Mouvement pour le Liban

Représentant le Courant Patriotique Libre en Belgique

Des cèdres aux glaciers, sur les traces des patrouilleurs libanais

Posté par jeunempl le avril 15, 2008

VALAIS – La Patrouille des glaciers lâchera ses premiers concurrents dans la montagne cette nuit. Parmi eux, une équipe libanaise. Rencontre.

(Le Temps – Xavier Filliez)

Patrouille des GlaciersSous la très haut perchée cabane Bertol, à 3000 mètres et des poussières, face au majestueux Pigne d’Arolla et au mont Collon, Raja boit la tasse. «Ce paysage, ces gens qui nous accompagnent, c’est plus beau encore que ce que j’avais imaginé.» Raja Saade a l’allure modeste et le discours discret. Mais les apparences sont trompeuses. Il redescend de Tête Blanche (3700 mètres). Et il y est monté en trois heures et demie, un temps plus qu’honorable, vu son équipement. Il porte des chaussures de ski alpin. Pas franchement la panacée pour les ascensions.

Chaussures inadaptées, mental de gagnant

De plus en plus d’équipes étrangères participent à la Patrouille des glaciers. Parmi les concurrents, certains prennent leur premier contact avec la neige valaisanne aujourd’hui. Raja n’avait jamais quitté le Liban jusqu’à ce jour. Et le voilà immergé dans la splendeur alpine, en balade d’acclimatation sur les hauts d’Arolla avant la grande aventure.

De l’aéroport de Genève à Sion, devant quelques extraits de propreté et de méticulosité helvétiques, il avait eu le verbe poignant: «Ce que je pense de la Suisse pour l’instant? Que ça a l’air d’être un vrai pays.» Référence aux complications géopolitiques qui tourmentent le sien, de pays, à intervalles réguliers.

Là, sous les glaciers, que pense-t-il de la Suisse? «On a des montagnes, chez nous aussi. Mais la plus haute culmine à 3080 mètres. Il faudra s’habituer à l’altitude…» Aux côtés de Raja, Guy Richard et Laurent Perruchoud, deux ex-vainqueurs de la Grande Patrouille (Zermatt-Verbier) qui encadrent les équipes étrangères, n’ont aucun doute sur les bonnes prédispositions du Libanais à courir la PDG. Langage du cru pour qualifier le mental de Raja: «C’est un crocheur.»

La PDG a son remake au Liban

La PDG accueille dans ses rangs 197 patrouilles étrangères, mais c’est la première fois qu’une équipe libanaise se présente au départ. Il y a, derrière cette participation, une histoire d’amitié entre les deux pays. Une sorte de camaraderie par le sport, née dans le cadre de l’organisation de la Patrouille des cèdres (PDC). La PDC est un remake de la PDG au Liban. Elle a été initiée par Maxime Chaya, coéquipier de Raja, sous le patronage de la Patrouille des glaciers et de la Confédération. Maxime est une sorte d’aventurier au grand cœur, un play-boy au teint hâlé, qui mène des expéditions aux pôles et sur des sommets mythiques. Il est aussi, accessoirement, le premier Libanais à avoir gravi l’Everest. Pendant que Raja multiplie les petits boulots au pays, Maxime court le monde pour des conquêtes glacées. «Un jour où je me promenais sur la Haute Route entre Chamonix et Zermatt, j’ai vu des gens s’entraîner comme des fous. Je leur ai demandé pourquoi. Quand j’ai su ce que c’était, la PDG, j’ai voulu faire la même chose chez nous. Nos jeunes ont besoin de modèles. D’autres modèles que ces politiciens qui font tomber le pays toujours plus bas…»

La première PDC a eu lieu début mars. Elle a remporté un beau succès. Et il était convenu que les meilleurs teams libanais participeraient à la grande sœur de l’épreuve en Suisse. Raja et Maxime courront en catégorie «militaire internationale». Ils sont accompagnés de deux compatriotes (ndlr: la PDG se court par équipes de trois, mais on prévoit un patrouilleur de réserve) élevés à la persévérance et au grand air, bourrés d’histoires à raconter aussi. Francis Christian, l’un d’entre eux, est un plongeur explorateur de talent, qui peut mettre à son crédit la découverte d’un fameux navire de la marine britannique, le HMS Victoria, coulé au large de Tripoli en 1893.

De retour à Arolla. L’ambiance est bon enfant sur la terrasse de l’hôtel Mont-Collon, un des quartiers généraux de la Patrouille des glaciers. On échange sur le sport. Sur le bonheur du grand air. Sur la légitimité ou non d’une organisation pharaonique comme la PDG sous la bannière de l’armée.

Le colonel Hans-Georg Lüber, responsable de l’encadrement des patrouilles étrangères, fait un peu d’histoire pour les Libanais: «Après un accident tragique qui a fait trois morts (ndlr: les trois malheureux disparurent dans une crevasse), en 1949, l’épreuve a été stoppée jusqu’en 1984.» A l’époque, rappelle-t-il, la PDG servait à l’entraînement des troupes alpines sur les frontières montagneuses. Certains ne voient plus aucune légitimité à la patrouille aujourd’hui. Le colonel Lüber n’est pas de ceux-là, évidemment. Maxime, de son côté, prétend que la compétition, par son aura et sa «dimension exceptionnelle», véhicule une «image radieuse, un message de paix par le sport».

«A chacun son Everest»

Sous le soleil du haut val d’Hérens, Dany Mhanna récupère lentement de sa journée là-haut. Le quatrième membre de l’équipe n’est pas allé jusqu’à Tête Blanche aujourd’hui. Bertol a suffi à l’exaucer. Mais la sortie du jour a permis à l’équipe de jauger ses ambitions. Pour elle, ce sera le «petit» parcours (entre Arolla et Verbier). «Le but, c’est de repartir avec un bon souvenir», insiste Maxime. «On va quand même crocher. Je dis toujours ça aux jeunes que je rencontre: si vous finissez dernier en ayant donné le maximum, vous ne finissez pas dernier. A chacun son Everest…» Pour boucler son Everest à lui, Raja devra tout de même se trouver une autre paire de chaussures.

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