Mouvement pour le Liban

Représentant le Courant Patriotique Libre en Belgique

Le 14 mars: de 1989 à 2005… la vérité!

Posted by jeunempl le mars 14, 2009

MPLBelgique.org

[A l'occasion des 20 ans du lancement du processus de libération un certain 14 mars, le MPLBelgique.org retranscrit en français le contenu d'un reportage qui retrace l'histoire de la bataille pour la libération, du 14 mars 1989 (date du lancement de la guerre de libération contre l'occupation) au 14 mars 2005 (date de la gigantesque manifestation anti-syrienne commémorant cet évènement) ]

tayyar-demo-cpl-manifA travers ce reportage, la OTV retrace l’histoire de la résistance libanaise à l’occupation syrienne, qui débuta un certain 14 Mars 1989. Il s’agit également de se souvenir des conditions dans lesquelles les accords de la honte (ou accords de Taëf, en octobre 1989) ont été imposés au peuple libanais. C’est le premier reportage aussi complet sur l’histoire de la lutte contre l’occupation syrienne. Attention, ceux qui pensent que la lutte contre l’occupant syrien a commencé le 14 février 2005 risquent d’être choqués par les témoignages et les images que l’on retrouve dans ce reportage.

Reportage

1er épisode

Général Aoun: Vu ce qui s’est passé aujourd’hui et après les bombardements aveugles de l’armée syrienne ennemie sur le territoire libanais, le gouvernement s’est réuni et a décidé de prendre les démarches nécessaires pour que l’armée syrienne se retire immédiatement du territoire libanais.

Je suis devant une décision. Je ne prends cette décision qu’en fonction de celle du peuple. Ma décision dépend de la vôtre. Vous me dites « ok, on est avec toi », alors je mène la marche devant vous, pas derrière. Vous me dites « non », alors je refuserai d’aller plus loin!

(images du soutien populaire qui s’est manifesté le lendemain de ce discours)

Pierre Rafoul: le général Aoun compte sur son armée, son peuple et sur son droit, et Dieu est avec lui.

Général  Aoun: Je suis venu aujourd’hui pour vous dire que notre détermination est solide et ne change ni avec le temps, ni avec le lieu. Aujourd’hui, ils négocient en Europe, et demain peut-être aux Etats-Unis. Toutes ces négociations n’ont aucune valeur si elles ne dépendent pas de votre volonté et si elles n’expriment pas ce que vous souhaitez dans l’avenir.
Cette maison, considérez-la comme la votre. Elle vous appartiendra à jamais.

Général Aoun: la guerre de libération fut le résultat de la situation politique syro-libanaise et régionale très compliquée. La guerre de libération était pour combattre une occupation bien précise. Les causes sont nombreuses: politique, militaire, et sécuritaire.
Après la fin du mandat du président de Gemayel, j’ai été désigné comme président d’un gouvernement transitoire. La première chose que le gouvernement syrien a faite, c’est de déclarer qu’elle ne reconnaissait pas la légalité, pourtant reconnue constitutionnellement, de ce gouvernement. Elle a fait pression sur les ministres musulmans pour qu’ils ne nous rejoignent ou bien pour qu’ils démissionnent.
Ensuite, ils ont fait un embargo financier. Et troisièmement, ils ont désigné un autre commandant en chef de l’armée, en parallèle avec celui de Yarzé. Et puis, ils ont commencé à prendre des mesures politique, économiques et militaires contre notre gouvernement, ce qui préparait l’affrontement du 14 mars 1989. L’étincelle, c’était quand on a pris le quai 5 du port de Beyrouth des mains de la milice des Forces Libanaises. On a voulu rétablir l’autorité de l’état au port de Beyrouth. On a essayé d’ouvrir les points de passages. La Livre libanaise s’est redressée de façon spectaculaire par rapport au dollars. Et nous avions reçu l’approbation des 2 régions, Beyrouth Est et Ouest. Il y avait une amélioration de la situation économique. Même les responsables dans le gouvernement l’ont aussi constaté, ce qui a constitué une gêne pour la Syrie qui avait peur de voir les Libanais se rassembler autour du gouvernement transitoire. De nouveau, ils ont pris des mesures restrictives, fermé les points de passage, surtout après la prise de contrôle du quai 5 du port de Beyrouth. En plus, nous avons repris le projet de l’ancien premier ministre, Rachid Karamé, qui envisageait la fermeture de tous les ports illégaux pour faire revivre le port de Beyrouth.

