L’Europe, après le Liban, dans le collimateur
Posté par jeunempl le février 20, 2008
(Newropeans Magazine – Roger Akl)
“Ce qui me dérange dans tes écrits, c’est qu’ils sont prosyriens”, me dit un ami français. Prosyrien, moi ? C’est ce qu’on attribue aussi au général Michel Aoun, qui a passé trente ans de sa vie à lutter contre l’occupation syrienne. De quoi l’accuse-t-on ? On l’accuse d’avoir fait un accord avec le Hezbollah, représentant la plus grande communauté libanaise, accord qui a visé, dans cinq de ses dix clauses, à appuyer la souveraineté libanaise, par rapport à la Syrie, et a jusqu’à maintenant sauvé le Liban de la guerre civile et confessionnelle, guerre recherchée par les supposés amis des Chrétiens du Liban, devenus ânes de la fable, du XXème siècle à ce jour. L’Europe est candidate à les remplacer dans cette situation peu enviable, une fois le Liban mort et enterré. Je commence par un petit rappel :
Aperçu historique
1948 : Les Arabes, forcés par l’empire britannique à se déclarer battus par les Israéliens, les populations palestiniennes sont chassées de leurs foyers et se réfugient dans les pays arabes avoisinants, dont le Liban.
1967 : Guerre des six jours, occupation de Gaza et de la Cisjordanie, par les Israéliens, d’autres réfugiés palestiniens arrivent au Liban.
1970 : L’OLP (organisation de libération de la Palestine), chassée de Jordanie commence ses opérations à partir du Liban et se heurte à l’Etat libanais, dirigé principalement par les Chrétiens du Liban. Les Palestiniens, voulant alors revenir chez eux, font la guérilla contre Israël et occasionnent des représailles israéliennes contre le Liban. Les Libanais sont alors divisés, sur des bases confessionnelles entre pro- et anti-Palestiniens. Du côté palestinien se rangent surtout les Sunnites et ceux qu’on a appelés les progressistes, composés des communistes et des partisans de la famille Joumblatt, appuyés par la Syrie. De l’autre, se trouvent les Chrétiens et le commandement de l’Armée libanaise dont je faisais partie. Les Occidentaux et les Israéliens qualifient alors les Palestiniens de terroristes.
1973 : Henri Kissinger, alors Secrétaire d’Etat, fait la tournée du Proche-Orient et visite Hafez el Assad, dont il fait les éloges. Au Liban, il est reçu à la frontière syrienne, pour des raisons de sécurité. Il aurait alors fait la remarque qu’un état qui ne peut pas le recevoir dans sa capitale ne mérite pas d’exister. Il est accusé depuis, avec raison, d’avoir planifié l’occupation du Liban par la Syrie, occupation qui ne va pas tarder.
1975 : Début de la guerre confessionnelle libanaise et de ma mission à Washington, comme adjoint à l’attaché libanais des Forces Armées : Les Américains qui traitaient les Palestiniens de terroristes, lorsqu’ils cherchaient à reprendre leurs terres et leurs biens, se rangent, vus de mon poste à Washington, de leur côté contre nous, et nous qualifient de « Chrétiens privilégiés voulant chasser les pauvres Palestiniens du Liban. Où iront-ils ? » La réponse pour moi était claire : ils devaient pouvoir retourner chez eux, en Palestine. En tous cas, ayant tourné leurs armes contre leurs bienfaiteurs, ils ne pouvaient plus rester au Liban.
Ce fut à ce moment-là que je pus toucher du doigt ce qu’on appelle la « science de communication de masse » ou plutôt du « lavage de cerveau collectif » qui m’avait trompé et trompe encore les populations du monde, par la désinformation organisée des médias, dominés par les grands groupes militaro-industriels, énergétiques, bancaires et de BTP, liés de manière institutionnelle aux dirigeants des états de la planète. Les dirigeants des états riches et puissants installant au pouvoir leurs protégés et employés des états faibles et pauvres dont on veut voler les ressources.
Ce fut à ce moment aussi que je compris que le Liban « delendus est » ou devait être détruit.
1976 : La Syrie occupe une partie puis tout le Liban avec la complicité des Américains, des Israéliens et des Arabes.
1990 : La constitution libanaise est changée sous la pression des Américains et des Arabes, surtout des Saoudiens, de manière à consacrer le mandat syrien sur le Liban et la direction du pays par le sujet du roi d’Arabie, le Premier ministre libanais, Rafik Hariri. Ce dernier crible le Liban de dettes avec la bénédiction américano-franco-saoudo-syrienne.
