Le Liban s’offre une nouvelle chance
Posté par jeunempl le juin 12, 2008
(Les Afriques – Saïd Djaafer)
Un président pour le Liban, les institutions revivent, la politique quitte la rue. Le Liban revient de loin. Il lui reste encore du chemin à parcourir.
Le Liban a, depuis dimanche 25 mai, un président, le général Michel Sleimane. Le pays revient de loin, de très loin, d’un début de guerre civile. L’accord de Doha, un des rares succès de la ligue arabe qui doit énormément à la pugnacité du chef du gouvernement qatari, est intervenu à l’issue d’une crise politique de 18 mois – avec une vacance à la présidence de six mois – qui a atteint son paroxysme après des décisions controversées du gouvernement sur le système de communication du Hezbollah.
Prise de conscience
La joie des Libanais, à l’issue de la désignation de Michel Sleimane, par 118 voix sur un total de 127 députés, tient à la soudaine découverte que leur pays, devenu problématique, s’offrait enfin une chance. L’accord de Doha qui désamorce le Liban est moins un miracle que le produit d’une prise de conscience de l’impératif de « nationaliser » la solution et de réduire le poids des puissances étrangères. Le fond de la crise est bien d’ordre interne, mais les aspects géopolitiques l’ont rendu inextricable. Les deux blocs en compétition, majorité parlementaire et opposition, s’accusaient mutuellement d’obéir à des agendas extérieurs, américain ou iranien. L’accord de Doha, survenant après la dérive vers la violence, a fini par débloquer le Liban. La majorité a fini par concéder à l’opposition, après de longs mois, une représentation au sein du gouvernement avec un tiers-bloquant. Les deux parties sont ainsi contraintes au consensus pour les décisions majeures et notamment celles des armes du Hezbollah. C’était une demande permanente de l’opposition. En l’acceptant, à Doha, la majorité qui entoure Saad Hariri admet qu’elle a excessivement escompté sur le fait que les soutiens extérieurs – américains et occidentaux – pouvaient faire pencher la balance. Elle constate désormais que le pays est ingouvernable sans un consensus. Le Hezbollah, essuie aussi les contrecoups de sa réponse militaire aux décisions du gouvernement sur son réseau de communication.
L’armée s’en tire le mieux
D’une certaine manière, chacun devra payer, lors des prochaines échéances électorales, la facture d’une crise qui a rendu le Liban invivable pendant de longs mois. Le Hezbollah, qui a perdu de sa popularité chez les Sunnites après l’usage des armes à l’intérieur du Liban, pourrait sans doute amortir le coup. Sa popularité reste intacte au sein de la communauté chiite qui cherche à avoir un rôle politique à la mesure de son poids démographique. Du coté de la majorité qui est sortie affaiblie de l’épreuve, les choses pourraient être moins enviables. L’accord de Doha comporte un volet se rapportant à la loi électorale qui bouscule la logique communautaire. C’est surtout dans le camp chrétien, beaucoup plus pluraliste, même dans les positionnements sur la crise, où les choses risquent de bouger. Les prochaines élections législatives pourraient donc changer la donne. Aujourd’hui, l’ancien général Michel Aoun, qui se trouve dans l’opposition, parait mieux placé que ses rivaux, alliés à Saad Harri. Ce qui est sûr, toutefois, c’est que l’armée est demeurée, grâce à une gestion délicate de son intervention – ou de sa non intervention –, l’institution la moins décriée au Liban. Cela sera d’un grand renfort pour le nouveau président, Michel Sleimane, qui va devoir aller plus loin que Doha en amenant des forces politiques à vivre ensemble et à ne pas se considérer comme des ennemis ou les agents infiltrés des puissances extérieures. Il aura bien entendu à gérer la question délicate des armes de la résistance – qu’il faut protéger, a-t-il dit dans son premier discours –, ainsi que le rétablissement de liens corrects avec la Syrie. La politique va reprendre son chemin dans les voies institutionnelles. C’est un grand progrès après 18 mois de vide. Mais un immense chemin reste à faire dans un pays où les clivages politico-confessionnels ne masquent plus ceux, plus durables, entre nantis et déshérités.