Nadim Lteif: Les gens ont repris confiance. Le port était ouvert de nouveau. Le 2 mars 1989, il y avait 36 navires dans le port et la douane recommençait à travailler. Même Beyrouth Ouest encourageait cela.

Général Aoun: Les milices ont alors mis la pagaille parce qu’ils avaient des ports illégaux. Et c’est ainsi qu’ils ont bombardé le port de Beyrouth pour le fermer de nouveau. Après 1 semaine, un navire a été touché au port de Beyrouth, nous avons riposté en visant la source des tirs, ça venait du côté sud aux environs de l’aéroport. Et ce jour-là, j’ai donné l’ordre de ne pas tirer de la zone qui va de l’est de l’aéroport en allant vers Beyrouth. après avoir tiré sur des zones militaires, nous avons été surpris que Beyrouth, et spécialement la région de l’Unesco, étaient bombardée. Ce jour-là, plusieurs civils ont été blessés.

Nadim Lteif: Puis tout à coup, les régions de Beyrouth et de Jounieh sont bombardées le 13 mars 1989. L’activité s’est alors arrêtée. Et là, a débuté une série de bombardements inimaginables sur plusieurs régions de l’Est, spécialement le 14 mars 1989. Et je me rappelle ce jour-là, je suis allé au ministère de la Défense et j’ai vu les résultats du bombardement, les dégâts dans le bureau du général. Evidemment, le général ne va pas attendre et prier, et nous de même, en leur disant: « oui, continuez vos bombardements et nous, on signe ».
A 18h, le général a communiqué le lancement de la guerre de libération.

A cause de cette occupation et de la guerre au Liban, est née la décision de libération. Et son annonce le 14 mars 1989 n’était pas un simple fait du hasard mais une réponse à l’occupant. Une des caractéristiques de cette riposte, c’est qu’il a constitué un tournant dans cette guerre car il a fait tombé le masque sur la guerre civile car en fait, c’était la guerre des puissances étrangères à travers leurs pions libanais. Ce qui a bouleversé les données et le peuple et l’armée sont devenus un seul corps face à l’occupant.

Le peuple libanais avait pris dans ses bras l’armée libanaise et l’unité des « Ansar » de manière très particulière. Dans toutes les régions, les gens nous accueillaient chez eux. Si on avait besoin de vivres, ils nous l’assuraient parce que parfois, il était difficle d’approvisionner certains certaines casernes très éloignées. Donc, les familles prenaient en charge toute présence militaire.

Pierre Rafoul: Quand on a instauré notre comité, on l’a appelé l’armée de l’union et de la libération.

2ème épisode

Pierre Rafoul: Cette appelation avait une signification. L’union parce qu’on voyait que le peuple était divisé ». Libération, parce que le Liban était occupé. Il fallait faire quelque chose. Notre groupe, nous étions une cinquantaine de voitures, est allé marquer son soutien à l’armée au ministère de la Défense, à Yarzé. Nous étions sous les bombes mais une fois sur place et l’aide en place, c’était la fête…

(images du soutien dans un esprit de fête)

Général Salim Kallas: Les familles et la population aidaient les soldats, les ravitaillaient. Et l’armée à son tour assurait protection et les accueillait en des endroits sûrs. Tant l’armée que la population étaient dans la même situation. C’est pourquoi ils ne faisaient qu’un, ensemble, pour s’en sortir.

(Témoignage de M. Zouein)

Lors de la conclusion des accords de Taëf, la population est partie marquer son soutien au gouvernement militaire de transition afin de refuser cet accord injuste. Lorsque l’élan populaire devenait sérieux, le Dr. Pierre Rafoul et plusieurs autres personnes, parmi les plus influentes dans leurs régions, se sont réunies afin de structurer cet élan, le coordonner pour le rendre plus efficace encore. Ils ont appelé cet ensemble de soutien, le BCCN (bureau central de coordination nationale). Ce comité s’est alors élargi à 104 personnes, représentant tous des groupes importants.