2005 : Rafik Hariri est assassiné. Les Syriens quittent le Liban et les mêmes collaborateurs des Syriens sont placés à la tête du pays comme anti-syriens : Les Joumblatt, Hariri et la majorité parlementaire nouvellement choisie… Avec eux, on a placé aussi les Sunnites pro Palestiniens, qualifiés aujourd’hui de proaméricains, tandis que Michel Aoun, l’éternel indépendantiste, est traité de prosyrien.
Les contradictions de la politique américaine
11 septembre 2001 : Attentat de New York. Ben Laden et Al Qaeda sont accusés de ce crime et la guerre contre le terrorisme est lancée. Le monde entier appuie l’Amérique.
Contrairement à ce qu’on attendait, les Etats-Unis se détournent rapidement de leur « ennemi » principal pour aller s’attaquer, avec toutes leurs forces, à l’ennemi de leur ennemi, Saddam Hussein sous de faux prétextes. Ce qui laisse penser que Ben Laden et Al Qaeda, entraînés et financés, par eux et leur allié saoudien, ne les intéressaient plus ou n’étaient que des épouvantails utilisés pour terroriser leurs populations.
2005 : Le parlement libanais, dont la majorité a été élue sous pressions américaine et occidentale, suivant une loi syrienne éliminant le vote chrétien, ce parlement, toujours appuyé par eux, libère, sans réaction occidentale, des dizaines de terroristes fondamentalistes sunnites, qui seront ensuite accusés d’actions terroristes au Liban et se battront de nouveau contre l’armée libanaise au camp de Nahr el Bared.
Elections américaines de 2004 et 2006 : Quelques jours avant le vote, Ben Laden apparaît à la télévision américaine pour menacer et terroriser les électeurs, qui élisent alors le Président Bush et les Républicains pour se rassurer.
2006 : Israéliens et Américains trouvent que le gouvernement syrien ne peut pas être renversé, « car il serait alors remplacé par des intégristes sunnites ». Ils ont raison et si cela arrivait, les Chrétiens de Syrie seraient éliminés comme ceux d’Irak et de Palestine, tandis que le tour de ceux du Liban deviendrait très proche. D’ailleurs, le soupçon qui pèse sur le gouvernement sunnite libanais, c’est de s’appuyer sur les intégristes sunnites libanais et syriens.
Quant à l’Irak, les Américains ont appuyé un gouvernement chiite, ami de leurs « ennemis » syro-iraniens.
Ceci est donc ma réponse à mon ami français : la vérité est souvent le contraire de ce que les médias et même vos services vous racontent. Le plan américain semble être, non point la démocratie, mais le chaos au Liban et au Moyen-Orient et cela assure plusieurs avantages pour les groupes multinationaux cités plus haut.
D’abord et en premier, le Liban, symbole de démocratie et de partage du pouvoir entre diverses communautés ne doit pas survivre dans un Moyen-Orient qui doit être assujetti au chaos, car:
- le chaos engendre des guerres qui ont besoin d’armes et ces groupes les fournissent;
- le chaos engendre des destructions et la nécessité de reconstructions coûteuses, que les sociétés de BTP se feront un plaisir de facturer aux plus haut prix, sans oublier qu’il faudra aussi des mercenaires de sécurité, lesquels en Irak sont plus nombreux que les soldats américains;
- le chaos au Moyen-Orient augmente les prix du pétrole et les gains des sociétés pétrolières;
Ce n’est pas l’intérêt des Etats et des peuples américains et européens, mais celui des sociétés multinationales et des lobbies qui les contrôlent.
Quant à la guerre civile libanaise, elle permettra l’occupation du Sud du Liban par Israël et l’accaparement de l’eau libanaise, plus précieuse que le pétrole, sans oublier que les eaux territoriales du Liban sont pleines de gaz, que les sociétés précitées se feront un jour un plaisir de soutirer.
Non, je ne suis pas prosyrien. Je suis, avec mes concitoyens libanais, victime d’un plan où les Américains sont décideurs et dont certains Etats du Moyen-Orient sont les exécutants.
Et l’Europe ?
Les dernières nouvelles du Kosovo laissent penser que l’Europe est sur le chemin du communautarisme. La Yougoslavie a été divisée en Etats communautaires, l’un catholique, l’autre musulman et le troisième orthodoxe. Les derniers Serbes (chrétiens orthodoxes) du Kosovo vont en être chassés.
