Mouvement pour le Liban

Représentant le Courant Patriotique Libre en Belgique

Colère, deuil et tension

Posted by jeunempl sur janvier 30, 2008

(La Libre Belgique – Émilie Sueur)

Les heurts meurtriers de dimanche soir font craindre un retour de la guerre civile. Qui a tué les manifestants chiites ? L’opposition veut une réponse, vite. Sinon…

Reportage

A Haret Hreik, bastion du Hezbollah, une trentaine d’hommes, les traits tirés, discutent à mots feutrés devant l’entrée d’un immeuble, sous une treille de vigne. Un cheikh arrive et présente ses condoléances. Sur la porte d’entrée, est collée une affichette sur laquelle est reproduite la photo d’un jeune homme. Youssef Choukair avait 17 ans. Il a été tué dimanche soir à un kilomètre de chez lui, lors des émeutes qui ont embrasé la banlieue sud de Beyrouth. Une balle a traversé sa poitrine de part en part.

 » Youssef n’était ni membre de Amal ni du Hezbollah (les deux partis chiites piliers de l’opposition). Il était juste descendu dans les rues pour voir ce qui se passait « , assure son frère, Ahmad, 20 ans. Huit personnes, dont un responsable d’Amal, ont été tuées lors de ces émeutes.

Depuis deux semaines, des manifestants proches de l’opposition descendent régulièrement dans les rues pour dénoncer le rationnement de l’électricité et la hausse des prix. La majorité anti-syrienne estime que ces manifestations sont orchestrées par l’opposition pour faire pression sur le gouvernement, alors que l’élection présidentielle bute sur la répartition des postes dans le futur cabinet d’union nationale.

L’opposition rejette ces accusations, assurant que les manifestations ne sont que l’expression spontanée d’un ras-le-bol populaire. Ras-le-bol qui s’est transformé, avec les morts de dimanche, en colère.  » Je veux l’assassin de mon frère ! Fouad Siniora (le Premier ministre), Samir Geagea (chef des forces libanaises, parti chrétien) et Saad Hariri (tous trois membres de la majorité) sont responsables de sa mort. J’espère que bientôt, ils pleureront aussi ! « , lance Ahmad. Ali, le cousin d’Ahmad, entraîne les visiteurs à l’écart :  » Il ne faut pas prendre au pied de la lettre ce que dit Ahmad. Il est en colère, c’est normal . »

Sur la suite des événements, Ali estime que les prochains jours devraient être calmes.  » Nous sommes en deuil. Mais si dans une semaine, nous ne savons pas qui est responsable de la mort de Youssef, alors tout peut arriver « , prévient toutefois le jeune homme. Des déclarations qui réveillent de vieux démons au Liban. C’est dans le quartier où se sont déroulées les émeutes de dimanche soir qu’a démarré la guerre civile libanaise en 1975.

Lundi, le déploiement militaire y était fortement renforcé. Si les autorités n’avaient toujours pas établi la responsabilité des tirs de dimanche, alors que les médias libanais ont fait état de la présence de snipers mais aussi de tirs de la part des manifestants, pour les habitants de Haret Hreik, il n’y a que deux options possibles :  » Des soldats, ou des miliciens des forces libanaises « , comme l’affirme Hiba, une pharmacienne de 27 ans.

Les forces libanaises sont extrêmement populaires à Ain Remaneh, un quartier chrétien limitrophe de la banlieue sud, à majorité chiite. Dimanche soir, les manifestations ont dérapé en atteignant ce quartier, où l’explosion d’une grenade lancée par des manifestants a fait 7 blessés. A Ain Remaneh, les habitants démentent avoir tiré.  » Tant que l’armée nous défend, nous ne ferons rien. Mais, si l’armée n’est plus là, alors nous défendrons nous-mêmes notre quartier « , explique un homme qui ne souhaite pas donner son nom.

Le Hezbollah, qui estime que le gouvernement est responsable du bain de sang, a de son côté appelé à ce que les responsables des tirs soient identifiés.  » Ont-ils été tués par l’armée ? Qui a donné les ordres ? Ou bien une autre partie a-t-elle tiré sur les manifestants ? « , peut-on lire dans un communiqué du parti de Dieu.

Dans un Liban divisé, l’armée est la dernière institution multiconfessionnelle à se maintenir au-dessus de la mêlée. Un positionnement qui lui a donné assez de légitimité pour s’interposer avec succès lors des débordements violents. Un positionnement qui a également permis à son chef, le général Michel Sleimane, de faire consensus autour de son nom en tant que candidat au poste de président, vacant depuis le 24 novembre. Si l’armée était placée en position d’accusé dans les émeutes de dimanche, son image de neutralité en serait fortement affectée et sa mission en deviendrait d’autant plus compliquée. Conscient de ces risques, le Premier ministre a appelé lundi à éviter toute politisation de l’armée.

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