Mouvement pour le Liban

Représentant le Courant Patriotique Libre en Belgique

Les indices virent au rouge : La pauvreté rattrape les Libanais au galop

Posted by jeunempl le mars 22, 2008

(Magazine)

Pauvreté - LibanIls fouillent les bennes à ordures, un sachet de plastique à la main, ou sillonnent les rues en poussant un chariot rempli de friperies. Ils ont le visage las et le regard perdu et semblent oubliés par la vie. Ces nouveaux pauvres sans-logis vivent en marge de notre société, ils ponctuent le paysage de notre capitale, défigurée par une pauvreté de plus en plus évidente. Magazine a enquêté.

Aux périphéries de la ville, git le grand cimetière musulman. Aux heures tardives de la nuit, un vieillard sans âge est allongé sur le trottoir. Son visage frêle, presque invisible, se fond dans le gris de la chaussée. Approché, il parvient à peine à gesticuler, la voix inaudible. Selon le soldat qui monte la garde dans le quartier, ce vieillard presque aveugle et sourd vient trouver refuge chaque nuit près du cimetière.
Dans le quartier huppé de Verdun, un autre vieillard parcourt les rues. Eté comme hiver, il porte des sandales rapiécées en tirant derrière lui un gros ballot, fourrageant parfois dans les bennes à ordures. Un peu plus au nord de la ville, dans le secteur de Bourj Hammoud, un homme est assis près d’une aire de parking. Il est 22 heures, et cette nuit s’annonce particulièrement glaciale. Le septuagénaire à la figure émaciée semble, lui aussi, fouiller désespérément dans les poubelles. Interrogé, il nie cependant être sans domicile. «Je possède un magasin dans ce quartier et je rentre à ma maison près de l’EDL. Une fois sorti de vue, il réintègre néanmoins tranquillement sa place et reprend une fouille méticuleuse des détritus.
Près du front de mer de Manara, Hassan, un autre sans-logis, interrogé alors qu’il sillonnait les rues en traînant les pieds, habillé d’une veste déchirée décolorée par le temps, déclare «habiter dans un abri de fortune à Hamra».

2,4 dollars par jour

L’image de ce clochard, un régulier du quartier, jugée insolite quelques années auparavant, est aujourd’hui de plus en plus fréquente. La pauvreté, mère de ce phénomène, chronique des sans-logis, semble s’amplifier, selon l’étude de l’UNDP intitulée Pauvreté, croissance et inégalité au Liban.
Le rapport identifie un seuil de pauvreté calculé sur la base des dépenses moyennes d’un ménage. Au Liban, la dépense per capita annuelle est de 2650 dollars par an. La consommation per capita est plus importante dans la capitale, où elle représente une fois et demie la moyenne nationale. Elle est néanmoins plus faible dans le Nord, où elle atteint son seuil absolu, estimé à près des trois quarts de la moyenne nationale. «Les plus pauvres contribuent à près de 7% de la consommation nationale, alors que 20% de la population assure près de 43% de cette consommation», indique le rapport. Le coefficient d’inégalité GINI de 0,37 est sensiblement pareil à la moyenne régionale.
«Près de 8% de la population libanaise vit dans des conditions d’extrême pauvreté; environ 300000 individus sont donc dans l’incapacité d’avoir accès à une alimentation de base, touchant ainsi un revenu de 2,4 dollars par jour. L’UNDP estime que près d’un million de Libanais (soit 28,5% de la population totale) appartiennent aux moyennes dites «de pauvreté normale», qui, elles, ont des rentrées de 4 dollars par jour. Pour les plus pauvres, l’index de pauvreté mesurant la différence entre les revenus des ménages et le seuil de pauvreté était de 1,5% sur la période de 2004 et 2005, alors que l’indice de pauvreté absolu mesurant les niveaux d’inégalité entre pauvres est de 0,43%, correspondant à des niveaux particulièrement importants pour un pays à revenus moyens. On observe, cependant, un regroupement des pauvres autour de la base de l’échelle, soit loin du seuil moyen de pauvreté.