Le Dr. Pierre Rafoul explique que la grosse foule s’est manifestée lorsque le général Aoun a demandé de choisir entre les accords de Taëf et la libération complète. Si le choix se portait sur les accords de Taëf, le général Aoun était prêt à se retirer, et les gens, sentant que le général n’était pas le genre à plaisanter, s’est sentie obligée de marquer son soutien de manière effective. Le soir de son discours, des milliers de personnes s’étaient déjà amassés au palais du peuple pour marquer leur soutien à l’option libératrice du général.

Extrait du discours du général: « Je vous ai appelés et vous êtes venus. Vous êtes les décideurs. Et personne d’autre que vous ne peut vous représenter dès aujourd’hui. »

Pascal Azzam: Le peuple est monté de son propre chef à Baabda, et spontanément. Il y avait de plus en plus de groupes et d’associations qui venaient manifester leur soutien au général Aoun. Et l’ambiance à ce moment faisait qu’il était opportun de faire un sit-in au palais présidentiel. Cela signifie que le peuple devait s’installer jour et nuit au palais. L’objectif était de réussir ce sit-in pour donner la véritable image « médiatique » de la volonté populaire. De là, est parti l’idée d’un bureau qui organise ce rassemblement, pour coordonner et rassembler les différent groupes.

Pascal Azzam: en 3 ou 4 jours, 500 tentes avaient été placées aux alentours du palais de Baabda. Et ce n’est pas nous, en tant que bureau de coordination (BCCN), qui avions apporté ces tentes. Ce sont les habitants de différents villages qui sont venus avec leur matériel et qui se sont installés. Notre rôle était simplement de coordonner ce flux.
Ce qui est à souligner, non seulement y avait-il ce flux de personnes mais aussi, cette organisation et cette démocratie dans l’organisation. Et cela, on le retrouvera après le 13 octobre de nouveau.
Il y avait des groupes en tout genres qui venaient manifester leur soutien, des équipes sportives, des commerçants et groupes de commerçants importants.

Tout le monde contribuait à rendre service. Ceux qui nettoyaient le palais du peuple pouvaient très bien être des personnes très qualifiées, l’ambiance était telle que les différences sociales s’étaient aplaties.

3ème épisode

Au nom de Dieu, clément et miséricordieux,
Allah est grand, Allah est grand, Allah est grand!
Nous croyons en un seul Dieu, un seul peuple, en un seul pays, une seule armée et un seul Général!

Le palais du peuple était un lieu de rencontre pour toutes les personnalités: des religieux, des artistes, des médecins, des ingénieurs, des syndicalistes, des professeurs, des avocats, des agriculteurs, des mères de familles, des étudiants… de toutes les régions du Liban. C’était l’occasion pour ces gens de lancer leurs idées à l’intérieur comme à l’extérieur. Ce qui les soudait davantage et laissait porter leurs voix jusqu’à l’étranger à travers des messages lancés durant ces manifestations.

Saïd Akl (grand poète libanais): A notre grand peuple, ce jour sera marqué dans l’histoire car quand le Général est en danger, le peuple aussi a décidé d’être en danger.

Pascal Azzam: Suite aux menaces lancées contre le général Aoun, une longue chaîne humaine s’était formée du palais de Baabda jusqu’au siège de l’Eglise vaticane à Harissa, en passant par le patriarcat maronite de Bkerké. Il y avait aussi des coureurs qui faisaient passer un flambeau et le drapeau libanais jusqu’au siège de l’Eglise vaticane à Harissa. C’est un message que les gens voulaient adresser. Pourquoi le siège de l’Eglise vaticane à Harissa? Parce qu’on voulait adresser un message direct aux Occidentaux. Le message était aussi adressé à Bkerké, qui était sur la route de l’ambassade papale. Le message insistait sur la libération des prisonniers dans les geôles syriennes.

