers groupes de chasseurs », a signalé le directeur des fouilles. De même, un microlithe de la phase du Nautoufien a été exhumé dans son milieu naturel : « Nous en avons une collection, mais cette pièce est une des rares trouvailles in situ, a-t-il poursuivi, ajoutant que la DGA et l’USJ conjuguent leurs efforts en vue de pousser plus avant les recherches pour accumuler toute la documentation scientifique.
Toujours sur le chantier de l’USJ, plusieurs types d’inhumations datant de diverses phases montrent que la nécropole romaine a été utilisée durant une longue période. À 200 mètres de là, le cimetière de Ras el-Nabeh témoigne, d’ailleurs, de la permanence de l’utilisation du site comme lieu funéraire, a fait observer Assaad Seif. La nécropole s’étend à Zokak el-Blatt, à Rmeil et à Saint-Nicolas où les experts ont mis au jour une construction dotée d’un escalier menant à une salle carrée comportant des loculis (espaces destinés à recevoir les sarcophages). Dans une des tombes, « s’agissant probablement d’un cas de paludisme », les archéologues ont trouvé de la chaux. À la rue du Liban, outre la pièce de monnaie retrouvée à côté d’un squelette, permettant au défunt de payer la traversée du fleuve Styx qui sépare le monde des vivants de celui des morts, c’est la découverte d’un reste de tissu, conservé grâce à des conditions microclimatique, qui intéresse particulièrement les spécialistes.

Rue Ghandour el-Saad
Mais le clou du spectacle reste du côté de la rue Ghandour el-Saad où des dizaines de sarcophages datant du 1er, 2e et 3e siècles de notre ère, ont été exhumés jusqu’à ce jour. Une tombe enfermait notamment les reliquats des effets personnels du mort, qui avaient été déposés à ses pieds, et qui ont été étudiés par la spécialiste Nada Kallas. Le lot comporte 200 pièces d’objets de verre, de céramique, de miroirs en bronze et d’objets divers dont une victoire assise sur un trône (huit exemplaires dans le monde et unique dans une fouille stratifiée, selon Assaad Seif) ; une bouteille en forme de pomme de pin datant du 1er siècle (six exemplaires provenant de sites européens) ; un verre soufflé rubanné du 1er siècle (unique exemplaire en Orient) et des balsamaires millifiorés (2e siècle). « Ces objets vont nous permettre de pousser nos recherches sur les ateliers qui les ont fabriqués », a dit Assaad Seif.
Des appliques en plomb représentant des « figures » ont été également retrouvées sur le site. Elles proviennent des cercueils en bois largement usités au 1er siècle. Un changement de tradition est ensuite survenu avec l’utilisation de la terre cuite et de la pierre, et plus tardivement, vers le IIIe siècle, le plomb. Selon les estimations des experts qui travaillent sur le terrain depuis six mois, quelque 300 sarcophages pourraient être exhumés. L’ensemble des sites funéraires d’Achrafieh, de Gemmayzé et de Zokak el-Blatt apporte une somme de connaissance sur les modes d’inhumation et sur la typologie funéraire de la nécropole romaine de Beyrouth.
Parallèlement aux opérations menées à la rue Ghandour el-Saad, les archéologues continuent d’explorer le terrain de Joseph Moawad, rue Maroun Naccache, à Gemmayzé. Les excavations qui ont dévoilé les strates superposées de la période médiévale, romaine, hellénistique, ainsi que des céramiques datant de la fin de l’âge du fer, ont mis au jour le premier complexe cultuel découvert en dehors du centre-ville (place de l’Étoile et Lazarieh). Il est doté de dallages en marbre, d’un sol en opus picatum, d’habitude utilisé à l’intérieur d’un temple, de mosaïques, de colonnes de marbre et de granite et de quatre autels, dont deux couverts d’inscriptions : l’une dédiée à la triade héliotropine, Jupiter-Vénus-Mercure, l’autre à la déesse marine Leucothéa, fille de Cadmos. La construction a été malheureusement pillée dans l’Antiquité, « une partie des fondations et des dallages en marbre sont dans un état très détérioré », a indiqué le conférencier, ajoutant qu’au cours de la première moitié du 1er siècle, les lieux ont été transformés en zone industrielle. « Les déchets récupérés sur le site, comme le verre et le bronze, sont actuellement sous étude au laboratoire de la DGA ». Le complexe cultuel semble avoir une structure tentaculaire allant au-delà du terrain Moawad jusqu’au parking du central où les fouilles ont mis au jour la continuité du mur du complexe, de la mosaïque et de l’opus picatum, mais aussi un labrum (grand bassin circulaire où les gens puisaient de l’eau) et un escalier qui mène à une galerie voûtée dont « le niveau correspond à celui du plancher du complexe cultuel. Donc ce complexe est bel et bien important : il a des galeries, des soubassements tels qu’on trouve dans les complexes cultuels de l’époque romaine ».
Si l’on calcule la superficie des différentes parcelles du complexe, on peut aboutir déjà à dix mille mètres carrés », a encore souligné Seif. Sur le même site toujours, les couches ont dévoilé « pour la première fois au Liban » un atelier de bronzier, sa table, son four et une statue en bronze représentant Apollon.
Et pour conclure, Assaad Seif assure que la DGA prévoit de réintégrer in situ les vestiges lapidaires dans les jardins des nouveaux bâtiments et d’inscrire les divers paysages d’Achrafieh à Gemmayzé dans un circuit archéologique. Pour conserver la mémoire de Beyrouth.

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