Je demandais un jour à un ami sécuritaire français pourquoi la France s’alliait avec les anciens alliés de l’Allemagne nazie et s’attaquait à ses alliés traditionnels de Serbie. Il m’a répondu très simplement que c’était pour ne pas diviser l’Europe.
Quant à la Turquie, une fois entrée en Europe, elle va être le cheval de Troie prévu par les Américains pour que l’Europe ne devienne jamais une puissance militaire.
Cela était déjà apparu dans la constitution européenne (ou traité constitutionnel) refusée par les Français et dans laquelle la défense de l’Europe devait se faire « dans le cadre » de l’OTAN, c’est-à-dire dans un cadre où les Turcs ont la possibilité de poser leur veto à toute décision de défense européenne, à moins qu’on ne les accepte comme Européens à part entière.
Est-ce que le nouveau traité, approuvé par les Parlements, a gardé cette clause ?
Si cela était, les Européens devraient savoir qu’ils sont la nouvelle cible, surtout qu’au début des années 90 l’écrivain et économiste Paul Kennedy prévoyait que l’Europe serait la première puissance économique du XXIème siècle et qu’après cinquante ans, la première puissance économique deviendrait la première puissance militaire.
Les Américains pouvaient-ils le permettre ?

cedrus_libani a dit
Oui toi tu es pro-syrien ! C’est la vérité! Toi le Aouniste dont les seuls alliés au Liban ne sont plus que ceux qui veulent le retour de l’armée et la dictature syrienne! La vérité blesse mais elle demeure la vérité.
Aoun qui a été déjà en contact avec ses alliés d’aujourd’hui en 1990. A l’époque, pour s’arroger le pouvoir unique dans l’enclave chrétienne il a retourné son armée contre les Forces Libanaises! Pour se faire il s’est arrangé avec Hafez el Assad. Aoun était en mauvaise posture : Saddam ayant envahi le Koweit et le blocus maritime syrien faisant rage l’approvisionment militaire était au point mort.
Hafiz a piégé Aoun. Du front de Souk el Ghareb les SSNP PSP ont reçu l’ordre de reculer à 1 km. De plus de Dhûr e Shweir les SSNP ont commencer à fournir les munitions pour la future bataille de Kley2at. Pendant ce temps les troupes aounistes ont démobilisé de Souk el Ghareb pour se positionner contre les troupes de Geagea.
Hafiz avait trouvé en Aoun son isntrument pour diviser afain de régner.
Aujourd’hui le général nous refait à nouveau le même désastre.
jeunempl a dit
Cedrus_libani, heureusement que le ridicule ne tue pas…
Vous pouvez haïr un parti pour ses principes, simplement parce qu’ils ne correspondent pas à votre vision du pays. Par contre, inventer une histoire de toute pièce pour justifier sa haine contre un parti, dénote d’une grande faiblesse.
Aujourd’hui je me demande si vous êtes à ce point naïf ou si au contraire, vous espérez convaincre qui que ce soit avec de telles bêtises.
Juste une remarque pour les prochaines versions de votre histoire. Essayez d’expliquer aux gens pourquoi le général Aoun ne s’est pas plié aux Syriens en 1990 alors qu’ils nous occupaient quasi complètement, ça aurait été très simple pourtant et il aurait probablement hérité du pouvoir en récompense.
De même, pourquoi Aoun se mettrait à demander aujourd’hui “le retour de la dictature syrienne au Liban” alors qu’il a réussi quelques années auparavant à susciter le changement de ton de la communauté internationale pour finalement aboutir au retrait de l’armée syrienne en avril 2005?
Par contre, je ne te demande pas si tu es un “obsédé du général Aoun” :p
cedrus_libani a dit
Je me demande si ça vaut la peine de répondre vu que mes commentaires sont effacé …
j’apprécie beaucoup votre démocratie!
Aoun n’a rien réussi du tout dans le retrait de l’armée syrienne. Il n’y est pour rien
Mike a dit
Cedrus_libani, rien que le fait de renier l’implication du général Aoun dans le retrait de l’armée syrienne montre à quel point tu es remonté contre lui et ignorant de la situation.
Au lieu d’écouter tes leaders politiques et de faire une fixation sur le général, fais des recherches de ton côté et tu comprendras pourquoi on supporte le CPL et son représentant.
À propos des commentaires, on ne les supprimerait pas s’ils respectaient le règlement.
jeunempl a dit
Cedrus_libani, aucun message n’a été effacé depuis l’ouverture de notre site.
Par contre, tu m’as donné une idée. A partir de maintenant, et dans le but de relever le débat, toute insulte, tout message haineux et contraire au respect d’autrui sera supprimé.
Merci