Pierre Rafoul: Après l’ouverture vers l’autre région et l’élan populaire en faveur de cela, il fallait matérialiser cette unité populaire. On a choisi de faire signer un énorme drapeau libanais, divisé en parties qu’on a envoyé aux 4 coins du pays. En quelques jours, plus de 130.000 signatures avaient été recensées sur le drapeau. Ensuite, toutes les parties du drapeau ont convergé au palais du peuple. On s’en est occupé jusqu’au bout, et heureusement on a su le préserver de l’offensive du 13 octobre 1990. Encore maintenant, il est conservé et on le considère comme faisant partie intégrante de notre combat.

(musique)

Pierre Rafoul: La stratégie, c’était de lancer cet appel au peuple pour soutenir son armée dans cette bataille pour la libération du pays. On a vu affluer les gens en masse, apporter leurs économies, des chèques,etc… des associations caritatives, qui avaient elles-mêmes besoin d’aide, nous étonnaient en versant ce qu’elles avaient pour soutenir l’armée.

(Témoignages)

Pascal Azzam: Il y avait cet esprit de discipline chez les gens. Exemple: un jour, il pleuvait et des gens devaient sortir sous la pluie. Un camion de parapluies a été offert par une société et les gens se servaient. Mais au moment de rentrer chez eux, ils laissaient le parapluie sur place ou devant la sortie…

Pierre Rafoul: C’est vrai qu’il y a eu cet élan du peuple, mais aussi les autres régions ont soutenu notre combat. Du fioul arrivait de Tripoli, les vivres, fruits et légumes arrivaient de Saida, on amenait de Dahieh de la viande, du pain, et de la montagne aussi, ils amenaient des choses dont on avait besoin.

(Témoignages de diverses régions, Jezzine notamment, appuyant le général Aoun)

Pierre Rafoul: Le génie de Michel Aoun est d’avoir refusé l’esprit de milice, il a instauré une unité appelé « Ansar el Jeich ». Il a appelé tous les jeunes qui voulaient adhérer à l’armée de rejoindre cette unité. Au moment de la guerre de libération, cet engagement s’est accru encore plus.

Général Salim Kallas: personne ne peut imaginer à quel point de motivation ont était arrivé. J’avais près de 1000 jeunes volontaires dans cette unité. Ils faisaient un travail aussi efficace que l’armée elle-même. Il y avait des ingénieurs, des jeunes,etc.

4ème épisode

Dr. Antoine Harb: Lors de la guerre de libération, nous étions 25 jeunes prêts à mourir, dans une caserne militaire à Jbeil (Byblos). Après avoir effectué les entraînements, nous nous sommes répartis sur les fronts. J’ai été envoyé entre Madfoun et Jbeil jusqu’à ce que la région où j’étais tombe entre les mains des Forces Libanaises le 31 janvier 1990.

Pierre Rafoul: L’élan des jeunes pour soutenir l’armée était impressionnant. Environ 4000 jeunes sont entrés dans l’armée libanaise, que ce soit au niveau des Ansar (section spécialement ouverte pour les nouvelles recrues) et des ingénieurs et autres dans l’artillerie. De plus, pour la première fois, des filles rejoignaient l’armée.

Serment des jeunes soldats: Je jure en Dieu tout puissant que j’accomplirai mon devoir jusqu’au bout pour défendre le drapeau et sauver mon pays, le Liban.

(musique)

Pierre Rafoul: Les volontaires et les Ansar accomplissaient les mêmes tâches que les soldats. Par exemple: là où il y avait 5 soldats, on mettait 10 volontaires. Ils creusaient des tranchées, fortifiaient les casernes, montaient la garde. Beaucoup aussi participaient à des combats. Plusieurs d’entre eux sont morts en martyrs et ils avaient leur diplôme de médecine, d’ingénieur et autres.