Pauvreté «sélective»

«Bien que la consommation per capita ait augmenté de 2,75% depuis 1997, cette croissance n’est cependant pas répercutée de manière égale entre les classes sociales», souligne le rapport. Les cazas de Nabatiyé, du Sud et de la Békaa témoignent de moyennes de croissance plus importantes que dans le reste du pays, alors que dans le Nord, ce sont les dépenses liées à la consommation qui vont augmenter, affectant ainsi négativement les classes les plus défavorisées. La population libanaise connaît, cependant, un effondrement du niveau de la croissance nationale, en perte de vitesse, qui passe de 6% à près de -5% en 2006, en raison de la guerre de juillet. Cette situation se reflète sur le seuil de pauvreté extrême qui gagne près de cinq points entre 2004 et 2007, en atteignant la vitesse supérieure de 8,4%.
Toutefois, la pauvreté est, en quelque sorte, sélective au Liban, où les disparités régionales sont significatives. Le seuil de pauvreté absolue est moins fréquent dans la capitale (moins de 2%) ainsi que la pauvreté dite «normale» varie dans Beyrouth entre 5 à 8%. La pauvreté absolue se fait également rare dans la région de Nabatiyé et du Mont-Liban (entre 2 et 5%). Le phénomène s’accentue dans la Békaa et au Sud, où la pauvreté est estimée entre 10 et 12%, et plus particulièrement dans le nord du pays où elle atteint le seuil des 17%.
Le nord du pays, qui abrite près de 20,7% de la population libanaise, représente près de 46% des personnes vivant dans des conditions de pauvreté extrême et 38% de l’ensemble de la population pauvre du Liban. Ce sont les régions de Tripoli Akkar, Minié et Denniyé qui reflètent, dans le nord du pays, les pourcentages de pauvreté les plus importants. Les régions de Jezzine, Saïda, Hermel et Baalbeck viennent également s’ajouter à cette liste.
Ce soir, Beyrouth est silencieuse; les sans-logis semblent s’être évanouis dans la nature, harcelés sans doute par les patrouilles de police ou les soldats. Le voisinage du cimetière est vide; le vieillard aveugle et sourd semble avoir fui, cette nuit, la froideur des tombes…

Le chômage, catalyseur de pauvreté?

Le niveau de chômage est important au Liban, où il touche plus particulièrement les femmes et les ouvriers manuels, notamment dans les régions du Sud et du Mont-Liban. Le phénomène du chômage se trouve aggravé chez les jeunes, près d’un tiers des universitaires appartenant à la classe extrêmement pauvre, ne parvenant pas à se faire embaucher, contre un cinquième des universitaires appartenant aux couches les plus aisées. Les ouvriers payés à la semaine, à la journée et à la tâche sont les plus affectés par le phénomène de la pauvreté. Les employés indépendants sont également touchés par la pauvreté, tels que les agriculteurs (20%), ceux dans le domaine de la construction (17%) ou des transports (7%). L’insertion sur le marché du travail est, par ailleurs, devenue de plus en plus difficile pour les moins instruits. Les veuves représentent également une catégorie de personnes pâtissant le plus de l’inégalité.

Les effets de l’inégalité

Les inégalités se manifestent par une espérance de vie plus courte, une surmortalité infantile importante et des accidents du travail plus fréquents. Dans le domaine de l’éducation et la formation, elles sont ressenties au niveau d’une préscolarisation plus faible et tardive, ainsi qu’une interruption précoce du système éducatif. Elles se caractérisent également au niveau du logement, de l’emploi et du chômage.

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Une Réponse to “Les indices virent au rouge : La pauvreté rattrape les Libanais au galop”

  1. Sami Chbeir said

    Concernant cet article dans l’ensemble, je pense qu’il est indispensable de faire quelque chose au plus vite afin d’éviter que ça ne s’aggrave de plus en plus dans les prochains mois! Si pas le gouvernement, les libanais de Belgique et autres pays doivent s’y mettre car nous sommes des libanais, des libanais frères-soeurs, des libanais victimes pour le plaisir et les problèmes de l’Etat…!

    Réagissons-vite; trouvons une solution ensemble!
    Sami Jr

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