Mouvement pour le Liban

Représentant le Courant Patriotique Libre en Belgique

Une messe pascale contre l’oubli à Bar’am, village chrétien détruit du nord d’Israël

Posted by dodzi le avril 13, 2009

Le Monde

C‘est une église noyée dans la nature. Une chapelle perdue dans un champ de boutons d’or, sur une colline de Haute-Galilée, dans le nord d’Israël. Chaque dimanche de Pâques, l’endroit connaît un miracle. Les paroissiens, invisibles en temps normal, affluent tout d’un coup de derrière les sapins et convergent vers le petit parvis pour se masser autour des piliers de la nef. Cette année encore, les hommes en costume, le visage grave, et les femmes bien mises ont suivi la cérémonie pascale, dans le culte maronite. Mais, ici, les chants de messe ont un parfum de ferveur et de fierté sans équivalent en Terre sainte. Car l’église est la balise de Bar’am, un village fantôme, dépeuplé et démoli par les troupes du jeune Etat juif, il y a près de soixante ans.

Son clocher signale la présence en contrebas d’un véritable lacis de ruines, enfouies sous les ronces et les herbes folles. Des morceaux de murets, un bout d’escalier, des façades en lambeaux : autant de révélateurs d’un passé prospère, interrompu par la première guerre israélo-arabe et ranimé, à chaque cérémonie, par les prières des fidèles. "Cet endroit, c’est mon sang, c’est mon âme, dit Naheda Zahra, 47 ans, à la sortie de la messe. A chaque fois que je viens ici, je revis."

Le calvaire de Bar’am commence le 29 octobre 1948, quand David Ben Gourion, premier ministre de l’Etat d’Israël proclamé six mois plus tôt, déclenche l’offensive Hiram. La cible est la zone frontalière avec le Liban, que le plan de partage de la Palestine – voté par les Nations unies en 1947 et rejeté par tous les pays arabes – avait attribuée aux Palestiniens. En l’espace de soixante heures, plusieurs dizaines de milliers de villageois sont jetés sur les routes de l’exil dans les combats entre les forces arabes et la Haganah, l’embryon de l’armée israélienne. Ces opérations, répétées sur tout le territoire de la Palestine mandataire, aboutiront à l’exode de 700 000 Palestiniens, qui lui vaudra le nom de Nakba ("catastrophe").

"RÉFUGIÉS SUR NOTRE TERRE"

A Bar’am, l’ordre d’expulsion tombe le 13 novembre. "Le commandant affirmait qu’il s’agissait d’une évacuation temporaire pour raisons de sécurité", raconte Khalil Badin, l’un des patriarches du village, âgé de 24 ans en 1948. Les 850 habitants se regroupent pour la plupart dans la localité voisine de Jish, dans l’attente du retour promis. Mais la consigne ne viendra jamais. Pour graver dans la pierre le rejet de leur pétition par la Cour suprême, l’aviation israélienne bombarde le village en 1953. "Tous les bâtiments ont été détruits, à l’exception de l’église, dit Khalil Badin. On a regardé l’attaque depuis un surplomb, que l’on appelle entre nous la colline des lamentations."

Pendant quarante ans, les villageois multiplient les requêtes. A force de manifester, ils obtiennent le droit de célébrer des messes dans l’église et d’enterrer leurs morts dans le cimetière. Mais tous les premiers ministres israéliens rechignent à leur permettre de rebâtir leurs maisons : ils redoutent d’établir un précédent susceptible de conforter le "droit au retour" accordé par les Nations unies aux réfugiés palestiniens. Pour combattre la lassitude qui s’empare parfois des jeunes générations, l’association Al-Awda ("le retour") est créée, qui organise des camps d’été. "Nous sommes réfugiés sur notre propre terre, nous n’oublierons jamais", dit Wassim Ghantous, l’un de ses responsables, âgé de 25 ans.

Dans ce culte des ruines, les jeunes chrétiens croisent parfois de jeunes juifs. Arguant de la présence, juste à côté de l’église, d’un temple antique identifié comme une synagogue, les autorités israéliennes ont transformé Bar’am en parc national. A chaque shabbat, des touristes déambulent entre les colonnades. La brochure qui leur est remise consacre deux lignes à l’expulsion des villageois, qualifiée d’"évacuation". Elle fournit d’amples détails sur l’histoire de la synagogue et sur l’inscription frappée sur son linteau. "Que la paix soit sur cette terre et toutes celles d’Israël."

Benjamin Barthe
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