Antoine Harb: Nous avons été emprisonnés pour une période et un de mes proches, qui s’appelait aussi Tony Harb, était tué. Finalement on a pu quitter la région, et je suis parti avec mes parents au Nord. Puis nous sommes venus du Nord à la Bekaa, ensuite au Metn et enfin à la côte.
Je me rappelle surtout lors de la bataille avec les Syriens, on était en service à Madfoun le jour où on a déclaré « journée de solidarité avec le Nord ». Il y avait un convoi de manifestants qui se dirigeait vers le Nord. Au barrage syrien qui était en face de celui de l’armée à Madfoun, nous on avait pour ordre de laisser la liberté aux gens de manifester. 1 km séparait les 2 barrages et on a laissé les manifestants passer. Dès qu’ils se sont dirigés vers le barrage syrien, ces derniers ont ouvert le feu sur les manifestants et une femme de la famille Hanna a été tuée. Nous étions obligés de riposter, surtout pour couvrir les manifestants. Le front s’est enflammé, et nous avions utilisé toutes les armes et moyens dont on disposait.

(Interviews de volontaires, étudiants)

Général Salim Kallas: Pendant la guerre de libération, nous avons vécu des moments difficiles. D’abord, il y avait l’embargo d’approvisionnement et de survie. Donc, les combustibles étaient rares. Cela limitait les actions militaires car nous n’avions pas de stocks suffisants. Maintenant en ce qui concerne les munitions, c’est une question de survie. On n’utilisait pas les munitions n’importe comment. On tirait toujours sur des cibles précises, la source des tirs ennemis. Nous avions toujours cette obsession de ne pas gaspiller nos munitions, ni nos combustibles pour faire fonctionner nos engins de guerre.

Nadim Lteif: En ce qui concerne les informations livrées au gouvernement et au général Aoun, évidemment il y avait des difficultés. En ce temps-là, qui pourrait venir nous informer? Et puis, il y avait les possibilités techniques, très rares. Malgré tout, quand je pense au passé, il y avait en effet des éléments qui, à partir de moyens très primitifs, arrivaient à nous fournir des informations très précises… si précises qu’on pouvait douter de sa véracité au palais. Et finalement, on trouvait que c’était correct. Par exemple, on arrivait à compter les obus qui se trouvaient à côté des chars, sous tel ou tel pin à Khanchara, Bteghrine,etc. Des gens venaient même à pieds, depuis la montagne du Metn, pour me livrer ces informations.

Naji Hayek (Joseph Saker à coté): J’étais étudiant en dernière année de médecine.,J’avais une carte, comme celle des médecins, qu’on mettait dans [le pare-brise de] la voiture. Ça nous facilitait la tâche, les Syriens nous laissaient passer au barrage. C’était plus facile pour certains, mais d’autres passaient même par les bois. On repérait les endroits où il n’y avait pas de mines et les militaires nous rejoignaient pour nous faire passer.

Nadim Lteif: Il y avait des gens qui venaient de la Bekaa et du Nord bénévolement et me fournissaient des renseignements qui se révélaient correctes par la suite. Celui qui s’exposait au danger en passant par plusieurs barrages, depuis le Mtein en subissant les bombardements, ces gens-là ne viennent pas pour l’argent. Ils ne touchent pas de salaire, au contraire.
En 1990, le ministre des Finances, le général Edgard Maalouf, me dit: « c’est fini, il n’y a plus d’argent ». La banque centrale avait arrêté de débiter de l’argent pour les régions Est.

Naji Hayek: En fait, parfois, de notre propre chef ou par des instructions venant de l’armée, on avait des relations avec des groupes à Beyrouth-Ouest, au Nord à Akkar. Ces groupes étaient aussi contre les Syriens. A Tripoli, il y avait des groupes sunnites contre la Syrie. Ils nous aidaient en faisant passer des renseignements, nous informant sur leurs lieux de mobilisation des troupes [syriennes]. Parfois, ils affichaient les portraits du général Aoun. A Beyrouth-Ouest, il y avait des gens qui laissaient passer les militaires pour effectuer des opérations contre les Syriens ou pour d’autres missions à caractère militaire.

Général Salim Kallas: A propos de notre situation pendant la guerre de libération, il y avait beaucoup de sympathie de la part des habitants de Beyrouth-Ouest envers l’armée libanaise. Et on nous informait souvent sur les lieux où se trouvaient l’armée syrienne et sur son déploiement. En plus de cela, bien sûr, quand l’artillerie envoie ses obus, il faut quelqu’un sur place pour corriger les données. Plusieurs étaient là pour nous aider à bien viser les cibles militaires, sans endommager les civils.

Naji Hayek: J’allais de temps en temps dans les régions occupées pour corriger les tirs quand l’artillerie entrait en action. Et quelques bases ont été touchées grâce à ma contribution et j’en suis fier.

5ème épisode

Sur la chanson « Liban Libre »,chantée par Guy Béart chez le général Aoun: images de la visite de députés et responsables français soutenant le général Aoun et la résistance libanaise.

Robert Hanna: Nous avons lancé une pétition pour soutenir la bataille de la libération ainsi que le général Aoun. Cette pétition a été signée par les Libanais dans toutes les régions mais aussi des étrangers, notamment des responsables au sein du parlement au Canada. Et ces signatures, on les envoyait au Liban pour appuyer cet élan. Cette démarche de la guerre de libération a été épaulée par les Libanais à l’étranger. Ils ont formé des comités pour aider le gouvernement transitoire dans son travail et ses décisions, que ce soit au niveau moral ou politique à travers leurs communications avec le monde extérieur pour susciter l’intérêt de la communauté internationale et mettre fin à l’occupation.

Simon Abi Ramia: Les Libanais de la diaspora suivaient toute l’actualité et les évènements du Liban. Un sentiment populaire spontané commençait à naître pour soutenir le général Aoun à Baabda. Ce jour-là, on a diffusé les images sur les écrans TV bien que l’émission à l’étranger n’existait pas. Les Libanais suivaient l’évolution des évènements par téléphone et par radio internationale et les mouvements se formaient spontanément. En France, il y avait beaucoup d’associations. A Paris même, il y en avait un certain nombre qui aidaient à travers des amis et des proches leurs compatriotes au Liban. Et il y avait aussi des associations dans toutes les régions françaises, à Lyon, Marseille, Nice, Toulouse et chacun travaillait dans son contexte à lui. Avec le temps, on s’est rapproché, on se découvrait.

(discours)

Dr. Nabil Sahlani: Pendant la guerre de Libération, nos contacts avec le gouvernement des Etats-Unis, de la Maison Blanche au Congrès en passant par le Sénat, avaient pour but d’expliquer la véritable situation car toutes les informations qui leur parvenaient étaient contre nous. Notre devoir était d’éclaircir la situation et de leur expliquer pourquoi le général a déclaré la guerre de Libération et pourquoi il n’y avait pas d’autre issue que la guerre de Libération. La communauté libanaise avait manifesté devant la Maison Blanche. Les Libanais venaient des quatre coins des USA et ceci a montré la présence de la communauté libanaise aux Etats-Unis.

Simon Abi Ramia: Le RPL, qui est le Rassemblement Pour le Liban en France, a été créé en tant que fédération qui regroupe plusieurs associations. Lorsqu’on s’est découvert, chaque association envoyait 2 délégués pour la représenter dans les réunions. On était en contact permanent avec le palais présidentiel, surtout avec le généra Arsouni qui était responsable de la communication à Baabda. Il nous mettait toujours au courant des dernières nouvelles et nous donnait les directives. Mais avec le temps, on a senti en tant qu’activistes, on était débutant et on n’avait pas de relations avec les politiques français, ni avec les médias. On était un groupe de jeunes et notre dénominateur commun était le dégoût de la situation au Liban. Notre volonté était de changer la situation mais nous n’avions aucune structure. C’est avec le temps qu’on a vu qu’il fallait travailler au niveau de notre structure, de nos relations avec les médias, avec les politiques et la diplomatie, et faire en sorte que l’action de toutes ces associations soit unie.

Simon Abi Ramia: Il y avait madame Frédérique Deniau qui était la femme de l’ancien ministre des affaires étrangères, M. Jean-François Deniau. Elle était toujours en relation directe avec le Liban et lorsqu’elle revenait de visite au Liban, elle allait pour faire bouger les choses au niveau politique chez les diplomates français pour participer et aider le général Aoun dans son combat et sa gouvernance. Lors d’une de nos réunions, nous (environ une cinquantaine de personnes) étions chez Nadim Freiha avec Mme. Deniau qui était de retour du Liban, et on a fait un appel téléphonique au général Aoun qui nous a alors parlé. Et il nous avait demandé à l’époque de réunir toutes nos actions et d’éviter les divisions, et d’être l’exemple libanais à l’étranger et d’être unis. Et c’est lui qui nous avait suggéré de nous appeler « Rassemblement Pour le Liban » car cela montrerait justement notre volonté de nous réunir tous ensemble pour un seul objectif qu’est le Liban.

Robert Hanna: Au Canada, nous avions fait un drapeau libanais géant, on l’exposait à chacun de nos évènements pour que les gens qui le souhaitaient, le signent et soutiennent de la sorte la démarche de Libération enclenchée par le général Aoun. Et on le faisait passer de villes en villes, de Ottawa à Montreal en passant par Toronto, Wilson, Halifax, Vancouver, bref toutes les régions où il y avait une présence libanaise. Les gens le signaient et y écrivaient leurs noms clairement pour soutenir la bataille de Libération.

Le 13 octobre 1990, avec les bombes qui tombaient sur Baabda, on entendait des réactions intérieures et extérieures qui réfutaient l’indépendance du Liban, sa souveraineté et sa liberté, pour le livrer à l’occupant. Or, la volonté des Libanais ne s’y soumettait pas. Ils auraient peut-être perdu une bataille, mais la guerre n’est pas encore finie.

6ème et dernier épisode

Dr. Naji Hayek: J’ai voyagé en France deux semaines avant le 13 octobre. Le 13 octobre, j’étais avec des jeunes libanais devant l’ambassade du Liban à Paris. Nous sommes rentrés dans l’ambassade, nous l’avons occupée, et nous avons organisé l’entrée dans d’autres ambassades libanaises dans le monde, comme par exemple le consulat à New York, en Gouadeloupe, à Montreal. Les jeunes libanais sont entrés et ont fait sortir les consuls.
En fait, nous avions franchi les barrages de sécurité que les autorités françaises avaient placés. Nous avons cassé la porte de l’ambassade, puis escaladé le mur et nous sommes entrés par les fenêtres.

Simon Abi Ramia: En vitesse, nous avons organisé la direction de ce que qu’on a appelé à ce moment, « l’occupation de l’ambassade du Liban ». Nous, on l’a appelé la « Libération de l’ambassade libanaise ». On a organisé la direction et il y avait toujours un contact avec la police française. L’opération avait duré environ une semaine. A l’époque, l’ambassadeur du Liban à Paris était Johnny Abdo. Et il y avait énormément de désaccords entre lui et nous. Lors de la première réunion avec lui, pour préparer ensemble la gestion de notre présence à l’ambassade, il me dit: « vous rêvez, vous êtes loin de la réalité et le Liban est maintenant entré dans la phase de la tutelle syrienne. Tout ce que vous faites est vain car il y a une grande décision internationale et que nous devons nous rendre à l’évidence ». Je me rappelle qu’il y avait beaucoup de mots très durs entre nous à ce sujet lors de cette rencontre, en présence de la police française.

Général Aoun: Dès les premières 24 heures, quand j’étais encore en contact avec les résistants, et surtout les civils parmi les résistants; le seul mot d’ordre que je donnais, c’était de toujours refuser l’occupation, de ne jamais céder au fait accompli quelque soit sa dureté, car seule la résistance nous rend les droits. Continuez et un jour viendra où on récupèrera tous nos droits. Ces messages étaient très courts car on ne pouvait pas écrire et on transmettait nos idées, nos conseils, oralement à des gens de confiance pour les faire parvenir.

Pierre Rafoul: Le matin du samedi 14 octobre, j’ai appelé l’ambassade française. Le fils du Cheikh Farid Hmadé m’avait donné le numéro quand je l’ai appelé pour avoir de ses nouvelles car on était inquiet pour lui. Il me dit qu’on était déjà à l’ambassade française et que le général demande de l’appeler sur ce numéro-là. Je l’ai contacté le dimanche matin. Bien sûr, la conversation était émouvante mais ce jour-là, il avait donné un conseil important: « continuez le travail, ceci n’est que provisoire ». Mais la phrase la plus importante qu’il m’a répété : « gardez la base populaire qui sera décisive pour le changement dans l’avenir. Soyez ouvert à tout le monde, continuez vos contacts avec les gens, mais ne déviez pas et restez unis. »
Je l’ai alors transmis aux jeunes à l’époque et c’était les conseils que nous avons suivi pendant 15 ans.

Hoda Yamine : Fin novembre, une amie à moi vient me proposer; tu veux envoyer une lettre au général?
Je lui ai demandé; arrive-t-elle?
Elle m’a répondu; « bien sûr ».
Je lui ai écrit et je vais vous lire le passage auquel il m’a répondu:
« Sais-tu pourquoi le Christ a été crucifié? Et comment ne serait-il pas crucifié? Est-ce qu’il aurait pu sauver l’humanité sans la croix? C’est uniquement par la crucification qu’il est devenu Dieu. La réciprocité ne peut en aucun cas se terminer sans la crucification. L’échange entre des valeurs différentes devrait absolument se terminer par la crucification de la valeur la plus importante. Car les gagnants sont crucifiés à chaque instant. »

Et la surprise, c’est quand j’ai reçu la réponse du général. Je ne m’attendais pas du tout à ce que le général me réponde. Il me répond le 20 novembre… et me dit:
« J’ai bien reçu ton message. Si tu t’engages dans une mission chrétienne, tu dois choisir de ton plein gré la crucification. Et c’est aux apôtres de poursuivre cette mission. »

Donc, le message du général était clair car il voulait que l’on continue nous-mêmes.

Général Aoun: Lorsque nous étions dans l’armée et qu’on avait nos armes et nos munitions, il était de notre devoir d’utiliser les armes et en plus, c’était notre métier. Mais quand il s’agit de la résistance d’un peuple après la défaite du 13 octobre, pour plusieurs raisons (manque de munitions, d’appui et autres), il fallait changer de méthode. Passer de la résistance militaire à une résistance populaire et pacifique, qu’on a même appelé « Ghandienne ». C’était même encore plus calme, Ghandi pouvait dormir sur une route pour barrer le passage, ce qu’on ne pouvait même pas faire. On pouvait même nous tuer.

Imad Zouein: Il y avait une possibilité, il y avait des combattants tout prets, des armes, le minimum pour une résistance. Alors que l’aspect politique en général n’encourageait pas, car si tu veux mener une action, elle ne doit pas rester vaine. Nous avions vu que le peuple à ce moment, n’était pas prêt. Nous n’avons pas voulu faire payer au peuple, le prix d’une résistance inutile. On voulait montrer la force de cette résistance pacifique. Quand tout le peuple en même temps résiste, c’est beaucoup plus efficace que d’utiliser des bombes.

Général Aoun: A l’ambassade, je l’ai écrit sur une serviette en papier, parce que je n’avais pas d’autres moyens. Je lui écris 3 semaines après le 13 octobre: mon cher Abou Naïm, sans doute les circonstances qu’on a vécues étaient très difficiles et très dures pour tout le monde. Surtout qu’il y avait cette exploitation basse (vile) et la tentative de changer l’image. Tout cela est sans importance car la vérité transparente éclatera au grand jour avec le temps, ou avec la justice ou avec l’histoire ou avec le changement des rapports de forces. La réalité que nous vivons, c’est que notre lutte est un combat d’honneur. Nous ne livrerons jamais la patrie. Et nous sommes les derniers à regretter si les choses resteront telles qu’elles sont. Mais ce qui est sûr, c’est que ceux qui ont voulu le 13 octobre 1990 sont ceux qui vont le regretter, qu’ils soient issus de gouvernements ou des individus. Je vais bien et j’espère que vous le soyez aussi.

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